{"id":84757,"date":"2024-11-04T17:49:51","date_gmt":"2024-11-04T22:49:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=84757"},"modified":"2024-11-22T13:50:43","modified_gmt":"2024-11-22T18:50:43","slug":"critique-colorature-au-lit-le-comte-ory-de-rossini-lopera-de-quebec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/11\/04\/critique-colorature-au-lit-le-comte-ory-de-rossini-lopera-de-quebec\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Colorature au lit : Le Comte Ory de Rossini \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_84763\" aria-describedby=\"caption-attachment-84763\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-84763\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/11\/Copie-de-CRITIQUE3.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/11\/Copie-de-CRITIQUE3.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/11\/Copie-de-CRITIQUE3-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/11\/Copie-de-CRITIQUE3-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/11\/Copie-de-CRITIQUE3-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-84763\" class=\"wp-caption-text\">(Photo : Michel Gagn\u00e9)<\/figcaption><\/figure>\n<p><em>par Louisa Blair<\/em><\/p>\n<p>Dimanche, \u00e0 la tomb\u00e9e finale du rideau lors de l&rsquo;ultime repr\u00e9sentation du <em>Comte Ory<\/em> de Rossini \u2013 la premi\u00e8re production de grande envergure de cet op\u00e9ra \u00e0 Qu\u00e9bec \u2013, les artistes semblaient heureux\u00b7ses mais \u00e9puis\u00e9\u00b7e\u00b7s. Et on comprend bien pourquoi : loin de s&rsquo;en tenir \u00e0 des sc\u00e8nes de groupe statiques ou \u00e0 des gestes timides, les interpr\u00e8tes ont explor\u00e9 les limites d\u2019une d\u00e9bauche survolt\u00e9e, en passant par le cancan, le d\u00e9culottage, les rots, l&rsquo;ivresse titubante, l&rsquo;\u00e9vanouissement et les sc\u00e8nes d&rsquo;amour, alternativement et cons\u00e9cutivement, avec un homme, une femme, et une femme d\u00e9guis\u00e9e en homme, tous dans le m\u00eame lit. Chanter une aria colorature flamboyante \u00e0 la Rossini tout en ex\u00e9cutant une sc\u00e8ne de m\u00e9nage \u00e0 trois \u00e9nergique constitue un exploit que peu pourraient (ou voudraient) imiter.<\/p>\n<p>Heureux\u00b7ses, ils et elles avaient toutes les raisons de l\u2019\u00eatre, car l&rsquo;ensemble venait de conclure une prestation \u00e0 la fois dr\u00f4le et magnifique. \u00c0 part la tr\u00e8s longue chanson des nonnes ivres, qui aurait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de coupures ou d\u2019une mise en sc\u00e8ne plus vivante, le spectacle \u00e9tait rythm\u00e9 et divertissant. Les toiles du d\u00e9cor somptueux de <strong>Bruno de Laven\u00e8re<\/strong>, inspir\u00e9es des tapisseries m\u00e9di\u00e9vales, foisonnaient de v\u00e9g\u00e9tation luxuriante, de licornes, et de jeunes filles fleuries (dont la poitrine picturale n&rsquo;\u00e9chappait pas aux tripotements lubriques du comte Ory) devant un ch\u00e2teau de style l\u00e9g\u00e8rement disney-esque.<\/p>\n<p>L&rsquo;histoire, inspir\u00e9e d\u2019une ballade m\u00e9di\u00e9vale picaresque, est aussi follement grivoise que le <em>D\u00e9cam\u00e9ron<\/em> de Boccace, et se moque sans piti\u00e9 de la fascination parisienne de l&rsquo;\u00e9poque (en 1828, peu apr\u00e8s la restauration de la monarchie) pour tout ce qui touche au Moyen \u00c2ge, en particulier l\u2019\u00e9glise et l\u2019amour courtois.<\/p>\n<p>Le Comte Ory, interpr\u00e9t\u00e9 de mani\u00e8re hilarante et athl\u00e9tique par <strong>Philippe Talbot<\/strong>, est un redout\u00e9 s\u00e9ducteur de femmes \u2013 ou, pour ne pas tourner autour du pot, devrions-nous dire un violeur? (Dans une aria, il d\u00e9clare : \u00ab Je ris d&rsquo;avance \/ De sa d\u00e9fense, \/ La r\u00e9sistance est de rigueur\u2026 \/ Puis l&rsquo;heure arrive \/ O\u00f9 la captive, \/ Faible et plaintive, \/ C\u00e8de au vainqueur. \u00bb). Il se fait passer pour un ermite mystique afin de s\u00e9duire la noble Comtesse Ad\u00e8le (<strong>Judith Fa<\/strong>, experte en colorature, au lit comme ailleurs). Les femmes du village, qui ont jur\u00e9 chastet\u00e9 pendant que leurs maris tuent les infid\u00e8les en Palestine durant les Croisades (difficile de trouver une histoire moins politiquement correcte), se r\u00e9fugient dans le ch\u00e2teau de la Comtesse pour se prot\u00e9ger. La premi\u00e8re tentative d\u2019Ory de franchir la forteresse \u00e9choue gr\u00e2ce \u00e0 son page Isolier, incarn\u00e9 avec gr\u00e2ce et subtilit\u00e9 par <strong>Florence Bourget<\/strong>, \u00e9l\u00e9gante, \u00e9galement amoureuse de la Comtesse.<\/p>\n<p>Loin de se d\u00e9courager, Ory monte une seconde attaque en se d\u00e9guisant, lui et ses chevaliers, en nonnes et en suppliant la Comtesse de les mettre \u00e0 l&rsquo;abri &#8211; de nul autre que du comte Ory lui-m\u00eame. La Comtesse ne peut refuser, d\u2019autant plus qu\u2019une temp\u00eate rossinienne s\u2019abat \u2013 Rossini est dou\u00e9 pour les temp\u00eates \u2013 et tout se poursuit ensuite dans une d\u00e9bauche d&rsquo;exub\u00e9rance d\u00e9passant les attentes. Tandis que les fausses nonnes barbues s\u2019enivrent avec le vin de la cave et imposent leur volont\u00e9 tordue aux femmes du couvent, le Comte Ory se retrouve dans le lit de la Comtesse, sans se douter qu\u2019Isolier y est aussi. Ils parviennent de justesse \u00e0 d\u00e9m\u00ealer leur m\u00e9nage \u00e0 trois joyeusement scandaleux lorsque les Crois\u00e9s reviennent, et Isolier aide le Comte Ory et ses chevaliers \u00e0 s\u2019\u00e9chapper par un passage secret.<\/p>\n<p>Dans le contexte qu\u00e9b\u00e9cois et la sp\u00e9cificit\u00e9 de son histoire religieuse, je pensais que la satire de l&rsquo;\u00e9glise par Rossini prendrait une r\u00e9sonnance particuli\u00e8re. Pourtant, le metteur en sc\u00e8ne <strong>Jean-Romain Vesperini<\/strong>, qui affirme que c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 cette \u0153uvre qu&rsquo;il est tomb\u00e9 amoureux de l\u2019op\u00e9ra, a choisi de d\u00e9guiser Ory en une sorte de chamane-rockeur plut\u00f4t qu\u2019en moine-ermite, avec un cr\u00e2ne de loup sur la t\u00eate et des cheveux longs et sauvages (cet accoutrement n&rsquo;\u00e9tant qu&rsquo;un parmi le lot de merveilleux costumes con\u00e7us par<strong> Alain Blanchot<\/strong>).<\/p>\n<p>Rossini, dans cette deuxi\u00e8me com\u00e9die et troisi\u00e8me \u0153uvre en fran\u00e7ais, se plagie lui-m\u00eame (et pourquoi diable s&rsquo;en emp\u00eacherait-il?) en reprenant beaucoup de la superbe musique d\u2019un op\u00e9ra \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qu\u2019il avait \u00e9crit pour le roi Charles X. L\u2019orchestre et le ch\u0153ur, sous la direction de <strong>Laurent Campellone<\/strong>, nous ont offert de nombreux moments d&rsquo;excellence : l\u2019ouverture, qui \u00e9voque des gens marchant sur la pointe des pieds (bien qu&rsquo;une l\u00e9gende veuille que Rossini aie compos\u00e9 cette musique en p\u00eachant, et que le r\u00e9sultat pourrait tout autant repr\u00e9senter des poissons mordillant \u00e0 l\u2019hame\u00e7on); le grand et diaboliquement difficile final de l\u2019acte I (\u00ab Ciel! \u00d4 terreur! \u00d4 peine extr\u00eame! \u00bb); le quartuor de barbiers masculins hors sc\u00e8ne pendant la temp\u00eate; une pri\u00e8re <em>a cappella<\/em> soudainement solennelle au milieu de la f\u00eate lorsque Dame Ragonde, la \u00ab\u00a0videuse\u00a0\u00bb de la Comtesse (<strong>Julie Pasturaud<\/strong>) vient surveiller les invit\u00e9s (\u00ab On vient. Silence!\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><strong>Julien V\u00e9ron\u00e8se<\/strong>, excellent dans le r\u00f4le du pr\u00e9cepteur du comte, a su infuser son aria sur l\u2019honneur de servir le Comte (\u00ab Veiller sans cesse \u00bb) d&rsquo;un d\u00e9bordement de sarcasme. Certaines des chansons (du librettiste Eug\u00e8ne Scribe) sont sans prix (\u00ab Ah ! Quel respect, Madame, pour vos vertus \u00bb), tandis que d\u2019autres surprennent par leur s\u00e9rieux : l\u2019aria de la Comtesse sur la d\u00e9pression (\u00ab En proie \u00e0 la tristesse \u00bb) et son dialogue avec Ory sur l\u2019amour (\u00ab Ce t\u00e9m\u00e9raire qui croit nous plaire\u00a0\u00bb) sont de vrais joyaux. La mise en sc\u00e8ne de <strong>Vesperini<\/strong> capte parfaitement le subtil \u00e9quilibre entre na\u00efvet\u00e9, ruse, s\u00e9rieux et ironie qu\u2019exige cette musique.<\/p>\n<p>Esp\u00e9rons que l\u2019<strong>Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec<\/strong> soit en mesure de poursuivre encore longtemps sa mission de nous pr\u00e9senter des op\u00e9ras de cette qualit\u00e9, ne serait-ce que pour avoir l&rsquo;occasion de revoir les cinq solistes faisant leurs d\u00e9buts \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec \u2013 <strong>Philippe Talbot<\/strong> (Comte Ory), <strong>Jean-Kristof Bouton<\/strong> (Raimbaud, son entremetteur), <strong>Judith Fa<\/strong> (Comtesse Ad\u00e8le), <strong>Julie Pasturaud<\/strong> (Dame Ragonde, sa videuse), et <strong>Florence Bourget<\/strong> (Isolier), tous des chanteurs\u00b7euses exceptionnel\u00b7le\u00b7s \u2013 monter de nouveau sur la sc\u00e8ne de la salle Louis-Fr\u00e9chette.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! La musique classique et l\u2019op\u00e9ra en 5 minutes, chaque jour<\/em> <a href=\"https:\/\/ludwig-van.us9.list-manage.com\/subscribe?u=4f785cb3f9058f2393ccad035&amp;id=b9b160c032\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ICI<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dimanche, \u00e0 la tomb\u00e9e finale du rideau lors de l&rsquo;ultime repr\u00e9sentation du Comte Ory de Rossini \u2013 la premi\u00e8re production de grande envergure de cet op\u00e9ra \u00e0 Qu\u00e9bec \u2013, les artistes semblaient heureux\u00b7ses mais \u00e9puis\u00e9\u00b7e\u00b7s. Et on comprend bien pourquoi : loin de s&rsquo;en tenir \u00e0 des sc\u00e8nes de groupe statiques ou \u00e0 des gestes timides, les interpr\u00e8tes ont explor\u00e9 les limites d\u2019une d\u00e9bauche survolt\u00e9e, en passant par le cancan, les culottes d\u00e9culott\u00e9es, les rots, l&rsquo;ivresse titubante, l&rsquo;\u00e9vanouissement et les sc\u00e8nes d&rsquo;amour, alternativement et cons\u00e9cutivement, avec un homme, une femme, et une femme d\u00e9guis\u00e9e en homme, tous dans le m\u00eame lit. Chanter une aria colorature flamboyante \u00e0 la Rossini tout en ex\u00e9cutant une sc\u00e8ne de m\u00e9nage \u00e0 trois \u00e9nergique constitue un exploit que peu pourraient (ou voudraient) imiter.<\/p>\n","protected":false},"author":121,"featured_media":84763,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[42107,52],"tags":[42106,27011],"yst_prominent_words":[12327,12708,34205,13878,29995,21591,11145,9811,6886,34206,9838,11268,10541],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/11\/Copie-de-CRITIQUE3.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9bdYt-m33","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84757"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/121"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=84757"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84757\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":84778,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/84757\/revisions\/84778"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/84763"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=84757"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=84757"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=84757"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=84757"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}