{"id":90135,"date":"2025-10-16T10:04:55","date_gmt":"2025-10-16T14:04:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=90135"},"modified":"2025-10-20T14:00:04","modified_gmt":"2025-10-20T18:00:04","slug":"critique-mahler-sous-tension-la-neuvieme-losm-entre-clarte-et-vertige","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/10\/16\/critique-mahler-sous-tension-la-neuvieme-losm-entre-clarte-et-vertige\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Mahler sous tension : la Neuvi\u00e8me \u00e0 l&rsquo;OSM entre clart\u00e9 et vertige"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_90136\" aria-describedby=\"caption-attachment-90136\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-90136\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/10\/Copie-de-CRITIQUE7.jpg\" alt=\"Les effectifs de l'OSM, incluant les trois cloches de bronze, pour la Neuvi\u00e8me symphonie de Mahler pr\u00e9sent\u00e9e les 15 et 16 octobre 2025 \u00e0 la Maison symphonique. (Photo : Gabriel Fournier)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/10\/Copie-de-CRITIQUE7.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/10\/Copie-de-CRITIQUE7-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/10\/Copie-de-CRITIQUE7-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/10\/Copie-de-CRITIQUE7-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-90136\" class=\"wp-caption-text\">Les effectifs de l&rsquo;OSM, incluant les trois cloches de bronze, pour la Neuvi\u00e8me symphonie de Mahler pr\u00e9sent\u00e9e les 15 et 16 octobre 2025 \u00e0 la Maison symphonique. (Photo : Gabriel Fournier)<\/figcaption><\/figure>\n<p>L\u2019<strong>Orchestre symphonique de Montr\u00e9al<\/strong> (<strong>OSM<\/strong>) poursuivait hier soir, sous la direction de <strong>Rafael Payare<\/strong>, son cycle consacr\u00e9 \u00e0 Gustav Mahler avec l\u2019interpr\u00e9tation de la <em>Neuvi\u00e8me Symphonie<\/em>, ultime sommet du compositeur et v\u00e9ritable adieu au monde. \u00c9crite \u00e0 l\u2019aube de sa mort, cette \u0153uvre testamentaire marque la fin du romantisme et ouvre les portes de la modernit\u00e9 sonore du XX\u1d49 si\u00e8cle. Pour l\u2019<strong>OSM<\/strong>, il s\u2019agissait d\u2019un moment fort de la saison : un retour \u00e0 une partition mythique, rarement programm\u00e9e, et une occasion pour <strong>Payare<\/strong> d\u2019affirmer sa vision d\u2019un Mahler \u00e0 la fois humain, fragile et visionnaire. L\u2019attente du public montr\u00e9alais, palpable dans une salle comble et silencieuse, traduisait la conscience d\u2019assister \u00e0 un rendez-vous musical d&rsquo;exception.<\/p>\n<p>Comme souvent dans Mahler \u00e0 l&rsquo;<strong>OSM<\/strong>, la disposition de l\u2019orchestre a fait l\u2019objet de choix sc\u00e9niques notables. Si l\u2019antiphonie des premiers et seconds violons s\u2019impose naturellement, l\u2019enclave des contrebasses \u00e0 gauche, derri\u00e8re les premiers violons, r\u00e9v\u00e8le une section \u00e0 la fois autonome et puissante, mais parfois esseul\u00e9e et l\u00e9g\u00e8rement en d\u00e9calage avec les violoncelles. M\u00eame constat pour les deux harpes rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 l\u2019extr\u00eame droite de la sc\u00e8ne, ou encore pour les cors s\u00e9par\u00e9s des cuivres par le bloc des bois \u2014 une disposition qui, tout en a\u00e9rant la texture, modifie sensiblement l\u2019\u00e9quilibre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>C\u2019est dans le premier mouvement, v\u00e9ritable drame symphonique, que cette configuration montre le mieux les inconv\u00e9nients de ses avantages. <strong>Payare<\/strong> \u00e9claire avec acuit\u00e9 la logique interne des plans sonores mahl\u00e9riens : chaque famille instrumentale se distingue nettement, chaque d\u00e9tail d\u2019orchestration ressort avec une clart\u00e9 presque analytique. Mais cette lisibilit\u00e9 exemplaire tend parfois \u00e0 souligner une intention d\u00e9j\u00e0 contenue dans la partition. L\u2019on per\u00e7oit alors une sorte de spatialisation didactique o\u00f9 l\u2019orchestration, magistrale par essence, semble parfois trop \u00ab expliqu\u00e9e \u00bb au d\u00e9triment de la fusion organique des timbres. L\u2019ensemble y gagne en transparence, mais perd ponctuellement de cette respiration collective, de cette densit\u00e9 fusionnelle propre au grand orchestre mahl\u00e9rien.<\/p>\n<p>Cette impression de d\u00e9coupage s\u2019estompe toutefois au fil de la symphonie. Le Rondo-Burleske, avec son \u00e9criture contrapuntique foisonnante, ses strettes et ses fugato endiabl\u00e9s, profite pleinement de cette disposition : chaque ligne y respire, chaque motif s\u2019affirme avec une lisibilit\u00e9 jubilatoire. Puis, dans l\u2019Adagio final, le centre de gravit\u00e9 se d\u00e9place vers les cordes, qui occupent presque seules le champ sonore. Leur densit\u00e9 et leur homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 r\u00e9tablissent alors l\u2019unit\u00e9 du corps orchestral : le son se resserre, se r\u00e9chauffe, et la fragmentation initiale se dissout peu \u00e0 peu dans un souffle commun, ample, r\u00e9sign\u00e9 et presque r\u00e9dempteur.<\/p>\n<p><strong>Rafael Payare<\/strong> aborde les tempi de la <em>Neuvi\u00e8me<\/em> avec justesse, alliant la rigueur du contr\u00f4le \u00e0 l\u2019audace du geste. Plut\u00f4t que de c\u00e9der \u00e0 la tentation de l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration dans les grands crescendos mahl\u00e9riens, il en retient la tension, lui conf\u00e9rant une densit\u00e9 expressive d\u2019autant plus saisissante. Dans les L\u00e4ndler et la valse du deuxi\u00e8me mouvement, il en respecte \u00e0 la fois l\u2019\u00e9lan populaire et la verve ironique, sans jamais glisser vers la caricature. Le Rondo-Burleske, men\u00e9 jusqu\u2019aux limites des capacit\u00e9s techniques de l\u2019orchestre, d\u00e9ploie sous sa baguette une \u00e9nergie incandescente mais toujours ma\u00eetris\u00e9e, suspendue sur le seuil du d\u00e9lire \u2014 d\u00e9lire pleinement atteint, comme il se doit, dans ses deux \u00e9lans conclusifs. L\u2019Adagio final s\u2019\u00e9panouit quant \u00e0 lui dans une lenteur habit\u00e9e, empreinte d\u2019une noblesse grave, o\u00f9 la respiration du temps semble rejoindre la lucidit\u00e9 tragique d\u2019un homme face \u00e0 la fatalit\u00e9 imminente de son destin.<\/p>\n<p>L\u2019orchestre, en grande forme, a r\u00e9pondu \u00e0 cette vision avec une belle coh\u00e9sion. Les premi\u00e8res chaises, tour \u00e0 tour mises \u00e0 l\u2019\u00e9preuve par des traits redoutables, ont d\u00e9ploy\u00e9 la richesse singuli\u00e8re de leur timbre, leur virtuosit\u00e9 et une musicalit\u00e9 raffin\u00e9e : bois chatoyants d\u2019une pr\u00e9cision admirable, cuivres per\u00e7ants multipliant les effets de timbre, cordes homog\u00e8nes et soyeuses.\u00a0Remarquable aussi dans la section <em>Wie ein schwere Kondukt <\/em>(comme un cort\u00e8ge fun\u00e8bre) du premier mouvement, l&rsquo;utilisation des trois cloches graves, d&rsquo;une profondeur quasi tellurique et qui ont tiss\u00e9 au c\u0153ur de la texture orchestrale un glas lointain et solennel. Leur r\u00e9sonance de bronze, sp\u00e9cialement coul\u00e9e pour l&rsquo;OSM, ajoutait \u00e0 ce passage une couleur unique, m\u00ealant majest\u00e9 et recueillement tout en annon\u00e7ant la ferveur fun\u00e8bre de l&rsquo;Adagio final.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble formait un groupe soud\u00e9, anim\u00e9 par une m\u00eame direction artistique et un m\u00eame id\u00e9al d\u2019excellence, reflet de la complicit\u00e9 que <strong>Payare<\/strong> a su instaurer depuis son arriv\u00e9e. Cette unit\u00e9 trouva son aboutissement dans les derni\u00e8res pages de la symphonie o\u00f9 l\u2019orchestre, enti\u00e8rement recueilli, sembla se fondre dans le souffle du chef. La derni\u00e8re page, donn\u00e9e dans un silence quasi mystique, vit <strong>Payare<\/strong> laisser les cordes \u00e9tioler les ultimes mesures dans un v\u00e9ritable <em>pianississimo<\/em> d\u2019une puret\u00e9 bouleversante. Saisie par cette intensit\u00e9 fragile, la salle demeura suspendue, comme happ\u00e9e dans une communion silencieuse, hors du temps \u2014 un moment rare o\u00f9 la musique a sembl\u00e9 d\u00e9passer sa propre mat\u00e9rialit\u00e9.<\/p>\n<p>Le programme est repris ce soir \u00e0 19 h 30, toujours \u00e0 la Maison symphonique.\u00a0 <a href=\"https:\/\/mon.osm.ca\/overview\/3669?queueittoken=e_safetynetfr~ts_1760623794~ce_true~rt_safetynet~h_c1c6dc4e0ca6f64073a6a0915cc45a62cc8461b6e160dfd2b5727938f117d88f\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">D\u00c9TAILS ET BILLETS\u00a0<\/a><\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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