Ludwig Van Montreal

ENTREVUE | Le Concerto pour basson d’Airat Ichmouratov voit enfin le jour

Airat Ichmouratov (Photo : Mireille Gaza); Michel Bettez et Kensho Watanabe (Photos : Martin Girard et Abigell Kralik)
Airat Ichmouratov (Photo : Mireille Gaza); Michel Bettez et Kensho Watanabe (Photos : Martin Girard et Abigell Kralik)

Cette semaine, le Concerto pour basson composé par Airat Ichmouratov à l’intention du premier bassoniste de l’Orchestre Métropolitain (OM), Michel Bettez résonnera enfin sur scène. La création de cette œuvre, dont la genèse remonte à cinq ou six ans, avait d’abord été prévue au cours de la dernière saison, puis avait été reportée lorsque l’OM a dû procéder à l’annulation de deux programmes pour des raisons financières.

C’est le caractère unique et exceptionnel de la sonorité de Michel Bettez qui a fait germer dans l’esprit d’Airat Ichmouratov l’idée de composer un concerto pour lui : « Il joue d’une façon vraiment incroyable! », s’enthousiasme le compositeur, qui est également chef d’orchestre. « C’est moi qui l’ai approché pour lui proposer de composer un concerto pour lui, en lui disant comment je le trouvais remarquable. Il a tout de suite été enthousiaste. Il connaissait déjà ma musique pour avoir joué certaines de mes œuvres à l’OM. »

Le genre du concerto est loin d’être étranger à Ichmouratov : il en a déjà composé une douzaine, que ce soit pour piano, pour différents instruments à cordes ou, chez les vents, pour le hautbois et pour la flûte. Les concertos pour basson ne sont pas légion, mais il travaille présentement sur un projet encore plus inusité, un concerto pour accordéon, en réponse à une commande de l’orchestre de Johannesburg en Afrique du Sud!

« Tous mes concertos restent très différents les uns des autres », expose-t-il. « Je suis très content de celui-ci : je trouve que j’y ai atteint un nouveau degré de maturité comme compositeur. Mon rêve est qu’on puisse reconnaître ma musique en disant « Ça, c’est du Ichmouratov! » et je crois que je m’en approche maintenant. »

Le soliste aussi en est très content, un bon signe de la collaboration qui s’est établie entre les deux. Airat Ichmouratov étant lui-même clarinettiste, les possibilités techniques du basson lui sont plus proches que celles du piano ou du violon, mais Michel Bettez avoue lui avoir quand même proposé quelques améliorations, en particulier dans les passages virtuoses du troisième mouvement : « J’ai proposé des alternatives qui ressemblaient à ce qu’il avait composé – il y a donc quelques mesures de moi dans ce concerto! » Cette coopération entre soliste et compositeur produit les meilleurs résultats : pensons à Joseph Joachim et Johannes Brahms!

Le programme du concert fait que le Concerto pour basson d’Airat Ichmouratov est entouré d’œuvres de deux compositeurs russes comptant parmi les grandes influences de celui-ci, Rachmaninov (L’Île des morts) et Tchaïkovski (Cinquième symphonie). Ichmouratov s’est fait connaître pour son style néo-romantique qui plaît au public. Sa production orchestrale comprend plusieurs œuvres programmatiques, et il avoue que même dans ce concerto, il s’est laissé inspirer par des images et des atmosphères : « Quand je suis arrivé à Montréal comme immigrant, j’ai été frappé par l’atmosphère de bonheur que je percevais dans les rues. Le premier mouvement représente en quelque sorte une promenade dans les rues de la ville, avec des bribes de musique s’échappant d’un bar qui se mélangent à celles des musiciens de rue. Même les différentes odeurs de bonne nourriture m’ont inspiré! »

Le deuxième mouvement prend un caractère plus personnel, une prière qu’Ichmouratov décrit comme une demande de pardon : « Dans la vie, on doit prendre plusieurs décisions, dont certaines sont plus dramatiques et affectent des gens qu’on aime, mais où on ne voit pas d’autre option. Ce mouvement représente une démarche pour faire la paix avec ce qui arrive dans notre vie. »

Le troisième mouvement s’inscrit dans la bonne vieille tradition de démonstration virtuose qui définit le genre du concerto. Michel Bettez avoue sans détour : « C’est un concerto très difficile! Dans le troisième mouvement, ça y va par là! Ça prend de bons doigts! »

Si Bettez avoue être un peu nerveux à l’idée de laisser sa place au milieu de l’orchestre pour venir jouer en avant-scène, Ichmouratov, lui, s’en remet avec confiance au soliste qu’il a lui-même choisi, ainsi qu’à l’Orchestre Métropolitain et au chef Kensho Watanabe, dont il vante les mérites dans des termes enthousiastes.

« C’est toujours excitant d’entendre ce que j’ai composé être interprété en vrai, après l’avoir entendu dans ma tête! »

Vous avez trois occasions d’entendre vous aussi le résultat et d’être témoin de ce moment excitant, puisque le concert est présenté dans le cadre des tournées d’arrondissements soutenues par le Conseil des arts de Montréal : des représentations auront lieu à Verdun le 26 février et dans Ahuntsic le 28 février, en plus de celle à la Maison symphonique ce vendredi 27 février.

LE 26 FÉVRIER, ÉGLISE NOTRE-DAME-DES-SEPT-DOULEURS (VERDUN)

LE 27 FÉVRIER, MAISON SYMPHONIQUE

LE 28 FÉVRIER, MAISON DE LA CULTURE AHUNTSIC

TOUTES À 19 H 30  DÉTAILS ET BILLETS

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