{"id":91931,"date":"2026-02-19T14:11:19","date_gmt":"2026-02-19T19:11:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=91931"},"modified":"2026-02-23T13:00:02","modified_gmt":"2026-02-23T18:00:02","slug":"critique-mozart-et-ses-muses-une-chanteuse-inspiree-un-chef-qui-lest-moins","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2026\/02\/19\/critique-mozart-et-ses-muses-une-chanteuse-inspiree-un-chef-qui-lest-moins\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Mozart et ses muses : une chanteuse inspir\u00e9e, un chef qui l&rsquo;est moins"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_91935\" aria-describedby=\"caption-attachment-91935\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-91935\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE16.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE16.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE16-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE16-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE16-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-91935\" class=\"wp-caption-text\">Sarah Dufresne (Photo : Brent Calis); Nicolas Ellis (Photo : courtoisie)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le soir de la Saint-Valentin, des amoureux\u00b7ses de la musique ont rempli la Salle Bourgie pour entendre le concert conjoint des <strong>Violons du Roy<\/strong> et de l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Agora<\/strong> dirig\u00e9 par <strong>Nicolas Ellis<\/strong>, premier chef invit\u00e9 du premier ensemble et chef fondateur et directeur artistique du second. Le programme, intitul\u00e9 <em>Mozart et ses muses<\/em>, s&rsquo;inspirait habilement de la f\u00eate du jour pour pr\u00e9senter une s\u00e9lection de trois arias compos\u00e9es par Mozart pour une s\u0153ur diff\u00e9rente de la famille Weber : Josepha, Aloysia, de qui il s&rsquo;est d&rsquo;abord \u00e9pris, avant d&rsquo;\u00eatre conquis par et d&rsquo;\u00e9pouser Constanze. La soprano invit\u00e9e <strong>Sarah Dufresne<\/strong> donnait vie \u00e0 ces pi\u00e8ces, dont la pr\u00e9sentation \u00e9tait entrecoup\u00e9e d&rsquo;interludes instrumentaux et encadr\u00e9e par l&rsquo;ouverture de <em>Don Giovanni<\/em> et par la <em>Symphonie no 38, dite \u00ab\u00a0Prague\u00a0\u00bb<\/em> apr\u00e8s l&rsquo;entr&rsquo;acte.<\/p>\n<h3>Sarah Dufresne<\/h3>\n<p>Le nom de <strong>Sarah Dufresne<\/strong> a circul\u00e9 largement \u00e0 l&rsquo;automne 2024, alors qu&rsquo;elle laissait tout le monde pantois par<a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/11\/23\/critique-ophelie\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"> son interpr\u00e9tation magistrale d&rsquo;Oph\u00e9lie<\/a> dans la production de l&rsquo;<strong>Op\u00e9ra de Montr\u00e9al<\/strong> du <em>Hamlet<\/em> d&rsquo;Ambroise Thomas. Elle est tout autant \u00e0 sa place dans ces airs de colorature mozartiens. Elle maintient une articulation d&rsquo;une clart\u00e9 imperturbable m\u00eame \u00e0 travers les passages les plus exigeants et passe d&rsquo;un registre \u00e0 l&rsquo;autre sans jamais rien perdre de son timbre \u00e0 la fois perl\u00e9 et robuste.<\/p>\n<p>Le premier air qu&rsquo;elle a chant\u00e9, <em>Schon lacht der holde Fr\u00fchling<\/em> K. 580, a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9 par Mozart pour Josepha, l&rsquo;ain\u00e9e des s\u0153urs Weber et celle qui allait plus tard cr\u00e9er le r\u00f4le de la Reine de la nuit dans <em>La fl\u00fbte enchant\u00e9e<\/em>. <em>Schon lacht<\/em> exploite les coloratures \u00e9clatantes et la tessiture \u00e9tendue qui faisaient la r\u00e9putation de la chanteuse. Par contraste, <em>Nehmt meinen Dank<\/em>, compos\u00e9 pour les adieux d&rsquo;Aloysia au th\u00e9\u00e2tre qu&rsquo;elle quittait pour un autre engagement, est nettement moins virtuose, mais gracieux et touchant. <strong>Dufresne<\/strong> a infus\u00e9 son premier \u00ab\u00a0Nehmt\u00a0\u00bb d&rsquo;un ressenti profond qui a tout de suite capt\u00e9 l&rsquo;oreille. Son dernier num\u00e9ro \u00e9tait \u00ab\u00a0Et incarnatus est\u00a0\u00bb de la <em>Messe en do mineur<\/em>, que Mozart, jeune mari\u00e9, a compos\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intention de Constanze. Le trio de bois compos\u00e9 de<strong> Myriam Genest-Denis<\/strong>\u00a0\u00e0 la fl\u00fbte, d&rsquo;<strong>\u00c9lise Poulin<\/strong> au hautbois et de <strong>Gabri\u00e8le Dostie-Poirier<\/strong> au basson a form\u00e9 un dialogue sensible avec la soprano.<\/p>\n<h3>Orchestres et chef<\/h3>\n<p>Je conserve la na\u00efvet\u00e9 de croire que l&rsquo;exercice de combiner deux orchestres doit avoir un objectif autre que de mousser les revenus de billetterie. Soit la combinaison fait na\u00eetre quelque chose de nouveau en s&rsquo;appuyant sur les forces de l&rsquo;un et l&rsquo;autre (\u00ab\u00a0A + B = Ensemble AB\u00a0\u00bb), soit l&rsquo;exp\u00e9rience ou la sp\u00e9cialisation plus pouss\u00e9e de l&rsquo;ensemble A influence l&rsquo;ensemble B, avec pour r\u00e9sultat un \u00ab\u00a0Ensemble A 2.0\u00a0\u00bb. Le r\u00e9sultat le moins int\u00e9ressant est celui de \u00ab\u00a0A + B = Ensemble -A-B\u00a0\u00bb, o\u00f9 chaque ensemble perd son unicit\u00e9 sans pour autant que prenne forme une identit\u00e9 sonore nouvelle et int\u00e9ressante.<\/p>\n<p>Certes, les contraintes pos\u00e9es par les heures de r\u00e9p\u00e9tition limit\u00e9es jouent un r\u00f4le. Une augmentation du nombre d&rsquo;instrumentistes sur sc\u00e8ne entra\u00eene forc\u00e9ment une augmentation des honoraires \u00e0 verser, et il est probable qu&rsquo;en cherchant \u00e0 limiter les d\u00e9penses ailleurs, on tranche dans les heures de r\u00e9p\u00e9tition.<\/p>\n<p>Le manque de temps n&rsquo;est cependant pas seul responsable de l&rsquo;ex\u00e9cution compl\u00e8tement indiff\u00e9renci\u00e9e des extraits du ballet <em>Thamos, roi d&rsquo;\u00c9gypte<\/em> et de la <em>Symphonie de Prague<\/em> livr\u00e9e samedi soir par les forces combin\u00e9es des <strong>Violons du Roy<\/strong> et de l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Agora<\/strong>. Un chef conscient des limites de temps arrive pr\u00e9par\u00e9 jusqu&rsquo;au bout des doigts, voit venir chaque cadence rompue, chaque changement impromptu vers le mode mineur, chaque septi\u00e8me ajout\u00e9e et sait quelle voix int\u00e9rieure faire ressortir \u00e0 un moment particulier. M\u00eame si ces \u00e9l\u00e9ments n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9s en r\u00e9p\u00e9tition, le chef est capable d&rsquo;indiquer durant le concert m\u00eame un changement de couleur, une respiration ou un phras\u00e9 &#8211; d&rsquo;autant plus que, dans le cas pr\u00e9sent, <strong>Nicolas Ellis<\/strong> avait devant lui des instrumentistes non seulement aguerri\u00b7e\u00b7s, mais familiers avec sa direction. J&rsquo;ai bien not\u00e9 quelques legatos indiqu\u00e9s aux altos et violoncelles, mais il y avait beaucoup, beaucoup plus \u00e0 faire, pour tirer la substantifique moelle du style mozartien, que d&rsquo;adopter un tempo allant et une \u00e9nergie brillante.<\/p>\n<p>En observant une peinture de qualit\u00e9, on est surpris de d\u00e9couvrir que le ciel n&rsquo;est pas bleu, mais bleu, blanc, gris, rose, orange, vert et peut-\u00eatre m\u00eame brun; que les arbres de la for\u00eat sont repr\u00e9sent\u00e9s par une d\u00e9clinaison infinie de verts, agr\u00e9ment\u00e9s de zones d&rsquo;ombre et de lumi\u00e8re. Il en va similairement de l&rsquo;interpr\u00e9tation musicale. L&rsquo;ex\u00e9cution de samedi soir s&rsquo;approchait plus du pop art, avec de larges blocs de couleurs uniformes. Peut-\u00eatre que Wolfgang Amadeus aurait appr\u00e9ci\u00e9 les \u0153uvres d&rsquo;Andy Warhol ou de Roy Lichstentein, mais sa musique, abord\u00e9e ainsi, s&rsquo;est trouv\u00e9e priv\u00e9e des caract\u00e9ristiques qui en font l&rsquo;essence.<\/p>\n<p>ERRATUM &#8211; <em>Une correction a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e au nom de la fl\u00fbtiste jouant dans l&rsquo;extrait de la <\/em>Messe en do mineur<em> : il s&rsquo;agit bien de <strong>Myriam Genest-Denis<\/strong>, et non de <strong>No\u00e9mie Caron-Marcotte<\/strong> comme nous l&rsquo;avions d&rsquo;abord indiqu\u00e9.<\/em><\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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