
Le contraire eût été étonnant, compte tenu du nouvel élan qui a gagné autant l’orchestre que le public depuis son arrivée : Clemens Schuldt restera à la tête de l’Orchestre symphonique de Québec pour un mandat additionnel d’une durée de quatre ans, consolidant leurs liens au moins jusqu’en 2031. La bonne nouvelle a été annoncée devant près de 500 personnes s’étant déplacées pour assister au dévoilement de la programmation de la saison 2026-2027, une démonstration supplémentaire de l’engouement entourant le dynamique chef allemand. L’OSQ, présent sur scène, a récompensé ces ardents mélomanes de trois prestations musicales : la Danse hongroise no 1 de Brahms, le divertissant Allegretto extrait de la Huitième symphonie de Beethoven et un extrait du dernier mouvement de la Quatrième symphonie de Tchaïkovski.
Passant du slogan « Parce que c’est Clemens » à la formule « Parce que c’est l’orchestre », la prochaine saison pivote les projecteurs en direction des membres de l’orchestre pour les faire briller à la fois collectivement et inviduellement. « Les deux premières semaines vont être comme un mini-festival pour les musicien·ne·s », annonce Schuldt, faisant référence aux concertos pour orchestre de Bartok et de Lutoslawski, et au Boléro de Ravel, des œuvres déployant toute la richesse des couleurs de l’orchestre.
Au fil de la saison, cinq membres de l’orchestre occuperont l’avant-scène en tant que solistes, soit la violon solo Sheila Jaffé et le violoncelliste solo Blair Lofgren dans le Double Concerto de Brahms, le trompettiste Andre Dubelsten en tant qu’interlocuteur égal à la pianiste Eva Gevorgya dans le Premier concerto pour piano de Chostakovitch, le premier clarinettiste Stéphane Fontaine dans le Concerto pour clarinette d’Aaron Copland et le percussionniste Bryn Lutek dans « Chanson à la mort » extraites des Cinq chansons pour percussion de Claude Vivier.
Cela n’empêche évidemment pas l’OSQ de recevoir par ailleurs des solistes invité·e·s. Des noms tels qu’Inon Barnatan, Arabella Steinbacher, Timothy Chooi, Kristine Balanas, Martynas Levickis, Marie-Ange Nguci et Luka Coetzee s’ajoutent à ceux de Vadim Gluzman, qui ouvrira la saison avec le Concerto pour violon de Beethoven, et de Marc-André Hamelin, qui interprétera le Deuxième concerto pour piano lors du premier concert du Festival Brahms.
En effet, poursuivant sur la lancée du Festival Beethoven de 2025, l’OSQ propose en novembre prochain une plongée dans l’univers de Johannes Brahms avec un florilège de concerts, conférences, discussions et activités. « Je ne voulais pas juste faire comme d’habitude. Tous les concerts du Festival ont Brahms comme point de départ, mais proposent des associations inattendues, un voyage entre tradition et modernité, » illustre Schuldt. Le festival permettra bien sûr d’entendre certaines œuvres marquantes du compositeur, telles que la Troisième symphonie et le Requiem allemand, qui verra le Chœur de l’OSQ et les solistes canadiens Lauren Margison et Gordon Bintner se joindre à l’Orchestre, mais ce sera également l’occasion de faire revenir le chanteur hors-normes Nils Wanderer pour faire vibrer les murs du Diamant lors d’un Party Brahms combinant la voix du contreténor, les instruments de l’orchestre symphonique et la musique électronique.
Le trio américain Time for Three sera l’invité du Concert en jeans, formule introduite par Schuldt en voie de devenir tradition, ayant en son cœur une œuvre concertante « moderne dans un style accessible. » « Les musiciens du trio Time for Three sont exactement le type de musiciens que je cherche, des musiciens qui peuvent faire l’aftershow avec moi. Ils vont interpréter une pièce de Kevin Puts avec laquelle ils ont remporté un Grammy, dans laquelle ils doivent chanter comme un groupe pop. »
Est-ce que le public de Québec accepte plus facilement ce type de programmation qu’un public européen? Le chef glisse dans sa langue maternelle pour répondre : « Je n’aurais pas osé une telle programmation en Allemagne! Les Allemands ont une âme conservatrice, ils n’aiment pas par exemple qu’on mélange Adèle et Cohen avec Monteverdi, » ce que l’OSQ a fait avec beaucoup de succès lors de la première venue de Nils Wanderer. « Il faut changer la recette de concert avec laquelle j’ai grandi, celle d’une ouverture suivie d’un concerto et d’une symphonie après la pause. La jeune génération en particulier a grandi en écoutant des listes de lecture mélangeant tous les styles. » L’éclectisme de ses programmations reflètent le cours de ses propres séances musicales au piano à la maison : « Je commence avec Chopin, je me mets à improviser, je glisse dans du jazz… Je n’accepte pas les frontières. Quand j’étais jeune, un de mes musiciens préférés était Stéphane Grapelli. »
« Changer la recette » passe aussi par le renouvellement du répertoire. À chaque saison depuis l’arrivée du directeur musical, l’OSQ a commandé la création d’une nouvelle œuvre. La compositrice choisie pour produire la prochaine commande est Emilie Lebel, « une compositrice très intéressante, qui écrit beaucoup pour les orchestres de jeunes. Elle va écrire deux nouvelles pièces pour nous, dont une danse québécoise. »
Le renouvellement du mandat de Clemens Schuldt signifie qu’il sera de la partie pour les célébrations du 125e anniversaire de l’OSQ en 2027-2028. « On va mettre l’accent sur l’histoire de l’orchestre, sur les tout débuts, on va inviter des solistes ami·e·s de longue date de notre orchestre, mais on va aussi essayer de réinventer quelques traditions, de trouver de nouvelles formules et de commander des œuvres hors des sentiers battus. J’aimerais bien qu’on démontre – comme à chaque année – qu’on est à la fine pointe de l’innovation. Je crois que ça n’a pas encore été annoncé, mais je me permets de le dire : il est question d’une grande tournée canadienne pour l’orchestre. »
L’avenir du plus vieil orchestre au Canada est fait de lendemains qui chantent.