
Les 7 et 8 mars, Arion Orchestre Baroque explore le pouvoir expressif de la simplicité dans un programme de musique baroque italienne intitulé Les larmes de Marie. Le titre est emprunté à la cantate Il pianto di Maria de Giovanni Battista Ferrandini, dont l’interprétation sera précédée d’œuvres de Vivaldi et de deux compositrices italiennes qui leur sont contemporaines, Marie Margherita Grimani et Maria Teresa Agnesi.
« C’est une œuvre à laquelle je reviens constamment, » révèle Mathieu Lussier, directeur artistique d’Arion, au sujet d’Il pianto di Maria. « On associe la musique baroque au faste et à l’ornementation, mais dans cette œuvre, c’est la puissance de la simplicité et l’harmonie mise au service du texte qui viennent vraiment me chercher. Je me suis encore mis à pleurer en écoutant la première répétition. »
La répétition en question avait lieu mercredi matin, et il s’agissait de la première rencontre entre les membres de l’orchestre et la cheffe et claveciniste invitée Marie van Rhijn. Arion a toujours fonctionné uniquement avec des chef·fe·s invité·e·s, et Mathieu Lussier se fait un point d’honneur d’offrir cette plateforme à des femmes. Il a contacté Marie van Rhijn après avoir découvert son travail par l’entremise de vidéos : une rencontre en personne à Paris est plus tard venue sceller la bonne entente entre les deux artistes.
À la suggestion de la cheffe invitée, le programme est complété par des extraits de la cantate Pallade e Marte de Grimani et de la serenata Ulisse in Campania d’Agnesi, qui prendront vie grâce à la voix de la contralto Anthea Pichanick.
« Stylistiquement, ce sont des œuvres qui dialoguent bien », explique en entrevue Marie van Rhijn, pétillante malgré le décalage horaire. »Elles ont aussi en commun leur lien avec la sphère germanique : les œuvres de Grimani et Agnesi étaient jouées à la cour de Vienne, où elles étaient plus réputées que dans leurs propres villes respectives, Venise et Milan. Vivaldi a passé les dix derniers mois de sa vie à Vienne, pour tenter d’y relancer sa carrière et Ferrandi, qui était hautboïste, a quitté l’Italie pour la cour de Bavière. »
La revalorisation d’œuvres de compositrices féminines est au cœur de la démarche de van Rhijn, qui investit régulièrement du temps à faire de la recherche. Elle souligne dans ce domaine l’apport précieux de la base de données Demandez à Clara de l’organisme Présence Compositrices.
Au sujet des œuvres de Grimani et Agnesi au programme du concert Les larmes de Marie, van Rhijn raconte que ce sont des musiques qui lui ont tout de suite plu par leur pouvoir accrocheur. La cantate Pallade e Marte, spécifiquement, apporte la démonstration qu’une femme pouvait composer des airs triomphants, même à cette époque où la féminité était définie par la douceur. Cette cantate aborde la complexité de la guerre à travers les personnages de Mars, associé à la force brute, et Pallade, qui représente la sagesse et l’anticipation stratégique. « L’œuvre se penche sur un sujet profond et une amitié sincère, tout en mettant de l’avant les deux façades de la guerre », décrit-elle.
Celle qui se penche avec autant de passion sur le répertoire négligé du passé a bien failli prendre un autre chemin : c’est un coup du destin qui l’a dirigée vers son instrument, le clavecin, alors qu’à sept ans, au moment de s’inscrire au Conservatoire de Calais, c’est plutôt le piano qui l’attirait. Il n’y avait cependant plus de places disponibles auprès des professeurs de cet instrument et son deuxième choix, la harpe, n’était pas offert. C’est sur une recommandation du conservatoire que ses parents ont pris contact avec la professeure de clavecin – et ce fut le coup de foudre pour la jeune élève, qui n’a jamais regardé en arrière. Aujourd’hui, sa feuille de route bien garnie fait état de nombreux engagements comme claveciniste, comme cheffe et comme cheffe de chant, dont auprès des Arts Florissants et de la Capella mediterranea de Leonardo Garcia Alarcon. Elle retourne justement auprès de ce dernier après son séjour à Montréal pour la préparation de l’opéra Castor et Pollux au Grand Théâtre de Genève. Elle a également fondé son propre ensemble de musique ancienne, L’Assemblée, en 2022.
LES LARMES DE MARIE, LE 7 MARS, 19 H 30 ET LE 8 MARS, 14 H 30, SALLE BOURGIE DÉTAILS ET BILLETS