{"id":88089,"date":"2025-05-29T12:15:52","date_gmt":"2025-05-29T16:15:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=88089"},"modified":"2025-05-29T14:00:02","modified_gmt":"2025-05-29T18:00:02","slug":"critique-cloture-de-saison-losm-soiree-en-decrescendo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/05\/29\/critique-cloture-de-saison-losm-soiree-en-decrescendo\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Cl\u00f4ture de saison \u00e0 l&rsquo;OSM\u00a0: Soir\u00e9e en decrescendo"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_88095\" aria-describedby=\"caption-attachment-88095\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-88095\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE14.jpg\" alt=\"Emma Pennell et \u00c9lisabeth St-Gelais avec l'OSM et Rafael Payare. (Photo : Gabriel Fournier)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE14.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE14-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE14-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE14-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-88095\" class=\"wp-caption-text\">Emma Pennell et \u00c9lisabeth St-Gelais avec l&rsquo;OSM et Rafael Payare. (Photo : Gabriel Fournier)<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;<strong>Orchestre symphonique de Montr\u00e9al<\/strong> (OSM) et <strong>Rafael Payare<\/strong> terminaient leur saison avec <em>Das Lied von der Erde<\/em> (<em>Le chant de la terre<\/em>) de Mahler, poursuivant le cycle mahl\u00e9rien entam\u00e9 par le chef. Ce n&rsquo;est \u00e9tonnamment pas le monument vocal et symphonique du compositeur autrichien qui retiendra l&rsquo;attention. On aurait souhait\u00e9 une soir\u00e9e qui se construit, o\u00f9 chaque nouvel \u00e9l\u00e9ment successif participe \u00e0 un chemin exaltant vers une apoth\u00e9ose. Eh bien non, on aura eu le chemin inverse! Ce n&rsquo;est pas tant que le point culminant \u00e9tait d\u00e9cevant, mais que les \u00e9l\u00e9ments les plus m\u00e9morables auront \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s au d\u00e9but du parcours musical.<\/p>\n<h3>Premi\u00e8re partie autochtone<\/h3>\n<p>En phase avec certaines conceptions philosophiques du <em>Chant de la terre<\/em>, l&rsquo;<strong>OSM<\/strong> a pass\u00e9 deux commandes \u00e0 des artistes (presque tous) autochtones, cr\u00e9ations propos\u00e9es en premi\u00e8re partie du concert. Avant de laisser la place \u00e0 ces cr\u00e9ations, une courte c\u00e9r\u00e9monie de teueikan, tambour innu, a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e sous la gouverne de <strong>Charles-Api Bellefleur<\/strong>. Car oui, le concert est une forme de c\u00e9r\u00e9monie, un rituel aux vis\u00e9es spirituelles qui se veut \u00e0 l&rsquo;image d&rsquo;un humanisme universel. Alors tant qu&rsquo;\u00e0 convoquer des voix autochtones \u00e0 cette c\u00e9r\u00e9monie, autant les inviter \u00e0 y participer en int\u00e9grant leurs rituels aux n\u00f4tres. C&rsquo;est surprenant, hors du commun, mais cela fait partie de l&rsquo;\u00e9change et du partage, et enrichit ainsi chaque communaut\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_88093\" aria-describedby=\"caption-attachment-88093\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-88093\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/OSM_Charles-Api-Bellefleur-teueikan_Gabriel-Fourneir.jpg\" alt=\"Charles-Api Bellefleur proc\u00e9dant \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d'ouverture avec le teueikan. (Photo : Gabriel Fournier)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/OSM_Charles-Api-Bellefleur-teueikan_Gabriel-Fourneir.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/OSM_Charles-Api-Bellefleur-teueikan_Gabriel-Fourneir-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/OSM_Charles-Api-Bellefleur-teueikan_Gabriel-Fourneir-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/OSM_Charles-Api-Bellefleur-teueikan_Gabriel-Fourneir-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-88093\" class=\"wp-caption-text\">Charles-Api Bellefleur proc\u00e9dant \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;ouverture avec le teueikan. (Photo : Gabriel Fournier)<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>You Can Die Properly<\/em> d&rsquo;<strong>Ana Sokolovi\u0107<\/strong> vise juste et touche les c\u0153urs. Le texte sign\u00e9 <strong>Michelle Sylliboy<\/strong> aborde le drame des enfants autochtones arrach\u00e9s \u00e0 leur famille pour \u00eatre plac\u00e9s dans des pensionnats desquels ils et elles ne sont jamais revenu\u00b7e\u00b7s. Cela aurait pu \u00eatre outranci\u00e8rement dramatique, mais l&rsquo;intelligence des artistes aura \u00e9t\u00e9 de concevoir l\u2019\u0153uvre comme une \u00e9l\u00e9gie fun\u00e8bre. Dans la spiritualit\u00e9 autochtone, la mort n&rsquo;est pas une fin en soi, mais une \u00e9tape dans l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;\u00e2me. Or cette \u00e9tape se doit d&rsquo;avoir le rite fun\u00e9raire appropri\u00e9. Pour tous ces enfants qui n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 ad\u00e9quatement accompagn\u00e9s dans la mort, ce po\u00e8me et cette musique offraient ce rite, prenaient en charge ce cheminement spirituel, non pas dans la ranc\u0153ur, mais dans une bienveillance douce et chaleureuse, sans pour autant \u00e9vacuer toute tristesse.<\/p>\n<p>La qualit\u00e9 de l&rsquo;inspiration musicale et le propos du texte \u2013 chant\u00e9 en langue Mi&rsquo;kmaq et illustr\u00e9 par des hi\u00e9roglyphes traditionnels \u00e0 cette langue, projet\u00e9s en direct \u2013 pla\u00e7aient la barre haute! La suite du concert, pourtant imbue de ses propres qualit\u00e9s, p\u00e2tissait face \u00e0 la puissance de cette cr\u00e9ation.<\/p>\n<h3>Po\u00e9sie et musique<\/h3>\n<p>Pour la seconde cr\u00e9ation, <em>Un cri s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve en moi<\/em> de <strong>Ian Cusson<\/strong>, c&rsquo;est le texte de la po\u00e9tesse <strong>Natasha Kanap\u00e9 Fontaine<\/strong> qui marque l&rsquo;imaginaire. L&rsquo;aspect tellurique qui le rattache au <em>Chant de la terre<\/em> s&rsquo;exprime dans la force vitale du cycle de la vie port\u00e9 par les femmes autochtones. Un vers frappe l&rsquo;esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis le po\u00e8me de l&rsquo;existence.\u00a0\u00bb C&rsquo;est dire \u00e0 quel point que la po\u00e9sie \u00e9tait ici l\u2019essence du propos. La partition d&rsquo;<strong>Ian Cusson<\/strong> \u2013 efficace, tr\u00e8s bien orchestr\u00e9e et au langage consonant des plus accessible \u2013 accompagnait bien le texte, mais ne le transcendait nullement. La charge \u00e9motive \u00e9tait certes moindre apr\u00e8s l\u2019\u0153uvre de <strong>Sokolovi\u0107<\/strong>, mais nous ne boudions pas notre plaisir pour autant. C&rsquo;\u00e9tait une cr\u00e9ation d&rsquo;une qualit\u00e9 notable.<\/p>\n<p>On a confi\u00e9 \u00e0 deux interpr\u00e8tes autochtones les partitions vocales\u00a0: <strong>Emma Pennell<\/strong> qui a chant\u00e9 l&rsquo;\u0153uvre de<strong> Sokolovi\u0107<\/strong> avec une profondeur visc\u00e9rale, et <strong>\u00c9lisabeth St-Gelais<\/strong> qui portait l\u2019\u0153uvre de <strong>Cusson<\/strong> \u00e0 bout de bras, soutenues par un <strong>OSM<\/strong> engag\u00e9 et surtout par la direction respectueuse et attentive de <strong>Rafael Payare<\/strong>.<\/p>\n<h3>Un anti-sommet comme plat de r\u00e9sistance<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s la pause, place au <em>Chant de la terre<\/em>. On aurait souhait\u00e9 que toute cette c\u00e9r\u00e9monie m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;apoth\u00e9ose : le r\u00e9sultat aura \u00e9t\u00e9 bien, sans plus. Il faut quand m\u00eame souligner les forces vives de l&rsquo;orchestre : cuivres et vents splendides, qui donnaient de la saveur et du mordant \u00e0 de nombreux passages de la partition. L&rsquo;interpr\u00e9tation de <strong>Payare<\/strong> manque peut-\u00eatre un peu de liant, de d\u00e9ploiement sur la grande forme, mais il dynamise plusieurs passages dans un esprit dramatique, voire th\u00e9\u00e2tral, tout au service du texte que la musique transcende ici avec \u00e9loquence.<\/p>\n<p>La distribution vocale \u00e9tait \u00e9tonnante dans la mesure o\u00f9 le meilleur c\u00f4toyait le pire. Non, ce n&rsquo;est pas vrai, ce n&rsquo;est pas vraiment le pire (l&rsquo;expression est facile mais n&rsquo;est pas judicieuse ici), mais plut\u00f4t des faits parfois incoh\u00e9rents ou divergents qui surprennent et qui ne convainquent pas toujours.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_88094\" aria-describedby=\"caption-attachment-88094\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-88094\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/OSM-28-mai-2025_Michelle-DeYoung-Rafael-Payare-Nikolai-Schukoff_Gabriel-Fournier.jpg\" alt=\"Michelle DeYoung, Rafael Payare et Nikola\u00ef Schukoff. 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(Photo : Gabriel Fournier)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le t\u00e9nor <strong>Nikola\u00ef Schukoff<\/strong> a la voix pour ce type de partition. Il a aussi l&rsquo;esprit cabotin et goguenard, ce qui peut \u00eatre ad\u00e9quat, mais avec mod\u00e9ration. Le dosage \u00e9tait ici tr\u00e8s in\u00e9gal, parfois au d\u00e9triment de la partition. On pourrait mettre \u00e7a sur le dos d&rsquo;une proposition d&rsquo;interpr\u00e9tation tr\u00e8s personnelle, \u00e7a passe encore. Mais lorsqu&rsquo;il ne chante pas, Schukoff s&rsquo;exprime immod\u00e9r\u00e9ment par un langage corporel presque de mauvais go\u00fbt. Assis durant les mouvements destin\u00e9s \u00e0 la mezzo, il bouge au gr\u00e9 de la musique, en ressent chaque inflexion, quand il n&rsquo;est pas carr\u00e9ment en train de se tourner vers le pupitre des violons pour les observer en pleine action!<\/p>\n<p>Je reste mitig\u00e9 face \u00e0 cela. Je comprends que la musique puisse nous faire vivre des \u00e9motions telles que le corps y r\u00e9agit physiquement (et je suis certainement parmi ceux qui le vivent ainsi), mais dans le d\u00e9corum du concert, ce chanteur attirait l&rsquo;attention sur lui alors que le propos \u00e9tait ailleurs.<\/p>\n<p>Cet ailleurs, c&rsquo;est la mezzo am\u00e9ricaine <strong>Michelle DeYoung<\/strong>, qui chante cette partition depuis de nombreuses ann\u00e9es. Elle offre certes une interpr\u00e9tation impr\u00e9gn\u00e9e de maturit\u00e9, mais sans surprise. La voix est belle, bien que pas toujours \u00e9gale dans la projection, et la chanteuse surjoue certains passages par des mimiques et des mouvements superflus. Pas autant que son coll\u00e8gue masculin, mais on croirait qu&rsquo;elle se laisse un peu influencer par ce dernier, volontairement ou non!<\/p>\n<p>On aurait esp\u00e9r\u00e9 un crescendo vers ce sommet du r\u00e9pertoire qu&rsquo;est le <em>Chant de la terre<\/em>, mais ce ne f\u00fbt pas le cas. L&rsquo;\u00e9motion du d\u00e9but du concert n&rsquo;aura pas \u00e9t\u00e9 \u00e9gal\u00e9e ou surpass\u00e9e par la suite. Nous avons eu droit \u00e0 une performance de qualit\u00e9 sans \u00eatre marquante.<\/p>\n<p>Capt\u00e9 en direct pour medici.tv, le concert sera diffus\u00e9 le 4 juin sur Mezzo. Je serais curieux de savoir ce que l&rsquo;\u00e9quipe de diffusion aura choisi de montrer aux t\u00e9l\u00e9spectateurs &#8230;<\/p>\n<div class=\"avatar-container ng-tns-c445575518-179 ng-trigger ng-trigger-scaleDown\">\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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