{"id":87997,"date":"2025-05-23T16:30:15","date_gmt":"2025-05-23T20:30:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=87997"},"modified":"2025-05-26T08:00:01","modified_gmt":"2025-05-26T12:00:01","slug":"critique-il-trovatore-lopera-de-quebec-sang-tenebres-et-neon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/05\/23\/critique-il-trovatore-lopera-de-quebec-sang-tenebres-et-neon\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Il trovatore \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec : sang, t\u00e9n\u00e8bres et n\u00e9on"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_88000\" aria-describedby=\"caption-attachment-88000\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-88000\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE12.jpg\" alt=\"Jean-S\u00e9bastien Ouellette situe la version 2025 de l'Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec d'Il trovatore dans un univers de science-fiction faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Star Wars et \u00e0 Dune. (Photo : Jessica Latouche)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE12.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE12-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE12-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/Copie-de-CRITIQUE12-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-88000\" class=\"wp-caption-text\">Jean-S\u00e9bastien Ouellette situe la version 2025 de l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec d&rsquo;Il trovatore dans un univers de science-fiction faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Star Wars et \u00e0 Dune. (Photo : Jessica Latouche)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le metteur en sc\u00e8ne <strong>Jean-S\u00e9bastien Ouellette<\/strong> situe la version 2025 de l&rsquo;<strong>Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec<\/strong> d\u2019<em>Il Trovatore<\/em> dans un univers de science-fiction faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 <em>Star Wars<\/em> et \u00e0 <em>Dune,<\/em> et peut-\u00eatre \u00e0 plusieurs autres films de science-fiction que je suis probablement la seule \u00e0 ne pas avoir vus, mais peu importe! Au moins j&rsquo;en ai vu les affiches.<\/p>\n<p>Ainsi, le Conte di Luna (<strong>Hugo Laporte<\/strong>) et Manrico (<strong>Christophe Berry<\/strong>) se battent en brandissant des sabres lasers de fa\u00e7on inoffensive, comme des petits gar\u00e7ons jouant. Les religieuses sont habill\u00e9es de voiles aux accents n\u00e9on, et Azucena la gitane (<strong>Elena Gabouri<\/strong>) porte sur la t\u00eate un cercle lumineux rouge ressemblant aux anneaux que les gens agitent \u00e0 des concerts rock. L\u2019arm\u00e9e r\u00e9volutionnaire est v\u00eatue d\u2019uniformes rappelant ceux des employ\u00e9s de Postes Canada, ce qui peut avoir du sens puisque la survie d\u2019un syst\u00e8me de messagerie gardant nos envois r\u00e9ellement priv\u00e9s risque de bient\u00f4t faire partie du domaine de la science-fiction.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9fis de la mise en sc\u00e8ne d&rsquo;<em>Il Trovatore<\/em> est la gestion rapide et efficace des huit d\u00e9cors tr\u00e8s diff\u00e9rents pour \u00e9viter que les spectateurs\u00b7ices ne s\u2019ennuient et ne sortent leur t\u00e9l\u00e9phone ou ne d\u00e9ballent bruyamment des bonbons. Le fait de situer chaque sc\u00e8ne sur une plan\u00e8te diff\u00e9rente projet\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9cran du fond, sans plus d&rsquo;accessoires physiques que l&rsquo;occasionnel bloc de faux b\u00e9ton \u00e0 d\u00e9placer, a r\u00e9solu ce probl\u00e8me. Nous d\u00e9duisons de la descente d&rsquo;un engin de type nacelle \u00e9l\u00e9vatrice dans un nuage de fum\u00e9e bleue, au d\u00e9but de l&rsquo;op\u00e9ra, que c&rsquo;est ainsi que les gens voyagent d&rsquo;une plan\u00e8te \u00e0 l&rsquo;autre, bien que la fa\u00e7on dont les gitans peuvent se permettre d&rsquo;acheter des billets de vaisseau spatial, ou d\u2019ailleurs de recharger leurs coiffes n\u00e9on, ne soit pas expliqu\u00e9e.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_88001\" aria-describedby=\"caption-attachment-88001\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-88001\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/IlTrovatore_Opera-de-Quebec_sacrifice_Jessica-Latouche.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/IlTrovatore_Opera-de-Quebec_sacrifice_Jessica-Latouche.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/IlTrovatore_Opera-de-Quebec_sacrifice_Jessica-Latouche-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/IlTrovatore_Opera-de-Quebec_sacrifice_Jessica-Latouche-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/05\/IlTrovatore_Opera-de-Quebec_sacrifice_Jessica-Latouche-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-88001\" class=\"wp-caption-text\">(Photo : Jessica Latouche)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Dans <a href=\"https:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/musique\/880411\/derniers-feux-jean-francois-lapointe-opera-quebec\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">une entrevue r\u00e9cente avec Le Devoir<\/a>, <strong>Jean-Fran\u00e7ois Lapointe<\/strong>, le directeur artistique sortant \u00e0 qui revient le choix de cette \u0153uvre, estime qu\u2019\u00ab aujourd\u2019hui, ce qui est trop figuratif \u00e0 l\u2019op\u00e9ra peut passer facilement pour vieillot \u00bb aupr\u00e8s des amateurs d&rsquo;op\u00e9ra. Pourtant, il est \u00e9galement possible que le public d&rsquo;op\u00e9ra d\u2019aujourd\u2019hui ressemble davantage aux publics italiens des ann\u00e9es 1850, ou au premier public de Qu\u00e9bec qui l&rsquo;a vu seulement six ans apr\u00e8s sa composition, et pr\u00e9f\u00e8re un r\u00e9alisme \u00e9motionnel fort dans un style plus litt\u00e9ral. Les publics d\u2019aujourd\u2019hui sont par ailleurs d\u00e9j\u00e0 inond\u00e9s de films de science-fiction \u2026<\/p>\n<p>\u00c0 premi\u00e8re vue, il est beaucoup trop facile de se moquer de l&rsquo;intrigue ridiculement horrible d&rsquo;<em>Il Trovatore<\/em>. Azucena la gitane voit sa m\u00e8re br\u00fbl\u00e9e sur le b\u00fbcher, et en guise de vengeance, jette le fils du responsable sur le feu \u2013 mais h\u00e9las! elle jette par erreur son propre fils sur le feu \u00e0 la place. Une autre femme (Leonora, chant\u00e9e par <strong>Irina Stopina<\/strong>) couche avec l\u2019homme qui lui fait la cour (Conte di Luna) pour sauver la vie de son v\u00e9ritable amour (Manrico, le Troubadour), puis prend un poison \u00e0 action lente parce que\u2026 eh bien, qui sait pourquoi, vraiment? Quand elle annonce \u00e0 Manrico qu&rsquo;il est libre, celui-ci la r\u00e9primande d&rsquo;avoir couch\u00e9 avec l&rsquo;autre homme, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;elle commence \u00e0 mourir dudit poison \u00e0 action lente, apr\u00e8s quoi il se sent mal de l&rsquo;avoir r\u00e9primand\u00e9e. Finalement, il dit \u00e0 Azucena, celle qui a jet\u00e9 son b\u00e9b\u00e9 sur le feu et qui attend son ex\u00e9cution, qu&rsquo;elle devrait vraiment essayer de dormir un peu &#8211; peut-\u00eatre pour qu&rsquo;elle soit bien repos\u00e9e pour son ex\u00e9cution? Voil\u00e0 justement ce qui a attir\u00e9 Verdi dans la pi\u00e8ce de Gutierrez \u2013 l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9, la bizarrerie exotique, et l\u2019accumulation d&rsquo;une \u00e9motion insupportable apr\u00e8s l&rsquo;autre, comme de l\u2019huile sur le feu.<\/p>\n<p>Une histoire avec de telles contorsions absurdes d&rsquo;amour passionn\u00e9, de jalousie, de vengeance meurtri\u00e8re et de sacrifice qui font passer Sophocle pour Dr Seuss ne peut transmettre sa puissante charge \u00e9motionnelle que lorsqu\u2019elle est interpr\u00e9t\u00e9e de fa\u00e7on convaincante. Cet aspect est si difficile \u00e0 r\u00e9aliser que Caruso a dit (intimidant ainsi tous les chanteurs de <em>Trovatore<\/em> pour le reste de l&rsquo;histoire) que la seule fa\u00e7on d&rsquo;y arriver est de recruter les quatre plus grands chanteurs du monde. Seules les personnes qui chantent Verdi depuis des ann\u00e9es peuvent le faire, et seulement si elles s&rsquo;entra\u00eenent longtemps et assid\u00fbment.<\/p>\n<p>La voix de <strong>Christophe Berry<\/strong> \u00e9tait stellaire. <strong>Elena Gabouri<\/strong>, consum\u00e9e par un feu int\u00e9rieur, a communiqu\u00e9 un authentique sentiment de passion dans les registres aigus et graves, bien que la transition fluide entre les deux lui ait \u00e9chapp\u00e9e. <strong>Hugo Laporte<\/strong> et <strong>Irina Stopina<\/strong> \u00e9taient tous deux incroyables. Cependant, j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu assez de r\u00e9p\u00e9titions sc\u00e9niques pour cette production \u2013 ou peut-\u00eatre trop de temps pass\u00e9 \u00e0 ajuster les n\u00e9ons et les machines \u00e0 fum\u00e9e. Les nuages de mousseline blanche et de fibres arachn\u00e9ennes dissimulant <strong>Irina Stopina<\/strong> distrayaient de son chant et de son jeu divins. Le jeu des hommes, \u00e0 l\u2019inverse, \u00e9tait rigide : la plupart des arias \u00e9taient magnifiquement chant\u00e9es, mais dans une position statuaire directement face au public, au co\u00fbt de l\u2019expression de leur humanit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de leur amour, de leur haine, de leur souffrance. L\u2019\u00e9motion \u00e9veill\u00e9e par une sc\u00e8ne d&rsquo;amour maladroite au sommet d&rsquo;une cage en fil de fer se limitait \u00e0 l\u2019inqui\u00e9tude de voir les chanteurs tomber dans la fosse d&rsquo;orchestre. En termes de jeu d&rsquo;acteur, le seul amour auquel j&rsquo;ai vraiment cru \u00e9tait celui entre Manrico et sa m\u00e8re non-biologique Azucena.<\/p>\n<p>Heureusement, la musique, admirablement interpr\u00e9t\u00e9e par <strong>Federico Tibone <\/strong>et l\u2019<strong>Orchestre<\/strong> <strong>symphonique de Qu\u00e9bec<\/strong>, aide \u00e0 structurer le drame et \u00e0 le faire progresser de mani\u00e8re in\u00e9luctable. Malgr\u00e9 quelques interf\u00e9rences plan\u00e9taires, le feu, le sang et la passion \u00e9taient bien au rendez-vous.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! La musique classique et l\u2019op\u00e9ra en 5 minutes, chaque jour<\/em> <a href=\"https:\/\/ludwig-van.us9.list-manage.com\/subscribe?u=4f785cb3f9058f2393ccad035&amp;id=b9b160c032\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ICI.<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le metteur en sc\u00e8ne Jean-S\u00e9bastien Ouellette situe la version 2025 de l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec d\u2019Il Trovatore dans un univers de science-fiction faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Star Wars et \u00e0 Dune, et peut-\u00eatre \u00e0 plusieurs autres films de science-fiction que je suis probablement la seule \u00e0 ne pas avoir vus, mais peu importe! 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