
Pour sa prochaine venue à Montréal le 18 avril prochain, Jordi Savall convie le public à un vaste parcours à travers sept siècles et les continents avec Chants, batailles et danses de l’Ancien et du Nouveau Monde. Après un passage remarqué en 2024 avec Les larmes et le feu, le musicien catalan revient avec un programme renouvelé, porté par une réflexion sur la mémoire et ses résonances contemporaines.
Un programme repensé, une vision élargie
Initialement conçu comme un projet consacré aux routes de l’esclavage dans les Caraïbes, réunissant des artistes d’Afrique, d’Haïti, de Colombie et du Venezuela, le programme a dû être repensé en raison de contraintes administratives. Malgré tout, Savall a eu l’idée d’élargir sa perspective musicale pour proposer un parcours où « la mémoire de l’ancienne Europe [rencontre] la mémoire du Nouveau Monde ».
Un parcours musical de dialogues
Le programme conserve son fil conducteur, structuré autour du chant, de la guerre et de la danse, et explore la musique comme vecteur de foi, de résistance et de survie. Du Moyen Âge au XVIIIe siècle, l’auditeur traverse des paysages sonores contrastés : des appels à la paix avec Dona Nobis Pacem de Josquin des Prés, mais aussi des chants liés aux croisades, révélant l’ambiguïté d’une musique porteuse de spiritualité et de conflits.
Cette traversée s’enrichit de traditions issues des mondes ibériques et coloniaux. Les villancicos en nahuatl ou en dialectes afro-hispaniques — comme La Negrina de Mateo Flecha ou Eso rigor e repente de Juan Gutiérrez de Padilla — témoignent de la rencontre entre cultures européennes, autochtones et africaines. À cela s’ajoutent des pièces tirées du Codex Trujillo (vers 1780), précieux et uniques témoignage des pratiques musicales dans le Pérou colonial.
L’essence de ce parcours, la dimension spirituelle s’impose comme un fil rouge. « Les esclaves avaient tout perdu […] la seule chose qu’ils ont gardée, c’est leur manière de chanter », rappelle Savall. Ces chants, empreints de mémoire et d’espoir, deviennent des espaces de résistance intérieure. Parmi eux, Indodana, chant traditionnel en langue xhosa interprété a cappella et ici dansé, constitue un moment suspendu : « C’est une prière […] un moment sublime. Il faut l’écouter. »
Les interprètes au cœur du projet
Sur scène, une vingtaine d’artistes donnent vie à ce programme, dont les ensembles Hespèrion XXI, La Capella Reial de Catalunya, ainsi que le Tembembe Ensamble Continuo. La soprano canadienne Neema Bickersteth y occupe une place centrale, une collaboration que Savall a tenu à renouveler : « Chaque fois qu’elle chante, on est transporté dans un autre monde. » Le baryton franco-suisse Yannis François complète cette distribution, choisi pour sa capacité à faire dialoguer les esthétiques vocales et culturelles avec la chanteuse.
Plus qu’une fresque historique, ce programme se présente comme une invitation à réfléchir aux échos entre passé et présent. « L’histoire se répète », insiste Savall, évoquant les conflits d’hier et d’aujourd’hui. Dans ce contexte, la musique apparaît comme un espace de résistance et de transmission. « Il faut garder espoir […] avec la musique, on peut trouver la paix, au moins dans nos cœurs ».
Ce spectacle est un voyage dans le temps, mais surtout, une invitation à écouter autrement le monde dans lequel ces musiques continuent de résonner, avec l’espoir comme porte-étendard.
Chants, batailles et danses de l’Ancien et du Nouveau Monde
Mémoires de la Méditerranée et de l’Atlantique (1100-1780)
LE 18 AVRIL, 20 H, MAISON SYMPHONIQUE DÉTAILS ET BILLETS