{"id":91673,"date":"2026-02-03T15:04:22","date_gmt":"2026-02-03T20:04:22","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=91673"},"modified":"2026-02-03T18:23:49","modified_gmt":"2026-02-03T23:23:49","slug":"critique-vikingur-olafsson-batisseur-de-cathedrales-biscornues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2026\/02\/03\/critique-vikingur-olafsson-batisseur-de-cathedrales-biscornues\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Vikingur Olafsson, b\u00e2tisseur de cath\u00e9drales biscornues"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_91718\" aria-describedby=\"caption-attachment-91718\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-91718\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE13.jpg\" alt=\"Vikingur Olafsson (Photo : Ari Magg)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE13.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE13-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE13-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2026\/02\/Copie-de-CRITIQUE13-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-91718\" class=\"wp-caption-text\">Vikingur Olafsson (Photo : Ari Magg)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le pianiste islandais <strong>Vikingur Olafsson<\/strong> est un b\u00e2tisseur de cath\u00e9drale : ses programmes sont con\u00e7us comme de grands \u00e9difices sonores \u00e9rig\u00e9s au fil du r\u00e9cital. Lors de sa premi\u00e8re venue \u00e0 Montr\u00e9al il y a deux ans, il avait impressionn\u00e9 par sa conception \u00e0 grande \u00e9chelle des <em>Variations Goldberg<\/em>, soutenue par une ex\u00e9cution technique impeccable et des choix interpr\u00e9tatifs hautement personnels. Toutes ces caract\u00e9ristiques ont \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9es par le r\u00e9cital Bach-Beethoven-Schubert dont il a donn\u00e9 deux repr\u00e9sentations \u00e0 la Salle Bourgie, vendredi et samedi derniers.<\/p>\n<p>Les <em>Variations Goldberg\u00a0<\/em>sont, bien s\u00fbr, \u00e0 la base une \u0153uvre de conception unie. Olafsson en faisait ressortir l&rsquo;organisation sous-jacente en regroupant certaines variations entre elles et en reliant les assemblages obtenus par un <em>sol<\/em> discret soutenu \u00e0 la p\u00e9dale. Il va encore plus loin avec le programme de sa tourn\u00e9e actuelle en encha\u00eenant cinq pi\u00e8ces distinctes en un parcours de 80 minutes non interrompues. Le Pr\u00e9lude en mi majeur du premier livre du <em>Clavier Bien temp\u00e9r\u00e9<\/em> de Bach sert de mise en bouche \u00e0 la <em>Sonate no 27<\/em>, op. 90 de Beethoven, suivie de la <em>Partita no 6 en mi mineur<\/em>, BWV 830, et de la <em>Sonate<\/em> D. 566 de Schubert. Ce parcours en <em>mi<\/em>, majeur et mineur, atteint sa destination avec la <em>Sonate no 30<\/em>, op. 109 de Beethoven, \u00e0 laquelle <strong>Olafsson<\/strong> choisit volontairement d&rsquo;accorder la fonction de destination, et non de point de d\u00e9part, comme c&rsquo;est souvent le cas.<\/p>\n<p>M\u00eame une fois r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans son ensemble, la cath\u00e9drale d&rsquo;<strong>Olafsson<\/strong> n&rsquo;est pas facile \u00e0 saisir. \u00c0 l&rsquo;\u00e9coute, on se heurte \u00e0 des d\u00e9tails d&rsquo;ex\u00e9cution h\u00e9t\u00e9roclites et surprenants. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus d\u00e9tonnant est le romantisme \u00e0 fleur de peau de l&rsquo;interpr\u00e8te, qui fait chanter exag\u00e9r\u00e9ment les lignes de Bach et Beethoven. La <em>Sonate no 27<\/em> de Beethoven en est la plus affect\u00e9e, devenant presque m\u00e9connaissable \u00e0 force d&rsquo;en gommer les contours dans un lyrisme sirupeux. La Sonate de Schubert conserve au contraire une simplicit\u00e9 ne la privant en rien de son pouvoir expressif. Le deuxi\u00e8me mouvement (Allegretto), en particulier, captive par son caract\u00e8re \u00e9vocateur la rapprochant des Lieder du m\u00eame compositeur. Dans le cas de la <em>Partita no 6<\/em> de Bach, ce sont les tempos lents qui surprennent en d\u00e9robant aux mouvements leurs racines dans la danse. Pour ce qui est de la constance des p\u00f4les harmoniques dict\u00e9e par l&rsquo;omnipr\u00e9sence du <em>mi<\/em> comme centre tonal, elle offrait un point de r\u00e9f\u00e9rence mettant en lumi\u00e8re les diff\u00e9rences de traitement dans les styles compositionnels de chaque compositeur.<\/p>\n<p>Si les choix esth\u00e9tiques surprennent, les moyens techniques mis au service de cette vision biscornue suscitent l&rsquo;admiration. Les diff\u00e9rentes voix se distinguent non seulement par la clart\u00e9 de leur articulation, mais \u00e9galement par les coloris conferr\u00e9s. De son toucher parfaitement contr\u00f4l\u00e9, Olafsson cr\u00e9e une vari\u00e9t\u00e9 de couleurs, des plus franches et r\u00e9sonnantes aux pastels empreintes de nostalgie. Je m&rsquo;attendais d&rsquo;ailleurs \u00e0 ce que le pianiste exploite cette palette de tendres pastels qu&rsquo;il r\u00e9ussit bien dans le dernier mouvement de la <em>Sonate no 30<\/em> de Beethoven, pensant qu&rsquo;il nous laisserait sur un mouvement serre-c\u0153ur. Alors qu&rsquo;il avait p\u00e9ch\u00e9 par exc\u00e8s d&rsquo;\u00e9panchement dans la <em>Sonate no 27<\/em>, il a au contraire us\u00e9 de retenue dans ce mouvement pourtant marqu\u00e9 <em>Gesangsvoll, mit innigster Empfindung<\/em>\u00a0(<em>Chantant, avec le sentiment le plus profond<\/em>), m\u00eame lors du retour final du th\u00e8me.<\/p>\n<p>Le paradoxe d&rsquo;une cath\u00e9drale sonore est qu&rsquo;elle ne peut \u00eatre revisit\u00e9e \u00e0 rebours, une fois son d\u00e9voilement compl\u00e9t\u00e9. Comment savoir dans l&rsquo;imm\u00e9diat si tel ou tel d\u00e9tail qui ressort se subordonnera finalement \u00e0 la logique d&rsquo;une organisation \u00e0 grande \u00e9chelle? M\u00eame si la question se pose toujours un peu, il est plus facile de juger de la r\u00e9ponse dans le cadre d&rsquo;une forme connue ou d&rsquo;un style d&rsquo;\u00e9criture uniforme. Les r\u00e9ponses individuelles varieront d&rsquo;autant plus dans le cas d&rsquo;un r\u00e9cital par un interpr\u00e8te \u00e0 la personnalit\u00e9 musicale hors normes comme Vikingur Olafsson. Personnellement, j&rsquo;ai un faible pour les architectures \u00e0 grande \u00e9chelle et suis pr\u00eate \u00e0 en accepter les asp\u00e9rit\u00e9s inattendues comme des caract\u00e9ristiques intrins\u00e8ques plut\u00f4t que comme des d\u00e9fauts.<\/p>\n<p>Je dois cependant avouer que ma tol\u00e9rance pour les interpr\u00e9tations hors normes a \u00e9t\u00e9 \u00e9puis\u00e9e avec les rappels. Dans la transcription faite par Olafsson de l\u00a0\u00bbEntr\u00e9e pour les Muses, les Z\u00e9phyres, les Saisons, les Heures et les Arts\u00a0\u00bb tir\u00e9e des <em>Bor\u00e9ades<\/em> de Rameau (\u00ab\u00a0repackag\u00e9e\u00a0\u00bb sous le titre <em>Les Arts et les Heures<\/em>), la superposition confuse des lignes descendantes rappellait plus le tintinnabulisme d&rsquo;Arvo P\u00e4rt qu&rsquo;un quelconque parall\u00e8le avec Mahler, annonc\u00e9 au micro &#8211; aucun des deux rapprochements ne r\u00e9ussissant \u00e0 m&rsquo;amadouer. En troisi\u00e8me rappel, <em>Le Rappel des oiseaux<\/em>, \u00e9galement de Rameau, \u00e9voquait plut\u00f4t des coucous d&rsquo;horloges m\u00e9caniques. Entre les deux, l&rsquo;<em>\u00c9tude no 6<\/em> de Philip Glass &#8211; une chevauch\u00e9e aux harmonies faciles relevant de la musique de film &#8211; a tout de m\u00eame fait la d\u00e9monstration du jumelage id\u00e9al entre Vikingur Olafsson et le Steinway de la Salle Bourgie, qui r\u00e9pondait \u00e0 toutes les demandes du pianiste, m\u00eame dans les r\u00e9p\u00e9titions de notes les plus rapides.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! La musique classique et l\u2019op\u00e9ra en 5 minutes, chaque jour<\/em> <a href=\"https:\/\/ludwig-van.us9.list-manage.com\/subscribe?u=4f785cb3f9058f2393ccad035&amp;id=b9b160c032\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ICI<\/a>.<\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pianiste islandais Vikingur Olafsson est un b\u00e2tisseur de cath\u00e9drale : ses programmes sont con\u00e7us comme de grands \u00e9difices sonores \u00e9rig\u00e9s au fil du r\u00e9cital. 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