{"id":87343,"date":"2025-04-25T16:53:45","date_gmt":"2025-04-25T20:53:45","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=87343"},"modified":"2025-04-28T11:18:17","modified_gmt":"2025-04-28T15:18:17","slug":"critique-cosi-fan-tutte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2025\/04\/25\/critique-cosi-fan-tutte\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Cosi fan tutte : une version concert \u00e0 qui il ne manque rien"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_87346\" aria-describedby=\"caption-attachment-87346\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-87346\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2025\/04\/Copie-de-CRITIQUE6-1.jpg\" alt=\"Debout : Mich\u00e8le Losier, Thomas Hampson, Jenny Daviet, Anna Prohaska. Couch\u00e9s : Gustavo Castillo, Matthew Swensen. 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(Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>L&rsquo;OSM pr\u00e9sente cette semaine, dans le cadre de son Festival Mozart, deux repr\u00e9sentations de <em>Cosi fan tutte<\/em>, un des op\u00e9ras cr\u00e9\u00e9s sur des livrets de Lorenzo Da Ponte.<\/p>\n<p>La mise en espace imagin\u00e9e par <strong>Thomas Hampson<\/strong> fonctionne g\u00e9n\u00e9ralement bien et offre quelques trouvailles amusantes, surtout en premi\u00e8re partie. La deuxi\u00e8me partie n&rsquo;avait pas grand chose de nouveau \u00e0 offrir et s&rsquo;\u00e9tirait m\u00eame dans quelques redondances (les manipulations physiques de Don Alfonso, qui prend constamment une telle par les \u00e9paules, pousse tel autre par le bras et fait des gestes pseudo-subtils pour guider les d\u00e9placements, \u00e9puisent vite leur potentiel comique et affaiblissent le personnage en lui donnant l&rsquo;allure d&rsquo;un contrema\u00eetre vieillissant qui se consid\u00e8re encore le centre de l&rsquo;univers plut\u00f4t que de renforcer son r\u00f4le de <em>mastermind<\/em> et sagace observateur de la nature humaine).<\/p>\n<p>Des six solistes, <strong>Mich\u00e8le Losier<\/strong> se distingue nettement autant par ses qualit\u00e9s vocales d&rsquo;une solidit\u00e9 impressionnante que par sa pr\u00e9sence sc\u00e9nique empreinte de naturel et d&rsquo;aisance. Guglielmo et Ferrando ont beau se costumer de jerseys de hockey marqu\u00e9s Montr\u00e9al, la vraie vedette montr\u00e9alaise, c&rsquo;est elle.<\/p>\n<p>Ampleur et richesse harmonique \u00e9galement chez <strong>Gustavo Castillo<\/strong>, dans le r\u00f4le de Guglielmo. La voix d&rsquo;<strong>Anna<\/strong> <strong>Prohaska<\/strong> est agile et gracieuse, mais plut\u00f4t mince. Id\u00e9alement, elle r\u00e9ussirait \u00e0 puiser dans la r\u00e9sonance de la voix de poitrine dont elle s&rsquo;est bri\u00e8vement servie dans l&rsquo;exigeant \u00ab\u00a0Come scoglio\u00a0\u00bb, qu&rsquo;elle a livr\u00e9 avec ma\u00eetrise et assurance, si non avec projection, pour en colorer les aigus. <strong>Matthew Swensen<\/strong> livre un d\u00e9but moins qu&rsquo;impressionnant, peut-\u00eatre d\u00fb \u00e0 sa position derri\u00e8re l&rsquo;orchestre lors de sa premi\u00e8re entr\u00e9e, qu&rsquo;il rattrape graduellement. Son \u00ab\u00a0Un&rsquo; aura amorosa\u00a0\u00bb, chant\u00e9 sur le devant de la sc\u00e8ne, est tr\u00e8s touchant.<\/p>\n<p>En Despina, <strong>Jenny Daviet<\/strong> joue avec d\u00e9lectation la soubrette d\u00e9brouillarde et \u00e9mancip\u00e9e. Je ne sais pas si c&rsquo;est l&rsquo;effet de cette distribution sp\u00e9cifique ou de notre mentalit\u00e9 moderne, mais comme public, on lui accorde plus facilement notre confiance, malgr\u00e9 ses d\u00e9guisements intentionnellement ridicules, qu&rsquo;\u00e0 Don Alfonso, alors que c&rsquo;est \u00e0 lui que revient le mot de la fin.<\/p>\n<p>L&rsquo;accompagnement de l&rsquo;orchestre, avec des sections de cordes r\u00e9duites, est pr\u00e9sent sans couvrir les voix et r\u00e9ussit g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 reproduire sur instruments modernes l&rsquo;esth\u00e9tique mozartienne agile et transparente. Les cuivres font preuve d&rsquo;une retenue exemplaire. Les ponctuations l\u00e9g\u00e8rement trop opaques des cordes dans les r\u00e9citatifs accompagn\u00e9s sont dues \u00e0 la diff\u00e9rence de technique entre l&rsquo;archet baroque, qui \u00e9tait encore le mod\u00e8le dominant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de Mozart, et l&rsquo;archet moderne : la pointe de l&rsquo;archet baroque \u00e9tant beaucoup plus l\u00e9g\u00e8re et son jeu plus a\u00e9rien, le son s&rsquo;\u00e9vanouit naturellement et n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;\u00eatre coup\u00e9, alors que l&rsquo;archet moderne, aid\u00e9 de la technique de jeu qui y est associ\u00e9e, conserve un son plus compact sur toute la longueur de la baguette.<\/p>\n<p>Le continuo form\u00e9 d&rsquo;<strong>Anna Burden<\/strong> au violoncelle et de <strong>M\u00e9lisande McNabney<\/strong> au clavecin est naturellement impeccable. Le chef s&rsquo;abstient de diriger les r\u00e9citatifs seccos sollicitant uniquement ces deux instruments, ce qui est souvent la meilleure fa\u00e7on de faire, en particulier quand on a affaire \u00e0 deux continuistes d&rsquo;exp\u00e9rience. Cela exige cependant une grande concentration et une excellente communication au sein du continuo, qui ne faillit jamais, malgr\u00e9 l&rsquo;action bourdonnante.<\/p>\n<h3>Narration<\/h3>\n<p>L&rsquo;OSM reprend en la poussant plus loin la formule mise \u00e0 l&rsquo;essai avec succ\u00e8s lors de la pr\u00e9sentation des <em>Gurrelieder<\/em> en ouverture de saison. Alors que pour le Schoenberg, <strong>Mani Saleymanou<\/strong> profitait des interruptions naturelles de l&rsquo;\u0153uvre en s&rsquo;adressant au public entre les parties, l&rsquo;excellent narrateur <strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Dusager<\/strong> intervient plus souvent, tandis que la sc\u00e8ne passe au noir et se fige. Le dosage du rythme des interventions est juste. Le contenu de la narration va au-del\u00e0 de son objectif initial de combler les coupures et renfor\u00e7e de fa\u00e7on orale et compacte les informations v\u00e9hicul\u00e9es d&rsquo;office par la mise en sc\u00e8ne ou par la lecture des surtitres, rendant l&rsquo;exp\u00e9rience plus compr\u00e9hensible pour la part du public pour qui ces niveaux ne sont pas accessibles. Une chose que la narration aurait pu faire, mais n&rsquo;a pas fait, aurait \u00e9t\u00e9 de mod\u00e9rer les affirmations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et les g\u00e9n\u00e9ralisations (\u00e0 commencer par \u00ab\u00a0toutes les femmes sont infid\u00e8les et superficielles\u00a0\u00bb) par un roulement d&rsquo;yeux ou un soupir de la part du narrateur, simplement pour souligner le d\u00e9calage entre les traits caricaturaux du texte et la complexit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9. Heureusement, les notes de programme de <strong>Ronald Vermeulen<\/strong> font un bien meilleur travail de placer les choses en contexte.<\/p>\n<p><em>Cosi fan tutte<\/em> est repris ce soir, vendredi 25 avril, \u00e0 19 h 30 \u00e0 la Maison symphonique.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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