
L’Orchestre classique de Montréal poursuivait hier soir sa saison avec le concert De Chopin à Weinberg : Soirée classique à la polonaise. Sous la direction du directeur musical Andrei Feher, l’ensemble à cordes interprétait des œuvres des compositeurs polonais Frédéric Chopin, Mieczysław Weinberg, Wojciech Kilar et Stanisław Moniuszko, auxquelles s’ajoutaient un air de Verdi et une composition humoristique du Québécois Maxime Goulet. Les participations des solistes invités Jean-Philippe Sylvestre (piano), Kornel Wolak (clarinette) et Karoline Podolak (soprano) ponctuaient la soirée.
Dès le début, le public a été conquis par la présence théâtrale et flamboyante des solistes Jean-Philippe Sylvestre et Kornel Wolak, qui se sont lancés dans un arrangement (non attribué dans le programme) du Nocturne en do dièse mineur de Chopin, transposé en do mineur. Après les mots de bienvenue de la directrice générale par intérim Joëlle Gonnord et de la Consule générale de la République de Pologne Izabela Fabjańska-Potapczuk, l’OCM et les mêmes solistes ont poursuivi avec un autre arrangement d’une pièce de Chopin, la Mazurka en si bémol majeur, op. 7 no 1. C’était ensuite au tour de la soprano Karoline Podolak de charmer le public avec sa voix dense et ses aigus agiles. Elle a interprété deux pièces contrastantes, l’air « Dumka zuzi » extrait de l’opéra Verbum Nobile de Stanisław Moniuszko, compositeur du XIXe siècle considéré le père de l’opéra polonais et la Vocalise composée par Wojciech Kilar pour la trame sonore du film The Ninth Gate, dans laquelle sa respiration était étrangement saccadée. Une interprétation tapageuse et pas toujours synchronisée du Concerto pour piano en mi mineur de Chopin concluait cette première partie.
En ouverture de deuxième partie, le clarinettiste Kornel Wolak reprenait avec délectation le rôle de clarinettiste solo-mime dont il avait assuré la création en 2014. L’interaction entre le soliste et l’orchestre était réussie, même dans les échanges délicats. La musique de Goulet est à la fois atmosphérique et descriptive, allant jusqu’à reproduire le son des vagues et les cris des mouettes. Podolak est ensuite revenue sur scène offrir le « Sempre libera » extrait de La Traviata qu’elle maîtrise bien, la clarinette de Wolak remplaçant le ténor absent.
La soirée s’est conclue avec la pièce la plus substantielle du programme, la Symphonie de chambre no 1, op. 145 de Mieczysław Weinberg (1919-1996). Andrei Feher en a saisi l’essence dans sa présentation au micro en en soulignant l’expression presque naïve menacée par un courant sombre sous-jacent.
Grâce entre autres à ses programmes aux thématiques nationales bien définies, l’OCM s’est creusé un créneau qui lui réussit bien : la salle Pierre-Mercure est bien garnie et la réception des auditeurs, qu’il s’agisse de réguliers ou de curieux attirés par la thématique du moment, est chaleureuse et enthousiaste. La générosité dont fait preuve l’ensemble envers les nouveaux arrivants en leur offrant des places gratuites est de même tout à son honneur.
Que je ne fasse pas partie du public cible de l’orchestre est une évidence. Hier soir, mes oreilles de spécialiste auraient souhaité (avec une brûlante ardeur) un travail approfondi sur l’intonation et le fondu, une approche pianistique plus soignée et respectueuse de la partition, et un programme mieux ficelé. Les problèmes d’intonation, en particulier, sont un problème récurrent à l’OCM : j’en ai fait mention plusieurs fois par le passé.
L’OCM annonçait avec fierté le 9 décembre dernier avoir signé sa première convention collective avec la Guilde des musiciennes et musiciens du Québec – une excellente nouvelle, bien sûr. Il y a cependant urgence à rehausser dramatiquement les qualités fondamentales du jeu d’ensemble pour rencontrer les attentes liées à ce nouveau statut.