Ludwig Van Montreal

CRITIQUE | L’OM célèbre Hétu et la musique française

Le Trio Hochelaga et l'Orchestre Métropolitain sous la direction de François Leleux. (Photo : François Goupil)
Le Trio Hochelaga et l’Orchestre Métropolitain sous la direction de François Leleux. (Photo : François Goupil)

L’Orchestre Métropolitain (OM) donnait vendredi soir à la Maison symphonique un concert qui avait tout pour devenir un événement. Cet événement, c’est la présentation du Triple concerto de Jacques Hétu. Nous aurions pu écrire « la véritable création », car la première de l’œuvre ne s’est pas déroulée dans les meilleures conditions. La création a eu lieu à l’été 2003, par l’Orchestre symphonique de Montréal et le Trio Hochelaga, à l’Amphithéâtre de Lanaudière, un soir d’orage où les éléments avaient notablement parasité l’écoute de l’œuvre. Votre humble serviteur peut en témoigner puisqu’il avait bravé à l’époque les intempéries pour assister au concert, assis sur une chaise de jardin dans la pelouse lanaudoise, à peine protégé par un imperméable et un parapluie!

Cette reprise, dans le confort et la qualité acoustique de la Maison symphonique, était donc l’occasion de jouir adéquatement de l’œuvre et de la découvrir dans toute sa subtilité. Il faut dire qu’à l’exception du Triple concerto de Beethoven, cette formule d’un concerto pour une formation chambriste ne s’est pas imposée au concert, et les rares compositions qui s’y sont attelés n’ont pas trouvé de place au répertoire. Nous avons ici une œuvre qui aurait le potentiel de se démarquer.

Une œuvre substantielle

On reconnaît dans ce Triple concerto la griffe du compositeur : l’harmonie riche aux couleurs crépusculaires, son orchestration maîtrisée et un lyrisme complexe et expressif qui évoque parfois Berg, parfois Dutilleux. Les mauvaises langues diront que rien ne ressemble plus à un concerto de Jacques Hétu qu’un autre concerto de Jacques Hétu. Ce que ces mauvaises langues ne comprennent pas, c’est qu’à travers cette forme classique, Hétu y a insufflé le meilleur de son inspiration. De plus, la formule de ce concerto à trois solistes lui permet d’exploiter des configurations diverses où la notion de dialogue ne se fait pas seulement dans la dichotomie soliste/orchestre, puisque la formation chambriste permet aussi la présence de sous-ensembles.

On retient donc de ce concerto la partition particulièrement riche du violon et du violoncelle (ce dernier est magnifiquement mis en valeur au second mouvement), ainsi que le discours aux harmonies denses et complexes du piano. Du Trio Hochelaga d’origine (pour lequel le concerto a été composé), seule demeure la violoniste Anne Robert, qui porte l’œuvre à bout de bras avec une passion communicative. Au violoncelle, Dominique Beauséjour-Ostiguy a démontré une solide interprétation couplée à une grande musicalité. Le pianiste Dantonio Pisano aborde quant à lui la partition avec cran et caractère. Ces solistes/chambristes sont d’excellents avocats pour défendre cette œuvre imposante.

Hétu est particulièrement efficace dans les interventions en déflagration de l’orchestre, ce dernier étant bien fourni. Néanmoins, on a l’impression que l’imposant orchestre n’est pas aussi présent qu’on pourrait le souhaiter dans l’aspect « dialogue » typique du concerto. Les solistes sont donc très bien mis en valeur tandis que l’orchestre l’est peut-être un peu moins. Ceci dit, on ne boude pas notre plaisir à l’écoute de ce concerto solidement construit et substantiel.

L’enjeu de la diffusion de notre musique

Ce concert démontre néanmoins une situation déplorable : il aura fallu attendre 23 ans entre la création de l’œuvre et sa reprise. On peut lire dans le programme que « Jacques Hétu fait partie des compositeurs contemporains les plus joués au pays ». Si on doit attendre 23 ans pour réécouter une œuvre majeure du compositeur le plus joué au pays, autant mieux dire qu’on ne joue pas vraiment nos compositeurs! Certes, le catalogue d’Hétu est riche et varié, ce qui permet d’affirmer sans trop se tromper que sa musique est couramment présente dans nos concerts. Le constat demeure : que fait-on de notre musique et de notre patrimoine musical?

Saluons donc l’audace de l’Orchestre Métropolitain d’avoir programmé cette œuvre d’importance, mais posons-nous la question : pourquoi jouer la musique de nos compositeurs est une audace, alors qu’elle devrait être la norme? Notre milieu musical a un examen de conscience à faire à ce sujet.

Un programme français

Pour diriger ce concert au programme axé surtout sur la musique française, l’OM accueillait François Leleux, hautboïste qui développe aussi une carrière de chef. L’artiste nous laisse un souvenir sympathique, avec une gestuelle expressive (peut-être même un peu trop!) qui permet de mousser l’effervescence des musiciens. La suite de Ma Mère l’Oye de Ravel ouvrait le concert avec des tempi plutôt vifs, où la poésie descriptive était un peu évacuée au profit d’une allégresse presque forcée.

Le Rêve de Cléopâtre de Mel Bonis aura été une belle découverte, avec une atmosphère sensuelle et orientale qui rappelle un peu la musique de Roussel ou de Koechlin. La sonorité généreuse de l’OM trouvait ici une partition parfaite pour y dévoiler des couleurs nouvelles dans cette rêverie contrastée.

Pour clore le concert, Leleux a dirigé par cœur, sans partition, la Symphonie en Do de Bizet avec une vivacité soutenue. Ses tempi rapides font mouches dans les premier et quatrième mouvements, mais sont moins pertinents dans le mouvement lent, marqué Adagio, et qui était ici nettement trop vite. Néanmoins, on a pu apprécier le magnifique solo de la hautboïste Léanne Teran-Paul ainsi que l’implication dévouée des musiciens de l’orchestre.

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