Ludwig Van Montreal

CRITIQUE│Rencontre électrisante entre Rafael Payare et les conservatoires

Rafael Payare dirigeant l'Orchestre des Conservatoires du Québec à la Maison symphonique le 31 mai. (Photo : Ève B. Lavoie)
Rafael Payare dirigeant l’Orchestre symphonique des Conservatoires du Québec à la Maison symphonique le 31 mai. (Photo : Ève B. Lavoie)

Après Val-d’Or en 2024 et Gatineau en 2025, la troisième édition du concert Rafael Payare à la rencontre des conservatoires était présentée à Montréal ce dimanche 31 mai 2026. Rappelons que ce concert de l’Orchestre symphonique des conservatoires du Québec, nouvelle mouture de l’ancien Orchestre-Réseau, regroupe les étudiant·e·s des sept conservatoires de musique de la province, soit ceux de Gatineau, Montréal, Québec, Rimouski, Saguenay, Trois-Rivières et Val-d’Or.

Ces jeunes étudiant·e·s, placé·e·s sous la direction de Rafael Payare grâce à un partenariat avec l’Orchestre symphonique de Montréal, ont livré une prestation énergique et vivifiante.

Une création solide

En ouverture de programme figurait Composition pour orchestre de Jules Bastien-Fontaine, étudiant en composition au Conservatoire de Montréal. Œuvre récente, initialement créée en novembre 2023 par l’Orchestre du Conservatoire de musique de Montréal, cette partition se démarque par ses atmosphères texturées, riches et originales. On a parfois l’impression d’y entendre du Ligeti, ou encore du Penderecki, mais le jeune compositeur démontre déjà une personnalité créatrice forte et maîtrisée. Le titre, s’il peut sembler étrange, voire abscons, est pourtant logique dans cette optique où une composition peut se définir comme une organisation spatiale, un assemblage de divers éléments. L’œuvre n’a d’autre prétention que de donner sens à une telle composition d’éléments certes hétéroclites, mais qui se déploient ici avec logique et savoir faire.

Cette partition représente assurément un défi pour les jeunes instrumentistes qui doivent jongler avec des techniques d’écritures contemporaines très précises. Ils et elles ont relevé le tout avec un sérieux et une implication admirable. Quant à la verve créatrice du jeune compositeur, elle nous dévoile une personnalité déjà très mature, couplée à une maîtrise étonnante d’un univers sonore à la fois complexe et évocateur.

Pour mettre en valeur les talents de l’orchestre

Avec les Tableaux d’une exposition de Moussorgski, présentés dans l’orchestration de Maurice Ravel, l’occasion était parfaite pour approfondir un travail du côté des couleurs orchestrales, éléments extrêmement formateurs pour ces jeunes artistes. C’était aussi l’occasion de faire briller plusieurs interprètes grâce aux nombreux solos qui parsèment la partition. Si tous·tes s’en sont tiré avec de grandes qualités, notre coup de cœur va au saxophoniste Antonin Gilbert. Avec un son magnifiquement centré, comportant un tout petit vibrato – juste assez pour être expressif – il a interprété le solo du mouvement Il Vecchio Castello avec une mélancolie touchante. La beauté du son et la maîtrise technique était tout au service de l’émotion. Vite, nous voulons l’entendre dans un concerto!

Rafael Payare a dirigé avec énergie et géré les contrastes et les jeux de textures avec grand doigté. On doit ici saluer les couleurs franches des vents et des percussions : quel satisfaisant plaisir que d’entendre des timbales et une grosse caisse être frappées avec un tel aplomb! La cabane sur des pattes de poule aura été démoniaque grâce à ces percutantes percussions (il s’agit là d’un pléonasme, certes, mais parfois, le jeu des percussions est tellement contenu qu’on se demande si la nature de ces instruments est volontairement occultée!).

Encore la IXe de Beethoven

Décidément, cette année, ce sont les orchestres étudiants qui auront ressassé la IXe symphonie de Beethoven! Plus tôt ce printemps, c’était l’Orchestre de l’Université de Montréal qui s’attaquait à ce chef-d’œuvre dans un concert célébrant le 75e anniversaire de la Faculté de musique. Pour ce concert-ci, ce n’est que le dernier mouvement qui était au programme (la symphonie complète aurait rendu le concert interminable!).

On reconnaît volontiers que dans ces deux cas, le travail sur l’œuvre pour ces jeunes musicien·ne·s est absolument formateur, d’autant plus que s’ils œuvrent par la suite dans le milieu orchestral, ils auront assurément l’occasion de rejouer cette partition plusieurs fois. Aussi, on sera ici indulgent au fait que la prestation demeurait très « conventionnelle », en ce sens qu’on ne demande pas ici au chef de réinventer l’œuvre, mais bien à l’orchestre de se l’approprier pour une première expérience.

Le résultat était d’une bonne tenue. Certes, il y eut bien deux ou trois petits accrocs ici et là, mais rien de majeur. L’implication était constante et soutenue, et certains passages s’avéraient admirablement bien exécutés (l’épisode fugué au cœur du mouvement, passage féroce et exigeant, a été rendu avec éloquence). La finale au rythme endiablé en aura impressionné plus d’un!

Le chœur invité était celui de l’école secondaire Joseph-François-Perrault (Chœur JFP), venu garnir les rangs du Chœur du Conservatoire (plus petit en nombre). Décidément, cette année est un grand crû pour le Chœur JFP, qui plus tôt ce printemps s’était fait remarquer dans son interprétation du Requiem de Mozart lors du concert du Vendredi saint à l’église Saint-Jean-Baptiste. Ils sont bien jeunes, ces choristes (entre 12 et 16 ans pour ces élèves du secondaire), mais leurs voix sont déjà bien solides, particulièrement du côté des voix masculines. Le travail des chefs de chœur Philippe Ostiguy et Pascal Côté est ici à souligner, voire à célébrer!

Le quatuor de solistes regroupait des chanteurs diplômés du conservatoire, à savoir Aline Kutan (toujours aussi agile et rayonnante), la mezzo-soprano Caroline Gélinas (au timbre si délectable), le ténor Éric Laporte (parfait interprète pour cette partition) et le baryton Geoffroy Salvas (solide et pertinent).

Ils sont jeunes, passionnés et pleins de talents, et cette admirable occasion de les faire travailler ensemble aura fait de ce concert un événement d’un haut niveau, mais surtout d’une chaleureuse et profonde humanité. Cette jeunesse est porteuse de grandes promesses et d’espoir magnifique en l’avenir.

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