{"id":91011,"date":"2025-12-09T03:30:26","date_gmt":"2025-12-09T08:30:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=91011"},"modified":"2025-12-09T13:00:04","modified_gmt":"2025-12-09T18:00:04","slug":"critique-motets-allemands-par-rudolf-lutz-et-la-fondation-bach-de-saint-gall-divergences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/12\/09\/critique-motets-allemands-par-rudolf-lutz-et-la-fondation-bach-de-saint-gall-divergences\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Motets allemands par Rudolf Lutz et la Fondation Bach de Saint-Gall : divergences d&rsquo;approche et d&rsquo;attentes"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_91018\" aria-describedby=\"caption-attachment-91018\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-91018\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/12\/Copie-de-CRITIQUE5.jpg\" alt=\"Le Ch\u0153ur de la Fondation Bach de Saint-Gall en Festival international Bach Montr\u00e9al. 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(Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pour cl\u00f4re son \u00e9dition de cette ann\u00e9e, le Festival international Bach de Montr\u00e9al recevait en fin de semaine le <strong>Ch\u0153ur de la Fondation Bach de Saint-Gall<\/strong> (Suisse), qui faisait ainsi ses d\u00e9buts en Am\u00e9rique du Nord. Samedi soir, c&rsquo;est sous l&rsquo;impressionnante vo\u00fbte en bois de l&rsquo;\u00e9glise anglicane Saint-George que s&rsquo;est produit le ch\u0153ur de chambre, accompagn\u00e9 par un continuo form\u00e9 de son chef <strong>Rudolf L\u00fctz<\/strong> au positif et de <strong>Maya Amrein<\/strong> au violoncelle.<\/p>\n<p>Le programme de motets allemands rappelait celui pr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;ensemble anglais <strong>Solomon&rsquo;s Knot<\/strong> au m\u00eame endroit l&rsquo;an dernier. Les deux groupes sont pratiquement l&rsquo;oppos\u00e9 l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Les solides effectifs vocaux de <strong>Solomon&rsquo;s Knot<\/strong> issus de la tradition vocale anglaise privil\u00e9gient un fondu lisse et des voix agiles sans lourdeur, mais leur sonorit\u00e9 inlassablement d\u00e9sincarn\u00e9e cr\u00e9e un degr\u00e9 de distance entre les ex\u00e9cutant\u00b7e\u00b7s et la musique qu&rsquo;ils interpr\u00e8tent. Il est indiscutable que les voix du <strong>Ch\u0153ur de la Fondation Bach de Saint-Gall<\/strong> n&rsquo;atteignent pas le m\u00eame degr\u00e9 de finition et de confort technique. Leur esth\u00e9tique sonore plus ancr\u00e9e et plus \u00ab\u00a0terrestre\u00a0\u00bb, cependant, nonobstant le degr\u00e9 de r\u00e9ussite de son ex\u00e9cution, convient mieux \u00e0 ce r\u00e9pertoire. La majorit\u00e9 des chanteurs\u00b7euses ont de plus l&rsquo;avantage non n\u00e9gligeable de chanter dans leur langue maternelle, menant sans surprise \u00e0 une ex\u00e9cution naturelle du texte, des appuis et du phras\u00e9.<\/p>\n<p>La diff\u00e9rence entre les deux esth\u00e9tiques sonores \u00e9tait perceptible d\u00e8s la toute premi\u00e8re note ouvrant la premi\u00e8re \u0153uvre au programme, le motet <em>Komm, Jesu, komm<\/em> BWV 229, \u00e9galement interpr\u00e9t\u00e9 par <strong>Solomon&rsquo;s Knot<\/strong> \u00e0 son passage. Chez l&rsquo;ensemble suisse, la voyelle est port\u00e9e jusqu&rsquo;au <em>m\u00a0<\/em>conclusif par un son gardant du corps et de la substance, tandis que les chanteurs anglais attaquent le <em>k <\/em>et s&rsquo;\u00e9loignent ensuite du son, contredisant l&rsquo;\u00e9lan de l&rsquo;appel du texte (\u00ab\u00a0Viens!\u00a0\u00bb). L&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 excessive (un reproche plut\u00f4t inhabituel!) de la sonorit\u00e9 anglaise gomme par ailleurs les effets de spatialisation des doubles ch\u0153urs, mieux perceptibles samedi soir.<\/p>\n<p>La comparaison n&rsquo;a pas pour but d&rsquo;\u00e9lever la prestation du <strong>Ch\u0153ur de Saint-Gall<\/strong> \u00e0 un niveau qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas atteint, mais de mettre en lumi\u00e8re l&rsquo;importance de l&rsquo;esth\u00e9tique sonore en tant que param\u00e8tre d&rsquo;ex\u00e9cution, en conjonction avec le phras\u00e9, les nuances, les articulations, la diction, etc. Inversement, la deuxi\u00e8me pi\u00e8ce au programme en a imm\u00e9diatement d\u00e9montr\u00e9 les limites lorsqu&rsquo;elle n&rsquo;est pas combin\u00e9e ad\u00e9quatement avec ces autres param\u00e8tres : l&rsquo;ex\u00e9cution du motet\u00a0<em>Lehre uns bedenken\u00a0<\/em>de Johann Hermann Schein (1585-1630) sonnait \u00e9trangement d\u00e9sorganis\u00e9e, les diff\u00e9rentes parties semblant clopiner \u00e0 travers la partition chacune de son c\u00f4t\u00e9. \u00c9tait-ce une question d&rsquo;appuis d\u00e9phas\u00e9s, de manque de plasticit\u00e9 dans l&rsquo;\u00e9quilibre des parties, d&rsquo;un autre aspect auquel je ne pense pas? Je ne saurais dire. Le motet de Heinrich Sch\u00fctz (1585-1672) <em>Tr\u00f6stet, tr\u00f6stet mein Volk<\/em>, la seconde des deux \u0153uvres les plus anciennes au programme, n&rsquo;a pas souffert de la m\u00eame faiblesse.<\/p>\n<p>Le r\u00e9pertoire comptait \u00e9galement des pi\u00e8ces de compositeurs plus tardifs, Homilius, Mendelssohn et Brahms, tous trois connaisseurs et admirateurs de J. S. Bach. Les lignes m\u00e9lodiques soutenues du motet <em>Sehet, welch eine Liebe\u00a0<\/em>de Gottfried Augustus Homilius (1714-1785), un compositeur de la fin de l&rsquo;\u00e9poque baroque qui m&rsquo;\u00e9tait inconnu, s&rsquo;approchent \u00e9tonnamment du langage romantique d&rsquo;un Mendelssohn ou d&rsquo;un Rheinberger. Mendelssohn, justement, a re\u00e7u le traitement le plus expansif de la soir\u00e9e, un ch\u0153ur de 16 voix se r\u00e9unissant pour chanter \u00ab\u00a0Frohlocket ihr V\u00f6lker auf Erden\u00a0\u00bb extrait des <em>Sechs motetten<\/em>, op. 79, no 6 : la force du nombre cr\u00e9ait une zone de confort pour les chanteurs\u00b7euses et un impact sonore bienvenu.<\/p>\n<p>Entre les pi\u00e8ces, <strong>Rudolf Lutz<\/strong>, qui a enseign\u00e9 l&rsquo;improvisation au clavier \u00e0 la Schola cantorum Basiliensis, prenait le micro le temps d&rsquo;une courte pr\u00e9sentation bon enfant pour ensuite se rasseoir \u00e0 l&rsquo;orgue et improviser une introduction \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre suivante, y int\u00e9grant souvent des th\u00e8mes d&rsquo;autres \u0153uvres connues du m\u00eame compositeur. Le but semblait plus \u00eatre de faire r\u00e9agir le public que de pr\u00e9parer l&rsquo;atmosph\u00e8re de la prochaine pi\u00e8ce. Au d\u00e9but de la deuxi\u00e8me partie, il s&rsquo;est lanc\u00e9 dans une activit\u00e9 interactive en faisant chantant le public et le ch\u0153ur sur la progression harmonique des <em>Variations Goldberg<\/em>.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai l&rsquo;impression que des divergences entre la perception europ\u00e9enne et la perception qu\u00e9b\u00e9coise entrent en compte : <strong>Rudolf Lutz<\/strong> se comporte en Kapellmeister, c&rsquo;est-\u00e0-dire en ma\u00eetre de musique autour de qui gravite toute la vie musicale d&rsquo;une communaut\u00e9<em>. <\/em>La fonction de ma\u00eetre de musique apporte un statut et une sup\u00e9riorit\u00e9 hi\u00e9rarchique automatique inconnus dans les milieux francophones d&rsquo;ici (certains cercles anglophones s&rsquo;en approchent plus), auxquels s&rsquo;ajoute un rapport encore \u00e9troit entre la religion et le concert. Dans ce contexte, il est in\u00e9vitable que la notion de m\u00e9diation musicale prenne \u00e9galement une tout autre couleur.<\/p>\n<p>En regardant la description du d\u00e9roulement des concerts de la Fondation Bach de Saint-Gall, je suis frapp\u00e9e par l&rsquo;accent mis sur le texte et la communication orale : \u00e0 16 h, les visiteurs\u00b7euses ont l&rsquo;occasion d&rsquo;admirer un facsimile de la Bible ayant appartenu \u00e0 J. S. Bach, apr\u00e8s quoi le m\u00e9c\u00e8ne de la Fondation, l&rsquo;homme d&rsquo;affaires <strong>Konrad Hummler<\/strong>, fait la lecture du texte liturgique du jour. \u00c0 17 h 30, <strong>Rudolf Lutz<\/strong> et le th\u00e9ologien <strong>Niklaus Peter<\/strong> (jusqu&rsquo;en 2018, le deuxi\u00e8me pr\u00e9sentateur \u00e9tait un pr\u00eatre) offrent une introduction de 45 minutes \u00ab\u00a0autant sur les aspects musicaux que de contenu\u00a0\u00bb de la cantate du moment (l&rsquo;admission exige un billet s\u00e9par\u00e9 de celui donnant acc\u00e8s au concert). Pendant le concert, un\u00b7e invit\u00e9\u00b7e pr\u00e9sente une r\u00e9flexion personnelle sur le texte de la cantate &#8211; autrement dit, l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un sermon la\u00efc sur \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00c9vangile\u00a0\u00bb de J. S. Bach. Et le lendemain du concert, pour le co\u00fbt de 20 Francs suisses, une nouvelle rencontre est propos\u00e9e autour de caf\u00e9 et p\u00e2tisserie o\u00f9 les interpr\u00e8tes de la veille r\u00e9pondent aux questions de Rudolf Lutz qui, selon le texte du site web de la Fondation, \u00ab\u00a0se glisse avec habilet\u00e9 dans le r\u00f4le de l&rsquo;entertainer et de l&rsquo;intervieweur pour soutirer \u00e0 ses invit\u00e9\u00b7e\u00b7s des r\u00e9v\u00e9lations captivantes, inconnues et parfois inattendues\u00a0\u00bb. Le souhait de la Fondation est d&rsquo;\u00e9veiller chez son public une compr\u00e9hension des \u0153uvres de J. S. Bach qui \u00ab\u00a0rende tangible la profondeur \u00e9motionnelle, th\u00e9ologique et musicale [dans cet ordre-l\u00e0] de son \u0153uvre\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est pas pour rien que les plus grands adeptes de ces concerts parlent de p\u00e9lerinage : c&rsquo;est \u00e9vident que c&rsquo;est ce que la Fondation,<strong> Rudolf Lutz<\/strong> et <strong>Konrad Hummler<\/strong> en t\u00eate, a volontairement cherch\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er.<\/p>\n<p>L&rsquo;ex\u00e9cution en concert, divorc\u00e9e du contexte si particulier que la Fondation s&rsquo;est b\u00e2ti dans son \u00ab\u00a0habitat naturel\u00a0\u00bb, pr\u00e9sente des exigences diff\u00e9rentes qui vont en quelque sorte \u00e0 l&rsquo;encontre de ses forces. Les efforts de <strong>Rudolf Lutz<\/strong> d&rsquo;\u00e9tablir un courant de communication semblable \u00e0 celui qu&rsquo;il s&rsquo;est forg\u00e9 avec son public \u00e0 domicile ne suffisent pas \u00e0 faire oublier les crit\u00e8res d&rsquo;ex\u00e9cution musicale d&rsquo;une interpr\u00e9tation du plus haut niveau &#8211; niveau auquel les m\u00e9lomanes montr\u00e9alais ont r\u00e9guli\u00e8rement acc\u00e8s \u00e0 travers les concerts des ensembles sp\u00e9cialis\u00e9s \u00e9tablis dans leur ville.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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