{"id":88027,"date":"2025-05-26T10:53:20","date_gmt":"2025-05-26T14:53:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=88027"},"modified":"2025-05-26T14:00:02","modified_gmt":"2025-05-26T18:00:02","slug":"critique-concert-la-memoire-de-jocelyn-morlock-la-smcq-de-musique-et-dhumanite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/05\/26\/critique-concert-la-memoire-de-jocelyn-morlock-la-smcq-de-musique-et-dhumanite\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Concert \u00e0 la m\u00e9moire de Jocelyn Morlock \u00e0 la SMCQ\u00a0: De musique et d&rsquo;humanit\u00e9"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_88028\" aria-describedby=\"caption-attachment-88028\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-88028\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE13.jpg\" alt=\"Jocelyn Morlock (Photo : courtoisie SMCQ)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE13.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE13-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE13-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE13-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-88028\" class=\"wp-caption-text\">Jocelyn Morlock (Photo : courtoisie SMCQ)<\/figcaption><\/figure>\n<p>La <strong>Soci\u00e9t\u00e9 de musique contemporaine du Qu\u00e9bec<\/strong> (<strong>SMCQ<\/strong>) concluait sa 59<sup>e<\/sup> saison par un concert \u00e0 la m\u00e9moire de la compositrice <strong>Jocelyn Morlock<\/strong>. Originaire du Manitoba, Jocelyn Morlock vivait et travaillait \u00e0 Vancouver, et jouissait d&rsquo;une carri\u00e8re florissante quand elle est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e subitement en 2023 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 53 ans. Ce programme copieux lui rendant hommage \u00e9tait \u00e0 la fois une c\u00e9l\u00e9bration de sa musique et une c\u00e9l\u00e9bration de son humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Permettez ici ce t\u00e9moignage tr\u00e8s personnel. J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de rencontrer et de c\u00f4toyer Jocelyn Morlock en f\u00e9vrier 2013, alors qu&rsquo;elle et moi \u00e9tions au programme d&rsquo;un concert de l&rsquo;ECM+. J&rsquo;y ai d\u00e9couvert non seulement une compositrice de talent, mais aussi une personnalit\u00e9 radieuse \u00e0 l&rsquo;esprit vif. La nouvelle de sa mort subite et pr\u00e9matur\u00e9e m&rsquo;avait profond\u00e9ment attrist\u00e9 et j&rsquo;ai alors constat\u00e9 \u00e0 quel point elle \u00e9tait une artiste appr\u00e9ci\u00e9e de ses pairs. Ce concert d\u00e9di\u00e9 \u00e0 sa m\u00e9moire m&rsquo;est apparu tout aussi essentiel qu&rsquo;incontournable.<\/p>\n<h3>Renouveler la formule du concert<\/h3>\n<p>On ne peut certainement pas reprocher \u00e0 la <strong>SMCQ<\/strong> de s\u2019encro\u00fbter dans la routine. \u00c0 chaque \u00e9v\u00e9nement, cette derni\u00e8re cherche \u00e0 red\u00e9finir le d\u00e9corum du concert traditionnel : on essaie de nouvelles formules, de nouvelles fa\u00e7ons de vivre l&rsquo;exp\u00e9rience de la musique. On a donc con\u00e7u ce concert comme une suite unifi\u00e9e, notamment en demandant au public de ne pas applaudir entre les \u0153uvres, \u00ab afin de pr\u00e9server la fluidit\u00e9 du programme \u00bb peut-on lire justement dans le livret imprim\u00e9. L&rsquo;intention est louable : on souhaite id\u00e9alement vivre un moment de r\u00e9flexion, d&rsquo;introspection, fr\u00f4ler l&rsquo;exp\u00e9rience mystique peut \u00eatre! Cependant, comme il y avait entre presque toutes les \u0153uvres du concert l&rsquo;entr\u00e9e et la sortie de nombreux\u00b7ses musicien\u00b7ne\u00b7s, en plus des changements dans la configuration des lutrins et des chaises, force est de constater que malgr\u00e9 la retenue des applaudissements, la \u00ab fluidit\u00e9 du programme \u00bb \u00e9tait mise \u00e0 mal.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s&rsquo;ajoute l&rsquo;installation de ces nombreuses chandelles \u00e0 batterie qui tente de recr\u00e9er une ambiance emprunt\u00e9e aux concerts \u00ab Candlelight \u00bb, sans pour autant convaincre. Effets pervers de la popularit\u00e9 de ces derniers, cette disposition rend l\u2019exercice plus qu\u00e9taine que r\u00e9ellement inspir\u00e9. Dommage, car la chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours offrait un bel \u00e9crin pour accueillir cette c\u00e9r\u00e9monie sonore d&rsquo;une grande sinc\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<h3>Hommages sentis<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement commen\u00e7a par une cr\u00e9ation de <strong>Samy Moussa<\/strong>, une \u0153uvre tout en recueillement plaintif jou\u00e9e avec sensibilit\u00e9 par la hautbo\u00efste <strong>M\u00e9lanie Harel<\/strong>. Plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la chapelle, \u00e9clair\u00e9 par les derniers feux du soleil qui rendaient les vitraux incandescents, nous avions l&rsquo;impression de vivre une c\u00e9r\u00e9monie proche des V\u00eapres, c\u00e9l\u00e9brant la vie sur la mort, la lumi\u00e8re sur l&rsquo;obscurit\u00e9, au moment m\u00eame o\u00f9 cette derni\u00e8re semble prendre les devants. Cette atmosph\u00e8re mystique sera finalement de courte dur\u00e9e, car les \u0153uvres qui suivront seront tr\u00e8s diff\u00e9rentes les unes des autres.<\/p>\n<p>Avec <em>Volador<\/em>, le compositeur mexicano-canadien <strong>Luis Ramirez<\/strong> offrait une \u0153uvre vivante de bonne facture. Or l&rsquo;esprit rythm\u00e9 et dionysiaque de cette musique cadrait mal avec l&rsquo;hommage posthume \u00e0 Morlock, mais comme cette derni\u00e8re avait agi \u00e0 titre de mentor pour la composition de cette \u0153uvre, l&rsquo;apport de Ramirez prenait du sens. D&rsquo;autant plus que ce trio pour fl\u00fbte, alto et harpe permettait d&rsquo;introduire <em>The uses of solitude<\/em> de Morlock, \u0153uvre con\u00e7ue pour la m\u00eame instrumentation.<\/p>\n<p>Cette partition ambitieuse se d\u00e9ploie sur 20 minutes. Si la forme semble tr\u00e8s libre, la narration sonore est si puissante qu&rsquo;on se laisse emporter dans ce voyage complexe o\u00f9 le chemin bifurque abondamment vers des revirements saugrenus. Si la route n&rsquo;est pas sans emb\u00fbches, elle atteint n\u00e9anmoins son but avec une section finale d&rsquo;une beaut\u00e9 sublime. Est-ce une chaconne, je n&rsquo;en suis pas certain (il faudrait plonger dans la partition pour l&rsquo;analyser), mais cette musique comporte les traits caract\u00e9ristiques de cette forme ancienne qui structure le discours avec une soudaine clart\u00e9, coupl\u00e9e \u00e0 une \u00e9motion lumineuse et \u00e0 un lyrisme g\u00e9n\u00e9reux. Du grand art!<\/p>\n<h3>Musiques vibrantes<\/h3>\n<p><em>Sivunittinni<\/em> de l&rsquo;iconoclaste <strong>Tanya Tagaq<\/strong> suivait dans un tout autre registre. L&rsquo;arrangement pour quatuor \u00e0 cordes, sign\u00e9 <strong>Jacob Garchik<\/strong>, d\u00e9voilait tout le grondement visc\u00e9ral de cette musique qui nous happe avec puissance. J&rsquo;avoue ne pas avoir compris en quoi cette \u0153uvre participait \u00e0 la comm\u00e9moration de la compositrice disparue, mais le plaisir de vivre une interpr\u00e9tation aussi engag\u00e9e de cette musique justifiait amplement sa pr\u00e9sence au programme.<\/p>\n<p>Encha\u00eenait ensuite <em>you are a vessel for joy<\/em>, cr\u00e9ation de <strong>Rita Ueda<\/strong> sur un texte de <strong>rogerallenward,<\/strong> une commande sp\u00e9cifiquement d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la m\u00e9moire de Jocelyn Morlock. Cette partition pour quatuor \u00e0 cordes, cor anglais et ensemble vocal usait avec intelligence de l&rsquo;espace sonore des lieux et pr\u00e9sentait une dramatisation musicale presque th\u00e9\u00e2trale du texte. Habile et fonci\u00e8rement belle, cette \u0153uvre souffrait n\u00e9anmoins de quelques longueurs,<\/p>\n<p>Retour \u00e0 Morlock avec <em>Exaudi<\/em>, interpr\u00e9t\u00e9e avec finesse par les chanteurs\u00b7euses de <strong>Voces Boreales<\/strong>, sous la direction d&rsquo;<strong>Andrew Gray<\/strong>, auxquels s&rsquo;est jointe la violoncelliste <strong>Chlo\u00e9 Dominguez<\/strong>, dont le jeu investi se mariait avec bonheur aux voix. Quelle musique bouleversante! C&rsquo;est un exemple \u00e9loquent d&rsquo;une \u00e9criture ancr\u00e9e dans la tradition mais qui r\u00e9sonne avec une sensibilit\u00e9 toute contemporaine, ce qui r\u00e9sume bien la d\u00e9marche cr\u00e9atrice de la regrett\u00e9e compositrice.<\/p>\n<p>Pour clore cette soir\u00e9e riche, la reprise de l\u2019\u0153uvre de Moussa, cette fois entonn\u00e9e en arri\u00e8re sc\u00e8ne, bouclait la boucle de cette c\u00e9r\u00e9monie tout en musique et en humanit\u00e9.<\/p>\n<h3>Et les laur\u00e9ats sont &#8230;<\/h3>\n<p>Signalons qu&rsquo;avant le concert, la <strong>SMCQ<\/strong> et le <strong>Centre de musique canadienne au Qu\u00e9bec<\/strong> ont profit\u00e9 de la soir\u00e9e pour d\u00e9voiler les laur\u00e9ats de l&rsquo;\u00e9dition 2025 du <strong>Prix coll\u00e9gien de musique contemporaine<\/strong>. Le r\u00e9cipiendaire du 3<sup>e<\/sup> prix est <strong>Gilles Gobeil<\/strong>, \u00e9lectroacousticien au m\u00e9tier solide et \u00e0 la d\u00e9marche profonde. Le 2<sup>e<\/sup> prix, lui, est all\u00e9 \u00e0 la compositrice <strong>Marie-Pierre Brasset<\/strong>, dont l&rsquo;art musical tout en finesse m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre plus largement diffus\u00e9. Le premier prix a \u00e9t\u00e9 remis \u00e0 <strong>Alexandre David<\/strong>, dont le talent agile et l&rsquo;esprit vif ont conquis les c\u00e9geppien\u00b7ne\u00b7s, juges impitoyables de ce concours. En plus d&rsquo;une bourse, ce prix comporte une commande d&rsquo;une nouvelle \u0153uvre qui sera \u00e0 l&rsquo;affiche d&rsquo;un concert de la prochaine saison de la SMCQ. Bravo aux laur\u00e9at\u00b7e\u00b7s!<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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