Ludwig Van Montreal

CRITIQUE | OSM : Schumann vide et Wagner interminable

Rafael Payare et l’OSM interprétant Le Ring sans paroles de Wagner/Maazel à la Maison symphonique le 27 mai 2026. (Photo : Gabriel Fournier)

L’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) donne cette semaine ses concerts de clôture de saison, dont avait lieu hier soir la première représentation devant une Maison symphonique remplie. En première partie, l’Orchestre accueillait un partenaire familier, le pianiste Yefim Bronfman, qui s’est produit plus de 45 fois avec la phalange montréalaise depuis ses débuts nord-américains au Forum à l’âge de 16 ans. Ensemble, ils exécutaient le Concerto pour piano de Schumann, suivi en deuxième partie du Ring sans paroles, un survol orchestral des quatre opéras formant la tétralogie de l’Anneau du Nibelung de Wagner, arrangé par Lorin Maazel.

Concerto pour piano de Schumann

Coquille vide que cette exécution banale de ce célèbre concerto romantique. Dès le début, l’orchestre et le pianiste ont de la difficulté à s’entendre sur le tempo à prendre : la connexion ne passe clairement pas. Du début jusqu’à la fin, Bronfman se contente d’exécuter les notes, mais ne propose aucune idée musicale, aucun investissement personnel, aucun discours cohérent. Même le timbre, clair mais sans substance, manque de personnalité. Au moins, le premier hautboïste Vincent Boilard ne s’est pas laissé contaminer par cette apathie et a fait chanter le thème qui lui est confié avec son timbre riche et son fin sens musical habituels.

Le Ring sans paroles de Wagner/Maazel

Il serait naturel de penser que résumer 15 heures de musique (la durée totale des quatre opéras formant la tétralogie de l’Anneau) en 70 minutes ne puisse faire autrement que de rendre le tout plus digestible. Or, comme le principe d’un résumé est de sélectionner les moments les plus marquants d’une trame narrative ou musicale, ces 70 minutes se déroulent constamment à un niveau de la plus haute intensité, ne comportant que quatre ou cinq passages plus calmes ou plus légers. Tout comme la série d’opéras lui servant de base n’ont pas d’équivalent dans le répertoire, la pièce orchestrale qu’en a tirée Lorin Maazel suit un modèle se démarquant des autres exemples de musique de concert tirées d’œuvres pour la scène : d’une part, ces suites orchestrales sont généralement en plusieurs mouvements (ce à quoi l’écriture en continu de Wagner se prête certes mal), et d’autre part, l’ordre de ces mouvements a souvent été remanié pour l’adapter à la forme de musique de concert. Personnellement — et l’accueil débordant qu’a réservé le public à la prestation d’hier soir indique qu’il s’agit d’une opinion effectivement toute personnelle — je ne vois pas d’intérêt à subir une version élaguée (quoique pas suffisamment) et diminuée par l’absence de voix de l’entièreté de l’histoire de l’Anneau du Nibelung en s’astreignant de plus à un déroulement chronologique superflu. Ma constatation — encore une fois, toute personnelle — est que la musique en ressort amoindrie, le format condensé mettant en lumière la répétition des formules employées par Wagner et le manque de traitement évolutif.

La prestation de l’OSM n’est nullement en cause : je n’ai rien à redire au sujet de l’exécution d’hier soir, hormis des cors wagnériens pas tout à fait réchauffés au tout début. Je croyais également qu’on en avait fini avec la sursaturation sonore depuis l’ajout de plateformes additionnelles et les ajustements apportés à la hauteur du plafond acoustique, et suis déçue de me faire de nouveau assaillir les tympans par des cymbales trop fortes et des timbales ultra sèches, mais je vais simplement accepter qu’il s’agit d’une différence de conception et/ou de perception entre l’audition de Rafael Payare et la mienne. Mis à part ces deux points, l’Orchestre se mérite des félicitations pour l’exploit accompli.

À la sortie, j’ai entendu un auditeur exprimer son impression de la soirée : « Une expérience unique! » Je suis heureuse pour lui que son choix d’expression indiquât une impression positive. Quant à moi, je serai heureuse que l’expérience conserve son caractère unique en n’étant pas répétée.

Ce qui n’est pas pour dire que je n’assisterai pas aux représentations des opéras entiers de Wagner annoncées hier soir : en effet, au micro avant le concert, Mélanie La Couture a dévoilé qu’après les cycles Mahler (dont j’attends avec curiosité l’éventuelle clôture par l’immense Symphonie des Mille), Chostakovitch et Mozart/da Ponte, l’OSM et Rafael Payare s’attaqueront dans les prochaines années aux opéras de Wagner, en commençant par Das Rheingold (L’Or du Rhin).

D’autres annonces justifiaient l’intervention de la présidente et cheffe de la direction. D’une part, elle a félicité sa prédécesseure Madeleine Careau, présente au concert, pour le doctorat honoris causa lui ayant été remis au début du mois par l’université McGill, en reconnaissance de sa contribution essentielle au paysage culturel québécois à travers une fructueuse carrière en gestion des arts. D’autre part, elle a souligné le départ à la retraite de deux musicien·ne·s de longue date de l’OSM, pierres angulaires moins visibles que le visage de la direction mais tout aussi essentielles. Après plus de 40 ans, Monique Poitras, membre de la section des seconds violons, et Pierre-Vincent Plante, précieux joueur de cor anglais, joueront ce soir leurs dernières notes avec l’Orchestre. Bonne retraite et un sincère merci à tous deux!

ERRATUM – Dans le Concerto pour piano de Schumann, la partie de premier hautbois a été tenue par Vincent Boilard, et non Alex Liedtke tel que nous l’avions d’abord indiqué. Heureusement, les qualités mentionnées s’appliquent tout aussi bien aux deux excellents musiciens.

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