
Présenté le 11 février à la salle Bourgie, le concert La clarinette romantique met en lumière le dialogue entre instruments historiques et répertoire du XIXᵉ siècle, un concert porté par une complicité musicale bien réelle. L’événement réunira trois musiciennes liées par une amitié de longue date : la clarinettiste Maryse Legault, la pianiste Gili Loftus et la violoncelliste Amaryllis Jarczyk.
Si Maryse Legault et Gili Loftus ont déjà collaboré par le passé, cette soirée marque leur première réunion sur scène avec Amaryllis Jarczyk, violoncelliste québécoise établie à Paris. Le programme prend ainsi la forme de véritables retrouvailles artistiques, nourries par le plaisir de jouer ensemble.
La première partie du concert explore le tout début du XIXᵉ siècle, moment charnière pour la clarinette. On y entendra le Trio en si bémol majeur op. 11 de Beethoven, le Grand duo concertant op. 48 de Weber, une œuvre emblématique du répertoire pour clarinette, ainsi que la Romance sans paroles op. 109 de Mendelssohn. Ces pièces mettent en valeur les premières évolutions techniques de l’instrument historique et son intégration progressive à la musique de chambre.
En seconde partie, Gili Loftus retrouve le pianoforte Érard de Bourgie, à la sonorité plus affirmée, dans la Romance pour piano op. 11 no 1 de Clara Schumann. Les trois musiciennes se réuniront enfin pour clore la soirée avec le Trio en la mineur op. 114 de Brahms, œuvre tardive où la clarinette déploie par ailleurs toute sa richesse expressive.
De la curiosité à la spécialisation
Formée à la clarinette moderne, Maryse Legault découvre les clarinettes historiques presque par hasard à la fin de son baccalauréat à l’Université McGill. Un cours de musique de chambre, suivi à la suggestion des professeurs Hélène Plouffe et Mark Simons, agit comme un déclencheur. Malgré le mauvais état de l’instrument ancien prêté par l’université, l’étincelle est bien réelle.
C’est toutefois la rencontre avec Eric Hoeprich, spécialiste reconnu de la clarinette ancienne, qui confirme cette orientation. Après un atelier à Boston, Maryse Legault part étudier plusieurs années auprès de lui au Conservatoire royal de La Haye, aux Pays-Bas, où elle approfondit une approche du jeu, une facture instrumentale et un rapport au son très différents. De retour à Montréal, elle entreprend un doctorat en musicologie à McGill, tout en se réadaptant au jeu de la clarinette moderne auprès de Jean‑François Normand.
Écouter autrement : l’évolution de la clarinette
Pour ce concert, Maryse Legault jouera successivement sur deux clarinettes historiques, illustrant concrètement l’évolution de l’instrument au XIXᵉ siècle. En première partie, elle joue sur une clarinette en buis à 12 clés en laiton, sa préférée. Cette copie d’un modèle ancien offre un son plus, rond, chaud et boisé, pensé pour des espaces intimistes, en parfaite résonance avec l’acoustique de Bourgie. Elle passera ensuite à une clarinette allemande Pöschl de la fin du XIXᵉ siècle, dotée d’un système de clés dit « primitif », proche de la mécanique actuelle mais nécessitant des doigtés agiles. C’est une clarinette plus imposante en buis traité et aux clés argentées, qui offrira une projection sonore plus puissante. Ne vous étonnez pas de voir l’anche de ses instruments historiques attachés avec une ficelle, c’est bien normal!
« Les instruments historiques offrent une grande flexibilité, explique Maryse Legault. L’expressivité vient de la gestion différente de la respiration, parce que chaque note a une pression et une résistance particulière en fonction des doigtés. On veut du relief dans le son. A contrario, avec la clarinette moderne, c’est l’égalité qui est recherchée ».
Née vers 1700, la clarinette est le plus jeune instrument de l’orchestre. D’abord limitée à deux clés, elle connaît au XIXᵉ siècle une transformation majeure de ses mécanismes, avant l’apparition du système Boehm en 1845 et l’ajout de clés. Cette évolution explique la diversité des instruments historiques encore utilisés aujourd’hui, ceux-ci possédant une couleur et une richesse sonore qui leur sont propres.
Une invitation à l’écoute
Trois ans après l’enregistrement de l’album Around Baermann (2023, LEAF Music) qui y a eu lieu, Maryse Legault et Gili Loftus sont heureuses de renouer avec la Salle Bourgie, cette fois en compagnie de leur complice Amaryllis Jarczyk. Ce concert représente une occasion privilégiée pour les mélomanes curieux·ses de découvrir les sonorités singulières des clarinettes historiques dans un contexte de musique de chambre intimiste et complice. Une invitation à revivre ces univers, comme les compositeurs et compositrices de l’époque les auraient entendus.
LE 11 FÉVRIER, 19 H 30, SALLE BOURGIE DÉTAILS ET BILLETS