
Des plafonds à 11 mètres de hauteur, un mur de brique au cachet imparable, une fenestration généreuse : le charme de la Grande salle de la Fonderie Darling, sise dans le Vieux-Montréal, n’échappe à personne qui y entre, mais Roseline Blain, elle, s’en est trouvement carrément inspirée. Du moment qu’elle a découvert cette salle industrielle convertie en espace pour les arts visuels, l’idée d’y donner un concert de musique chorale l’a happée pour ne plus la laisser. Ce samedi 30 mai, sa vision se concrétise sous la forme d’Expositions sonores, un concert déambulatoire en trois volets présenté par les trois chœurs formant la Société chorale du Plateau-Mont-Royal (SCPMR).
« J’aime créer : mon côté créateur s’exprime dans la façon de concevoir des concerts qui sont des événements, » explique la cheffe de chœur et directrice musicale. « Ça a pris quatre ans convaincre le c.a. de la SCPMR de faire ce projet, parce que ça coûte très cher, mais on sent qu’on vit quelque chose d’unique dans une vie. Les choristes ont l’impression de créer quelque chose et offrent un niveau d’engagement inégalé. »
Ancienne fonderie industrielle du début du XXe siècle reconvertie en centre d’art contemporain, la Fonderie Darling constitue un haut lieu du patrimoine montréalais. S’inspirant de la nouvelle vocation du lieu, Blain a élaboré son programme comme une réelle exposition vivante, allant jusqu’à délaisser la disposition conventionnelle. « Les choristes vont changer de disposition pour mettre en valeur la facture de chaque œuvre, et le public est invité à déambuler, comme au musée. Il y aura tout de même quelques bancs ici et là, et les gens peuvent s’apporter des coussins s’ils le souhaitent. » La mise en espace de la présentation a été confiée à Isabeau Proulx-Lemire.
Empruntant davantage au monde des arts visuels, le concert se présente sous forme de triptyque, réparti en trois parties subtilement unies par l’idée du spiritus, ou du souffle. La première partie, Immortels, établit une atmosphère de recueillement à travers des œuvres sacrées de la Renaissance et de la période contemporaine, dont le Pater noster de Leonardo Schiavo. Descendant du ciel vers le domaine plus concret de la nature terrestre, la deuxième partie porte le titre Grands espaces et fera entendre des œuvres de Katia Makdissi-Warren, Ana Sokolović, Zoltan Kodaly et du compositeur philippin Ily Matthew Maniano. La conclusion du triptyque Lumières aborde le concept de la connexion avec l’Autre à travers des œuvres telles que Song for Athene de John Tavener, le Da Pacem d’Arvo Pärt, Immortal Bach de Knut Nystedt et le monumental Spem in Alium pour 40 voix distinctes de Thomas Tallis.
« Je suis très fière du concept du concert. C’est vraiment une expérience sonore immersive et exploratoire, qui met en lien l’ancien et le nouveau. Le Da Pacem de Pärt a été composé sur une commande de Jordi Savall, bien connu en tant que spécialiste de la musique ancienne. Sa façon d’étendre le cantus firmus à l’alto crée une impression proche du tintinnabulisme caractéristique de Pärt, mais on voit l’inspiration de la musique ancienne. Dans Immortal Bach de Nystedt, cinq petits chœurs chantent le choral en l’espaçant de deux temps à chaque fois, ce qui crée une espèce de spatialisation musicale qui prend tout son sens dans un endroit comme la Fonderie Darling. »
« C’est de la musique extrêmement touchante et des textes prenants, ce sera assurément émotif, » prévient la conceptrice. Après chaque partie d’une durée d’une vingtaine de minutes, une pause sera offerte pour absorber l’expérience en prenant un breuvage chaud et une collation dans une atmosphère conviviale.
La formule développée par Roseline Blain fait mouche : au moment de publier cet article, le concert Expositions sonores affiche complet.