
Pendant des décennies, une des plus remarquables collections de statues romaines est restée cachée aux yeux publics. Aujourd’hui, 57 de ses plus beaux objets – bustes, statues, reliefs et sarcophages – font, après Paris (2024), Chicago et Fort Worth (2025), un arrêt final à Montréal, avant de retourner en Italie réintégrer leur place au sein de l’illustre collection Torlonia. Le Musée des Beaux-Arts de Montréal (MBAM) accueille cette exceptionnelle exposition du 14 mars au 19 juillet 2026.
La collection Torlonia est la plus importante collection privée de statuaire antique au monde, rivalisant par sa qualité et son envergure avec celles des musées du Vatican et du Capitole. Elle a été assemblée au cours du XIXe siècle par différents membres de la famille Torlonia, dont principalement Alessandro Torlonia (1800-1886), à coups d’excavations et de rachats de collections prestigieuses établies. De 1876 au milieu du XXe siècle, les membres de la noblesse italienne pouvaient admirer la richesse et l’étendue de la collection au Museo Torlonia, établi par le même Alessandro. À la suite de la fermeture du musée cependant, les objets de la collection sont restés cachés pendant environ 70 ans, à l’abri des regards, mais non des effets du passage du temps. L’établissement de la Fondazione Torlonia en 2014 en permet la restauration progressive et une nouvelle mise en valeur. Une première exposition aux musées du Capitole en 2020 l’a révélée au public romain. En 2024, une sélection de ses plus beaux objets a été montrée au Louvre, avant de traverser l’océan Atlantique pour des rendez-vous à Chicago, Fort Worth et maintenant Montréal.
La première salle du parcours présente le contexte général et familial dans lequel a été assemblée la collection. Les murs sont ornés d’une représentation idéalisée de la Rome antique correspondant à la vision prévalente au XIXe siècle, tandis qu’au centre trône une unique statue, le seul bronze de la collection, un nu plus grand que nature identifié comme représentant le général Germanicus. Seules quelques autres salles sont ainsi habillées de visuels sur les murs, la majorité conservant plutôt un aspect dénudé renforçant l’impact des objets tridimensionnels qui y sont disposés. Ce qui reste constant cependant est justement ce soin de donner au public un accès dégagé aux œuvres, permettant le plus possible de les observer sous tous les angles.
La deuxième salle s’attarde au dilemme posé par tout processus de restauration sur des œuvres ayant subi des modifications préalables, à des époques guidées par d’autres principes de restauration que ceux appliqués aujourd’hui. C’est le cas de presque toutes les sculptures de l’exposition, une exception notable étant un émouvant buste de jeune fille présenté dans une autre salle : celui-ci est entièrement original, ne portant aucune trace d’une main autre que celle de l’artiste qui l’a créé. Pour les autres œuvres, les cartons de l’exposition incluent une illustration démontrant par un code de couleurs les parties d’origine et les changements, petits ou grands, apportés par d’autres mains, détectables entre autres par la sorte de marbre utilisé. Un exemple particulièrement éloquent en faveur de la conservation des transformations apportées est celui d’une sculpture de chèvre, dont la tête d’origine a été remplacée au XVIIe siècle par une nouvelle tête au XVIIe siècle. Ornée de boucles luxuriantes et de cornes impressionnantes, cette tête réussie témoigne des talents du jeune sceulpteur Gian Lorenzo Bernini, appelé à devenir un maître du baroque.
Un changement impossible à rattraper entre l’apparence d’origine des sculptures et celle sous laquelle elles nous sont présentées est la disparition des ornements et des couleurs appliquées. Omniprésentes dans les rues de la Rome antique, les statues ainsi décorées formaient pour les habitants de l’époque un spectacle vif et éclatant, difficile à imaginer à partir du marbre lisse et blanc que nous voyons aujourd’hui. Quelques traces de polychromie sont encore perceptibles sur certaines pièces, par exemple sur la flamme du phare de Portus. Le relief dont il fait partie est chargé d’une combinaison d’éléments symboliques et de représentations réalistes, détaillés dans une présentation vidéo qui vaut l’arrêt.
De la dizaine de salles organisées par thème, une salle portant le titre Stratégies de succession permet de se pencher sur la place des femmes et sur leur représentation visuelle dans l’Empire romain; une autre s’attarde à l’univers de l’enfance, soulignant entre autres que les enfants mortels sont généralement représentés avec un air pensif, tandis que les cupidons et autres dépictions d’enfants divins prennent des attitudes espiègles. Le touchant monument funéraire érigé par des parents à la mémoire de leur fils de 14 ans est plutôt intégré dans la salle Mort et mémoire, qui comporte également de monumentaux sarcophages.
Nos lecteurs·ices mélomanes à la recherche de liens musicaux s’attarderont à la statue d’Apollon, dieu de la musique, de la poésie et de la prophétie, tenant une lyre – ajoutée lors d’une restauration au XIXe siècle – et à celle de la déesse égyptienne Isis ayant à la main un sistre, instrument à percussion qui lui est associé.
L’exposition La collection Torlonia : chefs-d’œuvre de la sculpture romaine ouvre ses portes au grand public le 14 mars et durera jusqu’au 19 juillet. Le concert Les Violons du Roy à Rome, de Corelli à Nino Rota présenté le 5 juin à la Salle Bourgie s’inscrit dans les activités en lien avec l’exposition.
DU 14 MARS AU 19 JUILLET, MARDI AU DIMANCHE 10 H À 17 H (MERCREDI JUSQU’À 21 H), MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL DÉTAILS ET BILLETS