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ENTRETIEN | Parution de l'enregistrement de l'opéra Horizon: Madog de Paul Frehner, créé par Paramirabo

Par Anya Wassenberg le 7 janvier 2026

The live performance of Madog, with composer-conductor Paul Frehner, Ensemble Paramirabo, and baritone Jeremy Huw Williams (Photo: Kevin Calixte)
Paul Frehner dirigeant la création de son opéra Horizon:Madog avec le baryton Jeremy Huw Williams et l’ensemble Paramirabo. (Photo : Kevin Calixte)

Le 16 janvier paraîtra l’enregistrement de l’opéra Horizon: Madog du compositeur Paul Frehner et de la librettiste Angela J. Murphy, interprété par le groupe Paramirabo et le baryton gallois Jeremy Huw Williams. La création de l’opéra avait eu lieu à la salle de concert du Conservatoire de musique de Montréal le 2 février 2024, suivie d’une représentation à London, en Ontario, et de trois représentations au Pays de Galles.

Anya Wassenberg de Ludwig van Toronto s’est entretenue en anglais avec le compositeur et la librettiste à l’occasion de la sortie de l’album.

Un prince gallois légendaire et un récit postapocalyptique sur le renouveau environnemental : tel est le cœur de Madog, un opéra pour un seul interprète du compositeur Paul Frehner et de la librettiste Angela J. Murphy. Horizon: Madog paraîtra sur le label Navona Records le 16 janvier 2026.

Madog est un opéra trilingue, écrit en anglais, en gallois et en français. L’Ensemble Paramirabo de Montréal y interprète la musique aux côtés du baryton Jeremy Huw Williams.

L’album comprend l’opéra intégral ainsi que Un pont sanguin, une œuvre supplémentaire de Frehner composée pour Paramirabo.

L’histoire

L’action de l’opéra se déroule dans un futur où la planète a été presque entièrement détruite par des inondations causées par le dérèglement climatique. Les systèmes de communication se sont effondrés à l’échelle mondiale.

Entre alors en scène Madog, descendant du prince gallois légendaire du même nom. Madog ab Owain Gwynedd est une figure du folklore gallois, un prince qui aurait traversé l’océan vers les Amériques en 1170, soit trois siècles avant le voyage de Christophe Colomb. Selon la légende, Madog (également appelé Madoc) était le fils d’Owain Gwynedd, personnage historique avéré et roi du pays de Galles de 1137 à 1170. Madog aurait fui le pays de Galles en raison de la violence qui dominait à l’époque.

Le Madog de l’opéra rejette les technologies nuisibles et défend une philosophie plaçant la Terre au premier plan.

Dans cet univers futuriste, les populations commencent progressivement à reconstruire leurs sociétés. Madog cherche à découvrir son propre héritage tout en œuvrant à l’unification des cultures émergentes autour de valeurs communes.

À rebours du message environnemental plus pessimiste de nombreuses œuvres contemporaines, Madog explore la manière dont des communautés diverses peuvent collaborer pour construire un avenir meilleur.

Paul Frehner (Photo : Kevin Calixte)

Les artistes

Paul Frehner

Compositeur et chef d’orchestre, Paul Frehner est originaire de Montréal. Il s’est fait connaître par un catalogue d’œuvres variées intégrant des éléments de rock, de musique folklorique, de jazz et de musique progressive, ainsi que des références à la littérature, à la science et au monde naturel. Il a composé des œuvres orchestrales et de musique de chambre, des opéras, des œuvres chorales et de la musique électroacoustique.

Sa musique a fait l’objet de nombreuses commandes et a été interprétée dans le monde entier. Parmi ses distinctions figure le Premier prix du concours de composition « Third Millennium » de l’ensemble Prague Philharmonia. Il est professeur agrégé à la Western University de London, où il enseigne la composition et dirige le studio de musique électroacoustique CEARP.

Angela J. Murphy

Angela J. Murphy est établie à Montréal. Elle est diplômée du programme de théâtre du Collège Dawson ainsi que du programme d’anglais et d’écriture créative de l’Université Concordia. Les individus et la nature humaine sont au cœur de son travail créatif.

Elle a collaboré pour la première fois avec le compositeur Paul Frehner en 2003 pour l’opéra Sirius on Earth. L’œuvre a été produite à Londres (Angleterre) et financée par la Genesis Foundation. Sirius se déroule également dans un monde futur, mais avec une tonalité plus sombre et dystopique : l’humanité y a été débarrassée de la tristesse, au prix d’une atteinte à l’essence même de ce qui définit l’être humain.

Jeremy Huw Williams

Le baryton gallois Jeremy Huw Williams a étudié au St John’s College de Cambridge ainsi qu’au National Opera Studio de Londres. Depuis ses débuts avec le Welsh National Opera dans une production de Così fan tutte, il a interprété plus de 70 rôles à l’opéra. Il s’est produit sur de grandes scènes en Amérique du Nord et du Sud, ainsi qu’en Australie, en Chine, en Inde et en Europe, notamment au Wigmore Hall et au Purcell Room, et dans de nombreux festivals de musique majeurs.

Son catalogue d’enregistrements compte plus de 50 parutions commerciales, dont une vingtaine de disques de mélodies en solo. Il enregistre fréquemment pour BBC Radio 3. Très engagé dans la création contemporaine, il a commandé de nombreuses œuvres.

Parmi ses nombreuses distinctions figurent une bourse honorifique de l’Université Glyndŵr en 2009 pour services rendus à la musique au pays de Galles, un doctorat honorifique en musique de l’Université d’Aberdeen en 2011, la Médaille de l’Ordre de l’Empire britannique lors des honneurs de l’anniversaire de la Reine en 2021, ainsi que le John Edwards Memorial Award 2022, une distinction non compétitive décernée au pays de Galles pour services rendus à la musique nationale.

Paramirabo

L’Ensemble Paramirabo tire son nom d’une œuvre du compositeur Claude Vivier. Le groupe s’est formé en 2008 au Conservatoire de musique de Montréal, et le flûtiste Jeffrey Stonehouse en est le directeur artistique depuis cette date.

Reconnu pour son engagement envers la musique contemporaine et l’œuvre de compositeurs canadiens, l’ensemble adopte une approche novatrice visant à repousser les limites de l’expérience de concert traditionnelle. Il a effectué des tournées internationales et a été invité à se produire dans des festivals de musique en Belgique, en Angleterre et au Mexique.

Parmi ses distinctions figurent le prix Interprète de l’année lors de la 23e édition des Prix OPUS, ainsi qu’une nomination aux prix JUNO en 2020. L’ensemble compte à son actif plus de 80 créations et commandes d’œuvres.

Entrevue avec Paul Frehner & Angela J. Murphy

Comment ce projet a-t-il vu le jour ?

« Le chanteur Jeremy Huw Williams m’a contacté et m’a proposé l’idée d’un projet lyrique pour soliste », explique Paul Frehner. Williams a proposé une œuvre trilingue, intégrant également un lien entre le pays de Galles et le Québec.

« Angela et moi avions déjà travaillé ensemble il y a plusieurs années, poursuit Paul, un projet auquel avait également pris part Jeremy. »

Lorsqu’il s’est agi de choisir un ensemble capable d’interpréter la musique, Frehner s’est tourné vers un groupe auquel il songeait depuis un certain temps. « J’envisageais de contacter Paramirabo depuis un moment, et les membres du groupe ont été très enthousiastes. »

Les grandes lignes du récit sont également largement issues des suggestions de Williams.

Les contours historiques de l’histoire de Madog peuvent être plus ou moins fondés. Parmi les nombreuses rumeurs et légendes associées au Madog originel figure celle selon laquelle il aurait exploré l’Amérique du Nord, ce qui permettait d’établir un lien entre le pays de Galles et le Québec.

Intrigué par ce récit, Frehner a voulu en réinventer l’histoire en créant un personnage descendant de Madog. Le monde représenté dans l’opéra n’est pas si éloigné de celui dans lequel nous vivons aujourd’hui, compte tenu de la direction prise par la société contemporaine.

Dans l’opéra, Madog le descendant est motivé par ses considérations sur le passé — c’est-à-dire par notre présent d’aujourd’hui — et les décisions qui ont été prises. La librettiste explique : « Il doit agit pour assurer la continuité d’un avenir positif. »

Il ne rejette pas toute forme de technologie, précise-t-elle. Le Madog de l’opéra utilise par exemple une radio.

« Il y a une question de démesure », conclut-elle. « Quoi que l’on fasse, il n’existe pas de manière parfaite de vivre ni d’être. »

Création de l'opéra Horizon:Madog au Conservatoire de musique de Montréal par l'ensemble Paramirabo et Jeremy Huw Williams sous la direction de Paul Frehner. (Photo : Kevin Calixte)
Création de l’opéra Horizon:Madog au Conservatoire de musique de Montréal par l’ensemble Paramirabo et Jeremy Huw Williams sous la direction de Paul Frehner. (Photo : Kevin Calixte)

Un opéra trilingue

« C’est Jeremy qui a proposé l’idée de créer un opéra en trois langues, mais c’est Angela qui a trouvé la manière de mettre le texte en place », explique Paul.

L’idée d’Angela était de concevoir une situation permettant l’intégration des trois langues. Dans le monde postapocalyptique de l’opéra, les personnages que Madog rencontre viennent à l’origine de différents endroits. « Ils parlent un dialecte fluide dans lequel les trois langues sont entremêlées. » Il en résulte un va-et-vient constant entre l’anglais, le français et le gallois.

Comme le souligne Angela J. Murphy, cela n’est pas sans rappeler le chiac auquel elle a été exposée durant son enfance par l’intermédiaire de sa grand-mère. Le chiac est un dialecte particulier du français acadien, principalement parlé dans certaines régions du Nouveau-Brunswick. Il mêle le français et l’anglais, avec une grammaire et un rythme distinctifs, ainsi qu’un vocabulaire propre.

« Le français québécois, comme vous le savez, est vraiment un dialecte à part entière », note Angela. « Il s’est développé comme une entité autonome. Le gallois est une langue très ancienne et singulière », ajoute-t-elle, établissant un parallèle entre les efforts actuels pour enseigner le gallois dans les écoles et la loi 101 au Québec.

La langue est au cœur de la culture. « On ne peut pas y échapper ici », affirme-t-elle.

« Avant les représentations, Jeremy parlait toujours de l’importance de la langue galloise », se souvient Paul. Les efforts du gouvernement gallois pour enseigner la langue à l’école visent à préserver un patrimoine menacé de disparition. « L’anglais reste la langue dominante au pays de Galles aujourd’hui. C’est une problématique toujours d’actualité. »

Si la langue de l’opéra fluctue constamment, le style musical ne suit pas nécessairement ces variations. « D’une certaine manière, non », affirme Frehner. Il dit avoir envisagé de mettre le texte gallois en musique dans un mode plus atmosphérique, avant de renoncer à cette idée. « Je me suis dit que la musique finirait par sonner un peu folle », confie-t-il.

« J’ai essayé de capter, dans les passages […], le climat général du moment, puis de laisser les mots être livrés de façon naturelle, quelle que soit la langue. »

N’ayant jamais travaillé auparavant avec un livret en gallois, il a consulté Williams au sujet des rythmes des phrases. « Jeremy a été d’une aide immense », précise-t-il. Ses conseils portaient notamment sur des détails tels que l’évitement de notes aiguës sur certaines syllabes.

« Le livret est profondément poétique », explique Murphy. « Il aime s’entendre utiliser les mots. Cela fonctionne dans ce sens. »

Elle souligne que l’objectif était de permettre aux émotions de s’exprimer clairement, quelle que soit la langue.

Par moments, les spécificités de chaque langue ont influencé l’écriture. « J’adore la sonorité du français québécois quand on est en colère », dit Angela. « Lorsqu’il parle de l’océan, c’est davantage en gallois », ajoute-t-elle, en évoquant le caractère plus rêveur et méditatif de la langue.

« L’anglais agit davantage comme un médiateur entre les deux », conclut-elle.

Musique

À l’instar de nombreuses œuvres de Frehner, la musique de Madog intègre des influences multiples. « Un auditeur pourrait y entendre des allusions à tel ou tel style », explique-t-il. « Cela peut sembler pluraliste, tout comme le livret est pluraliste. »

L’opéra s’ouvre sur une diffusion radiophonique, puis la musique s’installe. « C’est assez entraînant », précise-t-il. Lorsque Madog parle de la terre, l’atmosphère change et devient plus introspective. « C’est très différent. » Comme il l’explique, ces différences ne sont pas nécessairement stylistiques, mais tiennent plutôt à l’interprétation.

« La mélodie d’ouverture que l’ensemble joue lors de son entrée initiale réapparaît […] tout au long de l’œuvre sous différentes formes », explique-t-il. Chaque occurrence est chromatiquement différente. « C’est, je l’espère, un élément quelque peu unificateur. »

« C’est comme un mantra réconfortant pour lui-même », ajoute Angela.

« C’est tout au long de la section finale qu’il chante […] “We are the gods” — ce n’est pas vraiment un leitmotiv, mais plutôt une mélodie omniprésente », conclut Paul.

Jeremy Huw Williams en pleine action en tant que Madog. (Photo : Kevin Calixte)
Jeremy Huw Williams en pleine action en tant que Madog. (Photo : Kevin Calixte)

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