{"id":91851,"date":"2026-02-12T12:42:29","date_gmt":"2026-02-12T17:42:29","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=91851"},"modified":"2026-02-16T13:00:04","modified_gmt":"2026-02-16T18:00:04","slug":"critique-lopez-childs-et-mahler-losm-entre-recits-et-musique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2026\/02\/12\/critique-lopez-childs-et-mahler-losm-entre-recits-et-musique\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Lopez, Childs et Mahler \u00e0 l\u2019OSM : entre r\u00e9cits et musique"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_91853\" aria-describedby=\"caption-attachment-91853\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-91853\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE14.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE14.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE14-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE14-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE14-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-91853\" class=\"wp-caption-text\">NIkola Hillebrand et l&rsquo;OSM dirig\u00e9 par Rafael Payare (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019<strong>Orchestre symphonique de Montr\u00e9al<\/strong> (OSM) nous accueillait \u00e0 la Maison symphonique pour une soir\u00e9e construite comme un r\u00e9cit \u00e0 tiroirs. D\u2019abord <em>Per\u00fa Negro<\/em> de <strong>Jimmy L\u00f3pez<\/strong>, ensuite <em>Diaspora: Concerto for Saxophone<\/em> de <strong>Billy Childs<\/strong> avec le saxophoniste <strong>Steven Banks<\/strong>, puis, apr\u00e8s l\u2019entracte, la Symphonie n\u00ba 4 de Gustav Mahler. La distribution, elle aussi, a eu droit \u00e0 son rebondissement. Pour des raisons de visa, la soprano <strong>Vuvu Mpofu<\/strong> a d\u00fb se retirer, et l\u2019OSM accueillait pour la premi\u00e8re fois la soprano allemande <strong>Nikola Hillebrand<\/strong>.<\/p>\n<p>Avant m\u00eame la premi\u00e8re mesure, la cheffe de direction <strong>M\u00e9lanie La Couture<\/strong> a rappel\u00e9 l\u2019intention de faire dialoguer le contemporain avec le grand r\u00e9pertoire, puis a pr\u00e9sent\u00e9 un petit outil pour aider le public \u00e0 suivre le d\u00e9roulement du programme. D\u00e9sormais, les titres des mouvements et un sobre \u00ab fin \u00bb s\u2019allume au fond de la sc\u00e8ne lorsque l\u2019\u0153uvre est termin\u00e9e, de quoi \u00e9pargner \u00e0 tout le monde ce sport local qui consiste \u00e0 applaudir sur une cadence et \u00e0 prier que ce soit r\u00e9ellement la derni\u00e8re. Dans la m\u00eame allocution, l\u2019OSM a aussi soulign\u00e9 l\u2019exploit olympique de <strong>Laurence Fournier Beaudry<\/strong>, m\u00e9daill\u00e9e d\u2019or et fille du tromboniste basse de l\u2019orchestre, <strong>Pierre Beaudry<\/strong>.<\/p>\n<p>La pi\u00e8ce d\u2019ouverture, <em>Per\u00fa Negro<\/em>, arrivait lest\u00e9e d\u2019un r\u00e9cit. Hommage \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage afro-p\u00e9ruvien, r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 des chants traditionnels, images sonores des pregones, ces vendeurs ambulants de Lima transformant l\u2019annonce de leurs marchandises en micro-m\u00e9lodies, et promesse d\u2019un \u00ab folklore invent\u00e9 \u00bb o\u00f9 le mat\u00e9riau populaire serait assimil\u00e9 plut\u00f4t que copi\u00e9. On aurait pu craindre une carte postale ou un collage ethnographique. On a plut\u00f4t entendu un artisanat orchestral solidement charpent\u00e9, dont l\u2019efficacit\u00e9, paradoxalement, tient pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la mani\u00e8re dont le folklore est ramen\u00e9 \u00e0 un moteur formel.<\/p>\n<p>Car derri\u00e8re la surabondance d\u2019indices extra-musicaux, la pi\u00e8ce s\u2019installe avec une assurance d\u2019atelier. Un mode octotonique omnipr\u00e9sent, une dynamique d\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et de densification, des relais de motifs d\u2019un pupitre \u00e0 l\u2019autre et une mont\u00e9e en \u00e9nergie qui finit par dessiner une arche tr\u00e8s lisible. Avec <strong>Rafael Payare<\/strong> sur le podium, le caract\u00e8re cin\u00e9matographique devenait presque litt\u00e9ral, comme si la direction suivait une image hors champ. L\u2019oreille reconna\u00eet vite une filiation. La science des masses, des strates et des chocs timbriques renvoie moins \u00e0 un \u00ab ailleurs \u00bb culturel qu\u2019\u00e0 une r\u00e9appropriation studieuse du Igor Stravinsky de la <em>Danse sacrale<\/em>. D\u2019o\u00f9 un premier malaise critique. La notice demande au public de lire la pi\u00e8ce comme une c\u00e9l\u00e9bration identitaire, alors que la musique, elle, persuade surtout par la rigueur de son dispositif orchestral.<\/p>\n<p>On peut m\u00eame se demander si le principal \u00ab hommage \u00bb n\u2019est pas, au bout du compte, celui rendu \u00e0 une tradition moderniste europ\u00e9enne, certes simplifi\u00e9e dans son application harmonique, sur laquelle viennent se greffer des signaux folkloriques. Le r\u00e9sultat fonctionne, mais il fonctionne pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 le discours n\u2019est plus indispensable.<\/p>\n<p>Avec <em>Diaspora: Concerto for Saxophone<\/em>, <strong>Billy Childs<\/strong> pousse plus loin encore la logique programmatique. Il revendique une construction en triptyque \u00ab \u00e0 la mani\u00e8re \u00bb de Maurice Ravel dans Gaspard de la nuit. Le lien est d\u2019abord structurel. Trois po\u00e8mes, trois volets, trois stations de sens. Le concerto d\u00e9roule ainsi un r\u00e9cit en trois chapitres. Une terre d\u2019origine id\u00e9alis\u00e9e est fracass\u00e9e par la capture et l\u2019arrachement vers le navire n\u00e9grier (Nayyirah Waheed, \u00ab Africa\u2019s Lament \u00bb). Vient ensuite la travers\u00e9e, la terreur et la r\u00e9sistance (Claude McKay, \u00ab If We Must Die \u00bb). Enfin, l\u2019affirmation d\u2019une communaut\u00e9 qui se rel\u00e8ve et reconstruit sa dignit\u00e9 se conclut sur une victoire symbolique (Maya Angelou, \u00ab And Still I Rise \u00bb). Ambitieux, ce dispositif suppose d\u00e9j\u00e0 la lecture et l\u2019interpr\u00e9tation des textes. Or, au concert, ces po\u00e8mes demeurent hors de port\u00e9e, si bien qu\u2019on demande \u00e0 l\u2019auditeur une part d\u2019herm\u00e9neutique qu\u2019on ne lui donne pas vraiment les moyens d\u2019accomplir.<\/p>\n<p>Heureusement, la r\u00e9ussite de l\u2019ex\u00e9cution tient \u00e0 un fait tr\u00e8s simple. <strong>Steven Banks<\/strong> est remarquable. Tout par c\u0153ur, sans accroc, avec une palette dynamique \u00e9tonnante et une sonorit\u00e9 de saxophones alto et soprano riche et velout\u00e9e, noble, toujours tenue. Il avance dans la partition avec un naturel qui donne presque l\u2019impression que le concerto a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit sur sa respiration. Sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 est communicative, et son engagement donne au r\u00e9cit sa continuit\u00e9.<\/p>\n<p>La partition, r\u00e9alis\u00e9e selon les plus hauts standards qui soient, coche parfois des cases attendues. Le marimba et la harpe convoquent une Afrique de convention, dans une esth\u00e9tique qui fr\u00f4le par instants la musique de film. Les proc\u00e9d\u00e9s hollywodiens ne sont jamais loin, motifs conducteurs et harmonies postromantiques en t\u00eate. On entend aussi, par endroits, une logique proche du jazz-concerto. Une structure stable sert d\u2019\u00e9crin \u00e0 la virtuosit\u00e9 et aux extensions harmoniques que visite le soliste. Le deuxi\u00e8me mouvement, plus \u00e2pre, s\u2019\u00e9tire un peu. Il met en jeu un th\u00e8me dod\u00e9caphonique rapide, appel\u00e9 \u00e0 revenir sous diverses formes.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me mouvement souffre quant \u00e0 lui d\u2019un probl\u00e8me tr\u00e8s concret. La disposition mahl\u00e9rienne de <strong>Payare<\/strong> rel\u00e9guait le piano derri\u00e8re les seconds violons, au point de le rendre presque invisible, et le duo saxophone-piano, con\u00e7u comme moment d\u2019intimit\u00e9, a perdu de son impact. Quant au final, il assume le spectaculaire \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb: grande cadence, p\u00e9dale harmonique, crescendo d\u2019orchestre, puis note stratosph\u00e9rique au soprano. On ne peut pas dire que ce soit inefficace, au contraire, mais on peut dire que c\u2019est tr\u00e8s cod\u00e9. L\u2019accueil du public, relativement clairsem\u00e9, a d\u2019ailleurs sembl\u00e9 plus r\u00e9serv\u00e9 que pour le L\u00f3pez, poli et sans d\u00e9bordement.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re partie volontiers expansive, la Quatri\u00e8me de Mahler demandait une remise \u00e0 z\u00e9ro. Cette symphonie est affaire de ligne, de contrepoint, de demi-teintes et d\u2019\u00e9quilibre. Elle n\u2019aime pas qu\u2019on la bouscule. L\u2019orchestre a mis un moment \u00e0 ajuster ses rep\u00e8res, comme s\u2019il devait encore \u00e9vacuer l\u2019\u00e9nergie accumul\u00e9e avant l\u2019entracte, mais la finesse de l\u2019\u00e9criture a fini par prendre le dessus. \u00c0 mesure que le premier mouvement avan\u00e7ait, l\u2019ensemble gagnait en transparence.<\/p>\n<p>Quelques r\u00e9serves demeurent. Des changements de tempo parfois abrupts, une gestuelle tr\u00e8s d\u00e9monstrative qui surligne des intensit\u00e9s pourtant plus contenues que dans d\u2019autres Mahler, et quelques soucis de balance. Les altos \u00e9taient lourds au d\u00e9but du deuxi\u00e8me mouvement, et la justesse du second hautbois a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. En revanche, mention sp\u00e9ciale au premier hautbois <strong>Alex Liedtke<\/strong>, dont l\u2019autorit\u00e9 tranquille imprime de plus en plus sa marque \u00e0 l\u2019orchestre. On soulignera aussi le travail d\u00e9licat des trompettes, souvent cantonn\u00e9es \u00e0 un r\u00f4le de couleur et d\u2019appui aux cors. Leur pr\u00e9sence est d\u2019autant plus expos\u00e9e que la symphonie se passe de trombones et de tuba.<\/p>\n<p>Dans le finale, la lumi\u00e8re c\u00e9leste ne s\u2019est pas install\u00e9e d\u2019un coup. L\u2019entr\u00e9e de la soliste est arriv\u00e9e un peu pr\u00e9cipitamment, mais <strong>Nikola Hillebrand<\/strong> a offert une prestation admirable. La voix est chaleureuse, l\u00e9g\u00e8rement velout\u00e9e. Le vibrato, d\u2019abord serr\u00e9, s\u2019assouplit rapidement, et la ligne finit par s\u2019\u00e9panouir, au point de faire oublier le changement de distribution.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des \u0153uvres, la soir\u00e9e affichait une intention claire. Mettre le contemporain en relation avec le r\u00e9pertoire, tout en encadrant l\u2019\u00e9coute par des r\u00e9cits et des rep\u00e8res. Cela peut \u00e9clairer, et cela peut aussi alourdir, surtout lorsque le discours devient une condition d\u2019acc\u00e8s au sens. Le concert a pourtant rappel\u00e9 l\u2019essentiel. Quand l\u2019\u00e9criture est convaincante, et quand l\u2019interpr\u00e9tation est \u00e0 la hauteur, la musique n\u2019a pas besoin d\u2019\u00eatre justifi\u00e9e. Elle n\u2019a besoin que d\u2019\u00eatre entendue.<\/p>\n<p>Le concert est pr\u00e9sent\u00e9 de nouveau ce soir, toujours \u00e0 19 h 30 \u00e0 la Maison symphonique.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! La musique classique et l\u2019op\u00e9ra en 5 minutes, chaque jour<\/em> <a href=\"https:\/\/ludwig-van.us9.list-manage.com\/subscribe?u=4f785cb3f9058f2393ccad035&amp;id=b9b160c032\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ICI<\/a>.<\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Orchestre symphonique de Montr\u00e9al (OSM) nous accueillait \u00e0 la Maison symphonique pour une soir\u00e9e construite comme un r\u00e9cit \u00e0 tiroirs. D\u2019abord Per\u00fa Negro de Jimmy L\u00f3pez, ensuite Diaspora: Concerto for Saxophone de Billy Childs avec le saxophoniste Steven Banks, puis, apr\u00e8s l\u2019entracte, la Symphonie n\u00ba 4 de Gustav Mahler. La distribution, elle aussi, a eu droit \u00e0 son rebondissement. Pour des raisons de visa, la soprano Vuvu Mpofu a d\u00fb se retirer, et l\u2019OSM accueillait pour la premi\u00e8re fois la soprano allemande Nikola Hillebrand.<\/p>\n","protected":false},"author":68,"featured_media":91853,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[42368,52],"tags":[42369,2542],"yst_prominent_words":[7261,17846,19857,9869,11275,9811,20367,14044,6640],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE14.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9bdYt-nTt","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91851"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/68"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=91851"}],"version-history":[{"count":39,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91851\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":91898,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91851\/revisions\/91898"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/91853"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=91851"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=91851"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=91851"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=91851"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}