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Toronto Montreal

SOUS LA LOUPE | La Messe en si mineur de Bach vue par Bernard Labadie

Par Caroline Rodgers le 22 avril, 2019

Bernard Labadie
Bernard Labadie. (Photo: courtoisie des Violons du Roy)

En mai, Bernard Labadie, Les Violons du Roy et La Chapelle de Québec retrouvent la Messe en si mineur de Jean-Sébastien Bach, qui sera également présentée au Carnegie Hall de New York. Bernard Labadie a accepté de répondre à nos questions pour mieux comprendre cette oeuvre phare.

LvM-Pourquoi considère-t-on la Messe en si mineur comme une oeuvre majeure de J.S. Bach?

Bernard Labadie: « Le genre musical de la messe a été pratiqué par la plupart des grands compositeurs de la Renaissance, et c’est une tradition que Bach connaissait très bien (il en a lui-même copié plusieurs exemples pour son usage personnel). Cette tradition a été reprise par plusieurs de ses contemporains, mais personne n’avait avant lui composé une telle oeuvre à une telle échelle (l’audition fait entre une heure et quarante-cinq minutes et deux heures selon les interprétations) et avec une telle luxuriance de moyens.

Compilée et complétée en toute fin de vie, elle constitue une sorte de florilège de tous les genres musicaux qu’il a cultivés et portés à leur apogée pendant sa carrière, une sorte de testament ultime qui expose de la façon la plus brillante qui soit l’étendue de son génie. »

LvM-Quelles sont, selon vous, les caractéristiques les plus intéressantes de cette oeuvre?

Bernard Labadie: « L’extrême variété des styles d’écriture rend l’audition en continu de cette oeuvre absolument fascinante: le gigantesque portail fugué du premier Kyrie, la joie indicible du Gloria, le style concertant à l’italienne du Laudamus te, le ton presque galant du Domine Deus, la puissance explosive du Cum Sancto Spiritu, l’extrême complexité de la polyphonie du Credo, le mysticisme symbolique assumé de l’Et incarnates est, le labyrinthe harmonique de l’Et expecto… La liste est longue. Chaque mouvement est un univers en soi, et aucun ne ressemble à un autre (sauf le Dona nobis pacem final qui reprend sous forme d’apothéose le Gratias agimus).

 

« Au terme du voyage, on en ressort ébahi avec l’impression d’avoir entendu trois siècles de musique occidentale résumés en un seul monument aux proportions vertigineuses. » – Bernard Labadie

 

LvM-Le choix de la tonalité initiale de si mineur est-il important, musicalement?

Bernard Labadie: La pratique qui consiste à identifier une oeuvre par la tonalité de son premier mouvement est une habitude du XIXe siècle; le fils de Bach, Carl Philip Emmanuel, parlait de la “Grande Messe catholique” de son père, sans spécifier sa tonalité. Il y a en fait beaucoup plus de ré majeur (le relatif majeur de si mineur) que de si mineur proprement dit dans cette oeuvre, pour des raisons pragmatiques (les trompettes utilisées par Bach dans le deuxième moitié de sa carrière étaient toujours en ré).

Par ailleurs, si les musiciens du XVIIIe siècle attribuaient souvent un caractère particulier (affekt) à certaines tonalités, les opinions à ce sujet variaient d’un compositeur à l’autre. Marc-Antoine Charpentier décrit la tonalité de si mineur comme “solitaire et mélancolique”, alors que Mattheson, un exact contemporain de Bach, parle plutôt d’un ton “bizarre, maussade et mélancolique” et précise qu’il était rarement utilisé et que “les Anciens l’avaient banni de leurs couvents”…

L’explication de cette dernière remarque tient probablement à des questions de tempérament, la tonalité de si mineur impliquant des degrés harmoniques très éloignés de do majeur (la dominante de si mineur est fa dièse majeur, située aux extrêmes de do majeur dans le cycle des quintes) qui sonnaient très mal sur des instruments à clavier accordés à des tempéraments anciens. Bach, il faut le rappeler, s’était fait très tôt dans sa carrière l’avocat d’un tempérament qui permettait l’usage de toutes les tonalités (cf. les deux tomes du Clavier bien tempéré). »

 

Les Violons du Roy et la Chapelle de Québec. (Photo: courtoisie)
Les Violons du Roy et la Chapelle de Québec. (Photo: courtoisie)

LvM: Comme chef, quels sont vos critères pour dire qu’une interprétation de la Messe est vraiment réussie?

Bernard Labadie: « Ils sont nombreux, mais je dirais que la lisibilité – autant des lignes que de l’architecture – est probablement le plus grand défi. L’oeuvre est d’une immense complexité, et certains mouvements (le Credo et la première partie de l’Et expecto, pour ne citer que deux exemples) peuvent sembler abscons et même carrément incompréhensibles si les interprètes ne prennent pas tous les moyens pour que l’auditeur puisse “lire” la structure de l’oeuvre. De toutes les grandes oeuvres sacrées de Bach, la Messe en si mineur est aussi la plus exigeante pour le chœur, utilisé en plusieurs configurations différentes (à 4, 5, 6 ou 8 voix) et dont l’écriture pousse les choristes dans leurs derniers retranchements par ses très grandes exigences techniques. »

 

Johann Sebastian Bach
Jean-Sébastien Bach.

LvM – Entre la Messe et les Passions selon saint Jean et saint Mathieu de Bach, lequel de ces trois chefs-d’oeuvre préférez-vous? (difficile de choisir!)

Bernard Labadie: « Impossible en effet de choisir (et il faut ajouter l’Oratorio de Noël à cette liste). Sur le plan personnel, toutefois, la Messe en si mineur occupe une place très spéciale dans ma vie: c’est la première grande oeuvre de Bach que j’ai connue. Pour le Noël de mes douze ans, je m’étais procuré la partition de poche avec les sous que je gagnais comme camelot, et j’avais demandé à mes parents l’enregistrement en cadeau, plus précisément celui de Nikolaus Harnoncourt, le premier réalisé sur instruments d’époque. J’ai toujours dans ma bibliothèque cette vieille partition de poche écornée que je ressors comme un talisman chaque fois que je dirige l’oeuvre (même si j’utilise maintenant une édition différente pour mon travail). »

LvM – En terminant, d’autres commentaires? 

Bernard Labadie: « On peut s’étonner que Bach, le plus grand compositeur luthérien de l’histoire, ait choisi de consacrer ses dernières années à parachever une grande oeuvre dont la structure est intimement associée à l’Église catholique… Cela tient à deux faits: d’une part, la Réforme luthérienne n’avait pas complètement renié l’usage du texte des différentes parties de la messe catholique, qui étaient toujours utilisées en certaines occasions festives malgré le fait qu’elles n’utilisaient pas la langue vernaculaire; d’autre part, Bach, qui était parfaitement conscient de la valeur de ce qu’il laissait en héritage aux générations futures, savait que la mise en musique du texte de la messe était l’exercice ultime pour tous les grands compositeurs, l’”oeuvre totale”, l’étalon suprême par lequel on pouvait mesurer l’envergure d’un créateur. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas raté son coup… »

La Messe en si mineur, avec Les Violons du Roy, la Chapelle de Québec, Lydia Teuscher, soprano, Iestyn Davies, contreténor, Robin Tritschler, ténor, Matthew Brook, baryton-basse. Concerts précédés d’une causerie. 

SAMEDI 4 MAI, 20 h, salle Raoul-Jobin, Palais MontcalmBILLETS

DIMANCHE 5 MAI, 14 h, salle Raoul-Jobin, Palais Montcalm – BILLETS

SAMEDI 11 MAI, 19 H 30, Maison symphonique – BILLETS

 

 

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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