{"id":90799,"date":"2025-11-25T00:37:13","date_gmt":"2025-11-25T05:37:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=90799"},"modified":"2025-11-26T19:00:05","modified_gmt":"2025-11-27T00:00:05","slug":"critique-jenufa-lopera-de-montreal-retour-triomphal-dun-opera-incontournable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/11\/25\/critique-jenufa-lopera-de-montreal-retour-triomphal-dun-opera-incontournable\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Jen\u016ffa \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al : retour triomphal d&rsquo;un op\u00e9ra incontournable"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_90800\" aria-describedby=\"caption-attachment-90800\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-90800\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/11\/Copie-de-CRITIQUE1-1.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/11\/Copie-de-CRITIQUE1-1.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/11\/Copie-de-CRITIQUE1-1-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/11\/Copie-de-CRITIQUE1-1-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/11\/Copie-de-CRITIQUE1-1-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-90800\" class=\"wp-caption-text\">(Photo : courtoisie Op\u00e9ra de Montr\u00e9al)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Enfin, <em>Jen\u016ffa<\/em> de Leo\u0161 Jan\u00e1\u010dek revient \u00e0 l&rsquo;affiche de l&rsquo;<strong>Op\u00e9ra de Montr\u00e9al<\/strong> (la pr\u00e9c\u00e9dente production de cette \u0153uvre datait de 1997) et ce spectacle est carr\u00e9ment l&rsquo;une des grandes r\u00e9alisations de l&rsquo;institution.<\/p>\n<p>Il y a d&rsquo;abord l\u2019\u0153uvre, pas assez connue du grand public d&rsquo;ici, (ce qui expliquerait peut-\u00eatre que la salle n&rsquo;\u00e9tait pas comble en ce soir de premi\u00e8re : nous y reviendrons), mais puissante et captivante, contemporaine dans son propos et originale dans sa partition, sans pour autant \u00eatre inaccessible. Car il faut bien le dire, la musique de Jan\u00e1\u010dek, toute singuli\u00e8re qu&rsquo;elle puisse \u00eatre, est n\u00e9anmoins d&rsquo;une beaut\u00e9 envo\u00fbtante, avec un sens du th\u00e9\u00e2tre subtil et brillant. On a beau souligner le g\u00e9nie de la partition, sa complexit\u00e9 et sa facture saugrenue, il n&rsquo;en demeure pas moins qu&rsquo;elle est d&rsquo;une grande accessibilit\u00e9 : les amateurs d&rsquo;art lyrique plus traditionnel ne seront pas rebut\u00e9\u00b7e\u00b7s.<\/p>\n<p>Le propos est d&rsquo;autant plus puissant qu&rsquo;il r\u00e9sonne pour le public d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. Bien que l&rsquo;action se d\u00e9roule dans une communaut\u00e9 est-europ\u00e9enne o\u00f9 le poids de la tradition affiche un traditionalisme folklorique ostentatoire, il ne faut pas se tromper, le drame humain est riche et complexe : les malheurs en amour, les violences domestiques faites aux femmes, l&rsquo;infanticide ici pr\u00e9sent\u00e9 comme un geste d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour lutter contre les jugements et pour sauver les apparences, le processus complexe du pardon, et on en passe et on en oublie. C&rsquo;est bien l\u00e0 le r\u00f4le d&rsquo;une \u0153uvre d&rsquo;art authentique : nous parler de la condition humaine avec ses nombreuses nuances, mais surtout avec une humanit\u00e9 profonde et touchante. <em>Jen\u016ffa<\/em> est de cette trempe.<\/p>\n<h3>Mise en sc\u00e8ne efficace<\/h3>\n<p>La mise en sc\u00e8ne du r\u00e9alisateur<strong> Atom Egoyan<\/strong> comporte de grandes qualit\u00e9s. Il faut dire que le projet est bien huil\u00e9, ayant \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 au Pacific Opera Victoria en 2017. Egoyan a cependant effectu\u00e9 certaines adaptations, puisque le plateau de Wilfried-Pelletier est nettement plus grand que celui de Victoria.<\/p>\n<p>Si les costumes s&rsquo;ancraient dans un r\u00e9alisme assum\u00e9, la sc\u00e9nographie plut\u00f4t \u00e9pur\u00e9e misait quant \u00e0 elle sur quelques \u00e9l\u00e9ments symboliques. Outre quelques meubles et accessoires utilitaires (table, chaises&#8230;), c&rsquo;est essentiellement une grande meule bris\u00e9e (l&rsquo;action se situe pr\u00e8s d&rsquo;un moulin, et cette brisure \u00e9voque la d\u00e9chirure dans la relation entre Jen\u016ffa et \u0160teva, un meunier) qui forme le principal \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor. Cette imposante demi-lune occupe le fond d&rsquo;une sc\u00e8ne mont\u00e9e sur la sc\u00e8ne. Sur le c\u00f4t\u00e9 prend place le ch\u0153ur, exprimant visuellement le poids du regard des autres, \u00e9l\u00e9ment essentiel du drame.<\/p>\n<p>Egoyan s&rsquo;est attel\u00e9 \u00e0 rendre le plus limpide possible cette histoire qui comporte certains \u00e9l\u00e9ments complexes (les liens familiaux et amoureux entre les personnages ne sont pas toujours faciles \u00e0 situer). Ainsi, l&rsquo;\u00e9quilibre entre la clart\u00e9 dramaturgique et l&rsquo;insertion symbolique \u00e9tait plut\u00f4t r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>Soulevons n\u00e9anmoins un b\u00e9mol concernant la conception des costumes : si les habits traditionnels c\u00f4toyent des v\u00eatements plus contemporains, une \u00e9trange impression de dichotomie temporelle s&rsquo;imposait \u00e0 notre esprit. \u00c9tait-ce une fa\u00e7on de distinguer les diverses classes sociales de l&rsquo;histoire? Si oui, on veut bien croire que les villageois soient habill\u00e9s diff\u00e9remment des personnages de la haute soci\u00e9t\u00e9, mais est-ce que les costumes traditionnels sont \u00e0 ce point la norme dans un quotidien villageois que l&rsquo;on devine r\u00e9cent, voire contemporain? Autrement, on pourrait croire que l&rsquo;action se situe dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Dans ce cas, ce sont les habits contemporains qui d\u00e9tonnent&#8230;<\/p>\n<h3>Excellente distribution<\/h3>\n<p>On a rarement vu une distribution vocale aussi int\u00e9ressante et aussi bien distribu\u00e9e, tant dans le choix des voix que dans la prestation th\u00e9\u00e2trale. Dans le r\u00f4le titre, la fran\u00e7aise <strong>Marie-Adeline Henry<\/strong> d\u00e9montre une grande implication dramatique et \u00e9motive. Elle r\u00e9ussit \u00e0 nous tirer des larmes au deuxi\u00e8me acte, au moment o\u00f9 elle apprend la mort de son enfant. La Kostelni\u010dka de <strong>Katarina Karn\u00e9us<\/strong> est musicalement solide, tout en abordant de front la complexit\u00e9 psychologique du r\u00f4le. Car ici, la \u00ab m\u00e9chante \u00bb est humaine : rien n&rsquo;est tout blanc ni tout noir, il y a beaucoup de gris!<\/p>\n<p>Avec un naturel d\u00e9sarmant, <strong>Isaiah Bell<\/strong> personnifie un \u0160teva plus vrai que nature, m\u00eame si ce personnage est loin d&rsquo;\u00eatre sympathique puisqu&rsquo;il est le l\u00e2che qui n&rsquo;assume pas ses engagements et ses actes envers Jen\u016ffa. <strong>Edgaras Montvidas<\/strong> ne donnait pas \u00e0 Laca le vernis romantique que l&rsquo;on a tendance \u00e0 lui conf\u00e9rer, mais il portait le r\u00f4le avec toutes ses ambigu\u00eft\u00e9s, rendant la psychologie du protagoniste nettement plus profonde.<\/p>\n<p>Les r\u00f4les secondaires \u00e9taient tous port\u00e9s \u00e0 bout de bras par des interpr\u00e8tes totalement investis et vocalement tr\u00e8s convaincants. Soulignons travail admirable et appliqu\u00e9 du ch\u0153ur, musicalement tr\u00e8s bien pr\u00e9par\u00e9 et sc\u00e9niquement tr\u00e8s \u00e0 l&rsquo;aise.<\/p>\n<p>\u00c0 la t\u00eate d&rsquo;un <strong>Orchestre M\u00e9tropolitain<\/strong> en grande forme, la cheffe <strong>Nicole Paiement<\/strong> dirigeait la partition avec un sens du drame et une vision d&rsquo;ensemble vive, alerte, juste et pr\u00e9cise. La puissance et le raffinement du jeu de l&rsquo;orchestre ont quelque peu souffert de l&rsquo;acoustique de Wilfrid-Pelletier (on a peur de se r\u00e9p\u00e9ter en \u00e9crivant que cette salle est loin d&rsquo;\u00eatre optimale pour l&rsquo;op\u00e9ra), mais on a l&rsquo;impression que <strong>Nicole Paiement<\/strong> r\u00e9ussit malgr\u00e9 tout \u00e0 tirer le meilleur des musicien\u00b7ne\u00b7s.<\/p>\n<p><em>Jen\u016ffa<\/em> est un incontournable, et on s&rsquo;explique mal que le public ne soit pas plus nombreux \u00e0 ce rendez-vous exceptionnel. Oui, c&rsquo;est chant\u00e9 en tch\u00e8que. Non, on ne sort pas du spectacle en chantant des airs. Oui, notre zone de confort est bouscul\u00e9e. Or, tant les v\u00e9ritables amateurs d&rsquo;art lyrique que les n\u00e9ophytes curieux\u00b7ses seront combl\u00e9\u00b7e\u00b7s par cette production de haute qualit\u00e9, qui devrait \u00eatre la norme et non l&rsquo;exception dans le paysage lyrique de la m\u00e9tropole.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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