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VIES EN MUSIQUE | Musica Camerata : un demi-siècle de musique et une émouvante histoire de famille

Par Béatrice Cadrin le 5 septembre, 2019

Berta Rosenohl et Louis Grinhauz. (Photo: Heather Solomon)
Berta Rosenohl et Louis Grinhauz. (Photo: Heather Solomon)

Il y a presque un demi-siècle naissait Musica Camerata, qui fête sa cinquantième saison musicale ce samedi, 7 septembre, avec son premier concert de saison à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Luis Grinhauz et Berta Rosenohl, qui sont au cœur de l’ensemble depuis ses débuts, ont beaucoup d’histoires à raconter, et continuent de vouloir faire vivre cette formation qui ressemble un peu aussi à une touchante histoire de famille.

Avant Camerata

Il était violoniste, elle était pianiste. Il cherchait une accompagnatrice, il a aussi trouvé une épouse. Quelques années plus tard, ils se retrouvent étudiant ensemble à l’Université d’Indiana, à Bloomington, traînant leur fils, le petit Leo, 3 ans, aux cours et aux répétitions, avec ses jouets.

« Nous étions pauvres et on n’avait pas les moyens de payer une gardienne, se souvient Berta. Alors, on emmenait le petit, ou alors on le confiait à d’autres étudiants mariés qui avaient aussi des enfants. Je gagnais de l’argent comme pianiste accompagnatrice et j’étais payée 2,50 $ l’heure. Un jour, j’avais un cours de musique de chambre avec Janos Starker. J’avais entendu parler de lui mais je ne savais pas vraiment qui il était. La première fois, je lui ai demandé si je pouvais amener mon fils et il m’a regardé avec des yeux étonnés. Il m’a dit: « s’il fait du bruit, vous serez expulsée! » Mais c’était un enfant tranquille et il a fait toute l’année. Il est d’ailleurs devenu musicien. »

Leo a fait lui aussi fait son baccalauréat à l’Université d’Indiana. « Il a même eu des professeurs qui se souvenaient de nous » ajoute Luis Grinhauz. 

Un jour, le couple participe à une tournée de concerts au Mexique. Le petit Leo, 8 ans, les accompagne et devient le tourneur de pages officiel de sa mère.

« Il savait déjà lire la musique, car il avait commencé le violoncelle à cinq ans et demi », raconte sa mère.

Aujourd’hui, Léo Grinhauz habite aux États-Unis et gagne sa vie comme musicien. Avec ses parents, il a déjà formé le Trio Grinhauz, pendant des années. Au moins une fois par saison, il revient pour jouer avec eux au sein de Musica Camerata. Il sera du dernier concert de la saison, le 9 mai 2020.

Luis Grinhauz a fait partie de l’OSM pendant 45 ans. Il a d’ailleurs recruté régulièrement des musiciens pour son ensemble au sein même de l’orchestre.

C’est ce poste à l’OSM qui l’a amené, avec sa famille, à Montréal. Cet Argentin d’origine, qui a commencé le violon à six ans, conserve encore un petit instrument donné par nulle autre qu’Evita Perón la célèbre épouse de Juan Perón, qui a dirigé le pays de 1946 à 1955.

« Je venais d’une famille pauvre de province, dit-il. Quelqu’un m’avait prêté un demi-violon, pour ma taille, et ma mère a écrit une lettre à Mme Perón, qui était connue pour aider les pauvres. Un jour, on reçoit une lettre disant qu’un violon nous attend au ministère de la Culture. Des journalistes sont venus, et on a eu une photo de moi recevant mon violon du ministre de la Culture dans le journal. J’ai encore la photo, et le petit violon. Il est là, témoin d’un cadeau d’Evita. La culture et les arts, en Argentine, sont très forts. Les gouvernements ont toujours favorisé le théâtre, l’opéra, les orchestres. »

Aujourd’hui âgé de 77 ans, il joue donc du violon depuis 71 ans!

« Et c’est toujours difficile, dit-il. Je dois répéter chaque jour, sinon, ça ne marche pas! »

 

 

C'est à l'Ermitage, un bâtiment faisant partie du Collège de Montréal, que Musica Camerata a donné ses premiers concerts officiels. (Photo: Jean Gagnon, sous license creative commons)
C’est à l’Ermitage, un bâtiment faisant partie du Collège de Montréal, que Musica Camerata a donné ses premiers concerts officiels. (Photo: Jean Gagnon, sous licence creative commons)

Les débuts

L’ensemble Musica Camerata Montréal a été fondé au début 1971 par le couple mélomane Hans et Imy Nemenoff et plusieurs musiciens, dont le regretté altiste Robert Verebes. Luis Grinhauz en a repris la direction musicale en 1983, en faisant un exemple de continuité autant que de longévité.

« Hans Nemenoff organisait des récitals chez lui, raconte Luis Grinhauz. Leur auditoire a rapidement grandi et ils ont commencé à donner des concerts à l’Ermitage, sur Côte-des-Neiges. C’est à ce moment, alors que je venais d’arriver comme violoniste à l’Orchestre symphonique de Montréal, qu’ils m’ont demandé si je voulais faire de la musique de chambre, et j’ai sauté sur l’occasion. Quelques mois plus tard, Hans Nemenoff est décédé d’une crise cardiaque alors qu’il était en train de donner un discours de remerciement pour une subvention que Camerata venait de recevoir. Il est tombé mort sur place, on peut ainsi dire que Camerata a commencé avec un drame. Mme Nemenoff a continué à organiser les concerts mais après un certain temps, elle était fatiguée et je lui ai succédé. »

Pour Grinhauz, l’attrait durable de Musica Camerata est basé sur le choix du répertoire interprété et sur la qualité des prestations offertes. Dès le début, le groupe s’est donné comme mission de programmer des œuvres méconnues, qu’il s’agisse des œuvres négligées de compositeurs connus ou du travail de compositeurs ou de compositrices restés dans l’ombre. L’unique critère est le plaisir que ressentent les membres de l’ensemble à interpréter le répertoire choisi.

Au fil des ans, Musica Camerata a transporté ses pénates dans diverses salles, jouant à Redpath, Pollack, Christ Church, Concordia et au Centre Segal. Depuis sept ans, ils sont heureux de présenter leurs saisons à la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Avec le temps, ils ont ajouté quelque 350 pièces à leur répertoire, et invité des musiciens et musiciennes connus et des premières chaises des grands orchestres nord-américains à se joindre à ses concerts.

Nous invitions des collègues avec qui nous sentions une belle identité musicale et personnelle à participer à nos concerts. – Luis Grinhauz

Toujours curieux de découvrir de nouvelles oeuvres, il continue de faire des recherches pour dénicher des perles musicales.

« Parfois, on découvre des choses pas très intéressantes et on les laisse dans les tiroirs, dit-il. Mais aujourd’hui, on vient de découvrir un trio d’un compositeur canadien que je ne connaissais pas: Edward Manning, du Nouveau-Brunswick, né en 1874. On a commencé à la lire et je me suis écrié: c’est beau! C’est une pièce que nous allons jouer l’an prochain. »

La saison 2019-2020 et l’avenir

Cette saison anniversaire place un fort accent sur les périodes romantique et post-romantique, avec Chopin, Schumann, Chausson, Mahler et Strauss. Le compositeur russe méconnu Nikolai Medtner, un ami de Rachmaninoff, fait le pendant à Borodin dans le programme « Quintettes russes et Beethoven ».

De Beethoven, justement, seront présentées deux compositions relativement peu jouées : les Variations Kakadu op. 121 au concert du 16 novembre et la Sonate pour violon et piano op. 30 no 1 en la majeur au concert final de la saison. Cette dernière servira à mettre en valeur la complicité des deux seuls membres fondateurs encore actifs au sein du groupe.

 

Musica Camerata Trio
La composition de Musica Camerata varie en fonction des concerts. Ici: Bruno Tobon, Berta Rosenohl, et Luis Grinhauz. (Photo: courtoisie)

Aujourd’hui, le couple Grinhauz-Rosenohl profite d’invitations à juger différents concours musicaux pour repérer de jeunes talents avec qui il aimerait travailler. C’est ainsi qu’a été recruté le violoncelliste Bruno Tobon. Maintenant âgé de vingt ans, Tobon en est déjà à sa troisième saison avec Musica Camerata, avec qui il jouera deux concerts. Sylvain Murray sera le violoncelliste pour les deux autres concerts. Le violoniste Van Armenian et l’altiste Sofia Gentile complètent les effectifs de cette cinquantième saison.

Le concert de samedi offrira de plus l’occasion d’entendre un artiste invité, Éric Abramowitz. Natif de Montréal, le jeune Abramowitz occupe le poste d’assistant premier clarinettiste à l’Orchestre symphonique de Toronto. Le programme promet plusieurs découvertes alléchantes : une sonate pour clarinette et piano du compositeur argentin Carlos Guastavino, la première mondiale d’une commande pour violon et piano de Postales de Buenos Aires de Juan Carlos Cirigliano et Souvenir de voyage, un quintette pour clarinette et cordes de Bernard Herrmann, compositeur mieux connu pour les trames sonores de films d’Alfred Hitchcock. La soirée ouvrira avec les très belles Pièces pour clarinette, alto et piano de Max Bruch.

Car il est toujours violoniste, elle est toujours pianiste, et ils continuent.

VOUS VOULEZ Y ALLER? Musica Camerata Montréal, La clarinette à l’honneur, samedi 7 septembre, 18 h, Chapelle historique du Bon-Pasteur.

VOIR TOUS LES CONCERTS DE LA SAISON DE MUSICA CAMERATA MONTRÉAL

Article rédigé en collaboration avec Caroline Rodgers

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Béatrice Cadrin

Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
Béatrice Cadrin
Béatrice Cadrin

Béatrice Cadrin

Passionnée par l’orchestre symphonique et par la médiation de la musique, Béatrice est formée en interprétation musicale (alto et direction d’orchestre) au Conservatoire de musique de Québec, à l'Université Laval et à l'École supérieure de musique et de théâtre de Hanovre (Allemagne). Elle achève cette année une maîtrise en musicologie à l’Université de Montréal.
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