{"id":89840,"date":"2025-09-30T03:06:26","date_gmt":"2025-09-30T07:06:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=89840"},"modified":"2025-10-05T00:50:15","modified_gmt":"2025-10-05T04:50:15","slug":"critique-18","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/09\/30\/critique-18\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Don Giovanni : mise en sc\u00e8ne complexe, accompagnement superficiel"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_89889\" aria-describedby=\"caption-attachment-89889\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-89889\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/09\/Copie-de-CRITIQUE5.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/09\/Copie-de-CRITIQUE5.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/09\/Copie-de-CRITIQUE5-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/09\/Copie-de-CRITIQUE5-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/09\/Copie-de-CRITIQUE5-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-89889\" class=\"wp-caption-text\">(Photo : Vivien Gaumond \/ Op\u00e9ra de Montr\u00e9al)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Personnellement, ce que je consid\u00e8re \u00eatre la production id\u00e9ale d&rsquo;un op\u00e9ra de Mozart en est une pr\u00e9sent\u00e9e dans un petit th\u00e9\u00e2tre sur instruments d&rsquo;\u00e9poque avec une distribution de voix l\u00e9g\u00e8res rompues aux codes de cette musique. Je savais bien s\u00fbr que les conditions offertes par la salle Wilfrid-Pelletier \u00e9taient bien loin de ce contexte r\u00eav\u00e9. Je n&rsquo;allais quand m\u00eame pas me priver d&rsquo;aller y voir <em>Don Giovanni<\/em>, tout en sachant qu&rsquo;il me serait n\u00e9cessaire de mettre beaucoup d&rsquo;eau dans mon vin. Pour ceux et celles ayant d&rsquo;autres attentes, le spectacle mis en sc\u00e8ne par <strong>Stephen Lawless<\/strong> pr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al jusqu&rsquo;au 5 octobre leur fera passer une soir\u00e9e r\u00e9ussie.<\/p>\n<p>Le chanteur d\u00e9montrant la meilleure compr\u00e9hension des finesses de l&rsquo;\u00e9criture mozartienne est <strong>Anthony<\/strong> <strong>Gregory<\/strong>, qui tient le r\u00f4le de Don Ottavio. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;avoir entendu que j&rsquo;ai appris qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 \u00ab\u00a0t\u00e9nor mozartien \u00e0 suivre\u00a0\u00bb, confirmant son statut de l&rsquo;interpr\u00e8te ayant la meilleure ma\u00eetrise de ce style (bien au-del\u00e0 de ce qui \u00e9manait de la fosse, o\u00f9 l&rsquo;on avait affaire \u00e0 un chef ne d\u00e9montrant aucune expertise dans ce r\u00e9pertoire sp\u00e9cifique).<\/p>\n<p><strong>John Brancy<\/strong>, dans le r\u00f4le titre, n&rsquo;est pas loin derri\u00e8re Gregory en terme de pose et de souplesse de la voix (Air du champagne impeccable). Errai-je en lisant dans son interpr\u00e9tation par moment presque flamboyante (le soin qu&rsquo;il met au choix de ses v\u00eatements et de ses perruques, le mouvement des hanches lorsque chauss\u00e9 de talons hauts) et son attitude envers Leporello la repr\u00e9sentation d&rsquo;un Giovanni \u00e0 l&rsquo;homosexualit\u00e9 r\u00e9prim\u00e9e, passant avec m\u00e9pris de conqu\u00eate en conqu\u00eate pour se distraire de ses r\u00e9elles attractions? Si c&rsquo;\u00e9tait intentionnel, c&rsquo;est fait avec \u00e9norm\u00e9ment de subtilit\u00e9 : en tant que membre du public, on est libre d&rsquo;accepter cette vision ou pas sans que \u00e7a n&rsquo;entrave le reste de notre lecture. Si ce n&rsquo;\u00e9tait pas intentionnel &#8230; \u00e7a devrait l&rsquo;\u00eatre! Plus j&rsquo;y pense et plus c&rsquo;est une lecture du personnage qui a du sens, lui apportant une dimension plus complexe et nous permettant de le consid\u00e9rer avec, si pas tout \u00e0 fait de la sympathie, au moins un peu de piti\u00e9.<\/p>\n<p>Cela donne un sens \u00e9galement aux sc\u00e8nes de s\u00e9duction \u00e0 la suavit\u00e9 froide, que <strong>Brancy<\/strong> joue en maintenant un degr\u00e9 de distance et de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Cette th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 est aussi int\u00e9gr\u00e9e volontairement dans la mise en sc\u00e8ne, certains moments comme la r\u00e9ception de mariage chez Don Giovanni prenant des allures de tableau. Je croyais d&rsquo;abord que les faux instrumentistes sur sc\u00e8ne faisaient appel \u00e0 la suspension d&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9 et devaient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme vrais dans l&rsquo;univers de l&rsquo;op\u00e9ra, mais \u00e0 la r\u00e9flexion, je crois que c&rsquo;est un double bluff : ces faux musiciens sont en fait un indice que toute la vie de Don Giovanni est une mise en sc\u00e8ne et qu&rsquo;il jette constamment de la poudre aux yeux de son entourage.<\/p>\n<p>En int\u00e9grant dans certains tableaux de figurantes muettes repr\u00e9sentant les victimes bafou\u00e9es de Don Giovanni, <strong>Lawless<\/strong> a aussi trouv\u00e9 un moyen simple, mais percutant de transformer celles-ci de noms cyniquement not\u00e9s dans un catalogue de conqu\u00eates en personnes en chair et en os dont le destin a \u00e9t\u00e9 ravag\u00e9 par les actions du violeur imp\u00e9nitent.<\/p>\n<p>L&rsquo;ex\u00e9cution musicale ne s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve malheureusement pas au m\u00eame niveau de finesse, de subtilit\u00e9 et de richesse. Ce n&rsquo;est certainement pas la faute de Mozart, qui offre tout ce qu&rsquo;il faut en mati\u00e8re \u00e0 creuser. C&rsquo;\u00e9tait un mauvais pari que de jumeler un jeune chef (<strong>Kensho Watanabe<\/strong>) dont la carri\u00e8re \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ra se d\u00e9veloppe rapidement mais qui, en autant que j&rsquo;aie pu d\u00e9couvrir, ne poss\u00e8de pas de rapport approfondi avec les \u0153uvres lyriques de Mozart, avec un orchestre <em>ad hoc<\/em> (portant il est vrai le nom d&rsquo;<strong>I<\/strong> <strong>Musici<\/strong>, mais aux effectifs pratiquement doubl\u00e9s en nombre pour int\u00e9grer les vents et timbales) peu rompu non seulement aux op\u00e9ras de Mozart, mais \u00e0 l&rsquo;accompagnement d&rsquo;op\u00e9ra en g\u00e9n\u00e9ral, et de leur confier la t\u00e2che d&rsquo;accompagner un op\u00e9ra \u00e0 la symbolique complexe et charg\u00e9e, \u00e9crit dans un langage musical dont la ma\u00eetrise constitue une sp\u00e9cialisation.<\/p>\n<p>Mozart ne peut pas \u00eatre jou\u00e9 de fa\u00e7on superficielle. Pourquoi cette dissonance soudaine dans la reprise de la section principale de l&rsquo;Air du catalogue? Pourquoi ce chromatisme fluide dans \u00ab\u00a0La ci darem la mano\u00a0\u00bb? Pourquoi ce style rappelant Handel dans les airs de Donna Elvira, mais jamais repris ailleurs? C&rsquo;est la t\u00e2che du chef d&rsquo;orchestre de faire parler ces moments au sein du cadre de lecture \u00e9tabli par la mise en sc\u00e8ne &#8211; en tout cas, de faire quelque chose avec. C&rsquo;est ne rien faire qui est impardonnable. (Je suis au courant des contraintes de temps de r\u00e9p\u00e9tition jamais suffisant, mais tout le monde fait face au m\u00eame d\u00e9fi.)<\/p>\n<p>Je salue l&#8217;emploi du pianoforte, jou\u00e9 par <strong>Esther Gonthier<\/strong>, pour les r\u00e9citatifs, mais je regrette \u00e0 l&rsquo;orchestre la sonorit\u00e9 trop diffuse, le phras\u00e9 peu sculpt\u00e9 et le pass\u00e9 outre d&rsquo;harmonies ou d&rsquo;intervalles significatifs. Au-del\u00e0 de ces questions stylistiques, la premi\u00e8re de samedi soir \u00e9tait encore un peu \u00ab\u00a0verte\u00a0\u00bb : des flottements se sont fait sentir entre la fosse et la sc\u00e8ne, et le rythme de l&rsquo;action n&rsquo;avait pas encore acquis la vivacit\u00e9 exig\u00e9e par les revirements rapides. Je ne doute pas que ces aspects s&rsquo;estomperont au fil des repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p>Quelqu&rsquo;un pour qui ces fautes ne rev\u00eatent pas la m\u00eame importance trouvera plein d&rsquo;aspects satisfaisants \u00e0 appr\u00e9cier, dont les qualit\u00e9s vocales de <strong>Kirsten Leblanc<\/strong> en Donna Anna et celles de <strong>Sophie Naubert<\/strong> incarnant une Zerlina \u00e9veill\u00e9e et coquine. J&rsquo;\u00e9tais heureuse de la voir dans ce r\u00f4le qui joue en plein dans ses forces. <strong>Andrea Nunez<\/strong> a eu des hauts et des bas en tant que Donna Elvira, mais les hauts laissent esp\u00e9rer qu&rsquo;elle prenne rapidement son aise dans ce r\u00f4le. <strong>Ruben Drole<\/strong> (Leporello) est une d\u00e9couverte int\u00e9ressante, avec une voix \u00e0 l&rsquo;\u00e9mission facile et r\u00e9sonnante. <strong>William<\/strong> <strong>Meinert<\/strong> fait un Commandatore d\u00e9licieusement spectral, avec une voix \u00e9manant r\u00e9ellement des profondeurs inqui\u00e9tantes. Le r\u00f4le de Masetto est plut\u00f4t ingrat, et la prestation un peu anodine de <strong>Matthew Li\u00a0<\/strong>ne le rehausse pas particuli\u00e8rement.<\/p>\n<p>Les prochaines repr\u00e9sentations ont lieu le 30 septembre et les 2 et 5 octobre.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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Pour ceux et celles ayant d&rsquo;autres attentes, le spectacle mis en sc\u00e8ne par Stephen Lawless pr\u00e9sent\u00e9 par l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al jusqu&rsquo;au 5 octobre leur fera passer une soir\u00e9e r\u00e9ussie.<\/p>\n","protected":false},"author":55,"featured_media":89889,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[42299],"tags":[42300,2498],"yst_prominent_words":[9842,10006,11180,8138,13990,13993,10538,15725,11152,11145,7694,7859,9811,6886,9841,11149,10541,9971],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/09\/Copie-de-CRITIQUE5.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9bdYt-nn2","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89840"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/55"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=89840"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89840\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":89970,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89840\/revisions\/89970"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/89889"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=89840"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=89840"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=89840"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=89840"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}