{"id":93936,"date":"2026-07-06T14:19:21","date_gmt":"2026-07-06T18:19:21","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=93936"},"modified":"2026-07-06T14:19:21","modified_gmt":"2026-07-06T18:19:21","slug":"critique-le-gala-de-la-terre-un-sacre-pour-ouvrir-le-festival-de-lanaudiere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2026\/07\/06\/critique-le-gala-de-la-terre-un-sacre-pour-ouvrir-le-festival-de-lanaudiere\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Le Gala de la Terre : un\u00a0Sacre\u00a0pour ouvrir le Festival de Lanaudi\u00e8re"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_93937\" aria-describedby=\"caption-attachment-93937\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-93937\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Copie-de-CRITIQUE40.jpg\" alt=\"L'Orchestre de l'Agora et le chef Nicolas Ellis ont ouvert le Festival de Lanaudi\u00e8re samedi dernier. (Photo : Gabriel Fournier)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Copie-de-CRITIQUE40.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Copie-de-CRITIQUE40-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Copie-de-CRITIQUE40-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Copie-de-CRITIQUE40-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-93937\" class=\"wp-caption-text\">L&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Agora et le chef Nicolas Ellis ont ouvert le Festival de Lanaudi\u00e8re samedi dernier. (Photo : Gabriel Fournier)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Toutes les conditions \u00e9taient r\u00e9unies pour une grande soir\u00e9e d\u2019ouverture au <strong>Festival de Lanaudi\u00e8re<\/strong> cette ann\u00e9e : une temp\u00e9rature idyllique, temp\u00e9r\u00e9e juste \u00e0 souhait, sans vent, et doucement habill\u00e9e par le chant des oiseaux. L\u2019Amphith\u00e9\u00e2tre Fernand-Lindsay semblait pourtant loin d\u2019\u00eatre rempli. \u00c9tait-ce l\u2019audace du programme? Le nom de l\u2019<strong>Orchestre de l\u2019Agora<\/strong>, peut-\u00eatre moins rassembleur que celui des grandes phalanges invit\u00e9es? La jeunesse de son chef, <strong>Nicolas Ellis<\/strong>? Difficile de savoir. Chose certaine, tout semblait pourtant dispos\u00e9 pour faire \u00ab\u00a0amphith\u00e9\u00e2tre comble\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 Lanaudi\u00e8re comme ailleurs, une saison s\u2019organise d\u00e9sormais autour d\u2019une th\u00e9matique phare, appel\u00e9e \u00e0 s\u2019assurer d\u2019\u00eatre du bon c\u00f4t\u00e9 des choses. Les institutions culturelles sont devenues, plus que jamais, les gardiennes d\u2019une morale partag\u00e9e; les \u0153uvres, elles, servent souvent \u00e0 v\u00e9hiculer des valeurs collectives qui font, ou doivent faire, consensus. Apr\u00e8s l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, th\u00e8me de l\u2019an dernier, voici donc notre rapport \u00e0 la nature et au pouvoir, parce que, comme l\u2019a rappel\u00e9 le directeur artistique du Festival dans sa pr\u00e9sentation, \u00ab c\u2019est important, surtout \u00e0 notre \u00e9poque, avec ce qui se passe\u2026 \u00bb.<\/p>\n<p>Il y aura donc de la tr\u00e8s belle musique, superbement jou\u00e9e; il y aura aussi toutes les raisons r\u00e9confortantes de la faire et d\u2019y assister. Pour son concert d\u2019ouverture, le <strong>Festival de Lanaudi\u00e8re<\/strong> accueillait cette ann\u00e9e le\u00a0<em>Gala de la Terre<\/em>, une tradition d\u00e9sormais bien \u00e9tablie de l\u2019<strong>Orchestre de l\u2019Agora<\/strong>, o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience artistique se double d\u2019un engagement environnemental concret et c\u2019est dans cet esprit que la\u00a0<em>Symphonie gasp\u00e9sienne<\/em>\u00a0de Claude Champagne ouvrait la soir\u00e9e. Interpr\u00e9t\u00e9e en hommage au projet\u00a0<em>Le Saint-Laurent<\/em>\u00a0de <strong>Conservation de la nature Canada<\/strong> (auquel \u00e9taient vers\u00e9s 5 $ pour chaque billet vendu), l\u2019\u0153uvre justifiait sa place dans une programmation consacr\u00e9e au territoire, au paysage et au vivant.<\/p>\n<p>Avec sa symphonie en un mouvement, Champagne a cherch\u00e9 \u00e0 \u00ab cr\u00e9er l\u2019atmosph\u00e8re de la Gasp\u00e9sie \u00bb. D\u00e8s les premi\u00e8res mesures, la lente pulsation grave des harpes napp\u00e9es de cordes et ponctu\u00e9es du piano, du c\u00e9lesta et du vibraphone installe une sorte de vastitude inqui\u00e9tante. Ce sont ensuite les bois qui affleurent la m\u00e9lancolie et la pr\u00e9sence discr\u00e8te de ceux qui habitent cette contr\u00e9e; puis viennent la mer, le mouvement ample des vagues du Saint-Laurent, et ces amas brumeux qui semblent traverser l\u2019\u0153uvre de part en part. Il demeure difficile d\u2019y reconna\u00eetre une identit\u00e9 proprement \u00ab canadienne-fran\u00e7aise \u00bb, tant chaque id\u00e9e musicale para\u00eet fa\u00e7onn\u00e9e par la science harmonique et orchestrale de l\u2019\u00e9cole parisienne du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Cette science, que l\u2019on associe spontan\u00e9ment \u00e0 l\u2019univers de Debussy, avait encore peu trouv\u00e9 d\u2019\u00e9quivalent de ce c\u00f4t\u00e9-ci de l\u2019Atlantique lorsque l\u2019\u0153uvre fut cr\u00e9\u00e9e en 1945, pr\u00e8s de quarante ans apr\u00e8s <em>La Mer<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation offerte par l<strong>\u2019Orchestre de l\u2019Agora<\/strong> fut dans les couleurs pastel, ce qui convenait admirablement \u00e0 l\u2019\u00e9vocation du brouillard et du temps lourd qui se d\u00e9pose si souvent sur la p\u00e9ninsule gasp\u00e9sienne. <strong>Ellis<\/strong> n\u00e9gocie bien cette courtepointe narrative o\u00f9 surgissent, tour \u00e0 tour, des motifs de joie, de triomphe, de drame, d\u2019apaisement et de menace, chacun demeurant bien ancr\u00e9 dans son caract\u00e8re et sa couleur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_93938\" aria-describedby=\"caption-attachment-93938\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-93938\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Julie-Fuchs_Gala-de-la-Terre-2026-Medias-\u00a9Gabriel-Fournier-4.jpg\" alt=\"Julie Fuchs \u00e9tait l'invit\u00e9e de l'Orchestre de l'Agora, sous la direction de Nicolas Ellis, pour Sh\u00e9h\u00e9razade de Ravel \u00e0 l'amphith\u00e9\u00e2tre Fernand-Lindsay. (Photo : Gabriel Fournier)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Julie-Fuchs_Gala-de-la-Terre-2026-Medias-\u00a9Gabriel-Fournier-4.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Julie-Fuchs_Gala-de-la-Terre-2026-Medias-\u00a9Gabriel-Fournier-4-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Julie-Fuchs_Gala-de-la-Terre-2026-Medias-\u00a9Gabriel-Fournier-4-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Julie-Fuchs_Gala-de-la-Terre-2026-Medias-\u00a9Gabriel-Fournier-4-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-93938\" class=\"wp-caption-text\">Julie Fuchs \u00e9tait l&rsquo;invit\u00e9e de l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Agora, sous la direction de Nicolas Ellis, pour Sh\u00e9h\u00e9razade de Ravel \u00e0 l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre Fernand-Lindsay. (Photo : Gabriel Fournier)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mais d\u00e8s les toutes premi\u00e8res mesures de\u00a0<em>Sh\u00e9h\u00e9razade<\/em>\u00a0de Maurice Ravel, avec la soprano <strong>Julie Fuchs<\/strong>, force \u00e9tait de constater l\u2019implacable sup\u00e9riorit\u00e9 orchestrale de l\u2019 \u00ab horloger suisse \u00bb. La balance entre la voix et l\u2019orchestre fut parfois difficile, sauf dans le second volet, \u00ab La fl\u00fbte enchant\u00e9e \u00bb (mention toute sp\u00e9ciale \u00e0 la fl\u00fbtiste <strong>Myriam Genest-Denis<\/strong>), o\u00f9 l\u2019on put enfin appr\u00e9cier pleinement le timbre d\u2019une voix mature, port\u00e9e par une intelligence musicale capable de donner aux mots une puissance \u00e9vocatrice d\u00e9multipli\u00e9e. Que ce voyage en Orient trouve sa place dans une th\u00e9matique consacr\u00e9e \u00e0 la nature demeure, disons, discutable; le plaisir d\u2019entendre cette \u0153uvre n\u2019en fut pas moins intact. Au second salut, <strong>Fuchs<\/strong> et <strong>Ellis<\/strong> ont sembl\u00e9 jongler avec l\u2019id\u00e9e d\u2019offrir un rappel, avant de finalement quitter la sc\u00e8ne. Dommage.<\/p>\n<p>La seconde partie s\u2019ouvrait sur<em>\u00a0Chorus Nunavik\u00a0<\/em>de <strong>Katia Makdissi-Warren<\/strong>, compositrice libano-canadienne reconnue pour son travail de m\u00e9tissage entre les musiques du Moyen-Orient, de l\u2019Occident et des Premi\u00e8res Nations. Avec cette \u0153uvre, le concert de l\u2019<strong>Orchestre de l\u2019Agora<\/strong> s\u2019inscrivait dans un dialogue vivant entre territoire, m\u00e9moire et traditions vocales. Issue du projet\u00a0<em>Chorus Nunavik Breizh<\/em>, cr\u00e9\u00e9 en 2022, la pi\u00e8ce na\u00eet d\u2019une rencontre entre des chanteuses de gorge inuites du Nunavik et des chanteuses bretonnes. \u00c0 l\u2019origine, <strong>Makdissi-Warren<\/strong> avait \u00e9t\u00e9 invit\u00e9e par l\u2019<strong>Orchestre national de Bretagne<\/strong> \u00e0 imaginer une \u0153uvre r\u00e9unissant les cultures vocales de la Bretagne et du Canada; elle y a vu l\u2019occasion de mettre en relation le <em>katajjaq<\/em>, chant de gorge inuit traditionnellement pratiqu\u00e9 comme un jeu entre deux femmes, avec des formes vocales issues de la tradition bretonne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_93939\" aria-describedby=\"caption-attachment-93939\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-93939\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/07\/Lydia-Etok-et-Nina-Segalowitz_Gala-de-la-Terre-2026-Medias-\u00a9Gabriel-Fournier-6.jpg\" alt=\"Les chanteuses de gorge Lydia Etok et Nina Segalowitz \u00e9taient mises en valeur dans l'oeuvre Chorus Nunavik de Katia Makdissi-Warren. 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(Photo : Gabriel Fournier)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans la version pr\u00e9sent\u00e9e au <em>Gala de la Terre<\/em>, l\u2019\u0153uvre apparaissait sous le titre abr\u00e9g\u00e9\u00a0<em>Chorus Nunavik<\/em>\u00a0et mettait en valeur les chanteuses de gorge <strong>Lydia<\/strong> <strong>Etok<\/strong> et <strong>Nina Segalowitz<\/strong>, accompagn\u00e9es par l\u2019orchestre. La pi\u00e8ce place la voix, le souffle, le rythme et l\u2019imitation des sons naturels au centre de l\u2019exp\u00e9rience musicale\u00a0: elle cherche ainsi notamment \u00e0 recr\u00e9er certains sons du vivant, comme ceux du b\u00e9luga, de l\u2019orignal ou ce qui semble \u00eatre des mouettes (glissandi aux cordes), dans une fusion o\u00f9 l\u2019orchestre soutient et amplifie la tradition du chant de gorge.<\/p>\n<p><em>Chorus Nunavik<\/em> prolongeait donc le fil conducteur du concert : la nature comme force sonore, po\u00e9tique et rituelle. Elle veut rappeler que le territoire n\u2019est pas seulement un paysage \u00e0 contempler, mais aussi un espace habit\u00e9, chant\u00e9, transmis et r\u00e9invent\u00e9 tel que Baptiste Morizot le th\u00e9orise dans son manifeste \u00e9co-philosophique <em>Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivant<\/em>. L\u2019\u0153uvre, d\u2019une dizaine de minutes, a re\u00e7u une ovation debout!<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre finale du concert,\u00a0<em>Le Sacre du printemps\u00a0<\/em>d\u2019Igor Stravinsky, repr\u00e9sentait un d\u00e9fi majeur pour la jeune formation musicale et son chef. Tout n\u2019\u00e9tait pas parfait, loin s\u2019en faut. On aurait pu souhaiter, par endroits, une pr\u00e9cision rythmique plus implacable, des plans mieux hi\u00e9rarchis\u00e9s, une brutalit\u00e9 plus s\u00e8che, plus primitive, moins arrondie. Mais l\u2019\u00e9nergie du chef, tr\u00e8s concentr\u00e9 sur sa partition, et la fougue des instrumentistes ont fini par prendre le dessus. Le geste d\u2019<strong>Ellis<\/strong>, engag\u00e9 sans \u00eatre d\u00e9monstratif, a su maintenir la tension d\u2019ensemble et conduire l\u2019\u0153uvre vers son in\u00e9vitable d\u00e9flagration finale sans d\u00e9railler. Le public a de nouveau \u00e9t\u00e9 conquis : une seconde ovation debout est venue saluer l\u2019effort, l\u2019ambition et l\u2019\u00e9lan collectif!<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc chose faite : le <strong>Festival de Lanaudi\u00e8re<\/strong> est lanc\u00e9. Courez-y. L\u2019ardoise est, une fois de plus, riche et diversifi\u00e9e et toujours certifi\u00e9e du sceau de l\u2019excellence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Toutes les conditions \u00e9taient r\u00e9unies pour une grande soir\u00e9e d\u2019ouverture au Festival de Lanaudi\u00e8re cette ann\u00e9e : une temp\u00e9rature idyllique, temp\u00e9r\u00e9e juste \u00e0 souhait, sans vent, et doucement habill\u00e9e par le chant des oiseaux. 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