{"id":84686,"date":"2024-10-30T16:29:30","date_gmt":"2024-10-30T20:29:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=84686"},"modified":"2024-10-30T16:29:30","modified_gmt":"2024-10-30T20:29:30","slug":"critique-concert-douverture-du-nem-une-transition-dans-la-continuite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/10\/30\/critique-concert-douverture-du-nem-une-transition-dans-la-continuite\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Concert d&rsquo;ouverture du NEM : une transition dans la continuit\u00e9"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_84687\" aria-describedby=\"caption-attachment-84687\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-84687\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/10\/Copie-de-CRITIQUE1.jpg\" alt=\"Le nouveau chef et directeur musival du NEM, Jean-Micha\u00ebl Lavoie. 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(Photo : Lou Scramble)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le <strong>Nouvel Ensemble Moderne<\/strong> a lanc\u00e9 sa 35<sup>e<\/sup> saison au studio th\u00e9\u00e2tre des Grands Ballets sous la direction de <strong>Jean-Micha\u00ebl Lavoie<\/strong>, son tout nouveau directeur artistique et musical. Il succ\u00e8de ainsi officiellement \u00e0 la fondatrice et d\u00e9sormais cheffe honoraire <strong>Lorraine Vaillancourt<\/strong> qui a soutenu \u00ab\u00a0ardemment\u00a0\u00bb cette nomination l&rsquo;\u00e9t\u00e9 dernier, soulignant entre autres son \u00ab\u00a0exp\u00e9rience en tant que chef d\u2019orchestre invit\u00e9 par divers orchestres et ensembles \u00e0 l&rsquo;international au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es\u00a0\u00bb. Le renouveau est aussi complet chez les musiciens depuis les d\u00e9parts de <strong>Julien Gr\u00e9goire<\/strong> (percussions) et <strong>Michel Bettez<\/strong> (basson), derniers membres fondateurs \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 actifs au sein de l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>Dans sa note de programme, <strong>Lavoie<\/strong> identifie tr\u00e8s rapidement le principal enjeu de ses nouvelles fonctions: \u00ab\u00a0Quoi faire, quelle musique choisir? \u00catre en rupture ou dans la continuit\u00e9?\u00a0\u00bb. Bien qu&rsquo;il dise vouloir aller au-del\u00e0 de ces questions, c&rsquo;est bien \u00e0 la continuit\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;attache en proposant des \u0153uvres qui ont \u00ab\u00a0le d\u00e9sir de chercher ailleurs pour faire entendre autre chose\u00a0\u00bb, que ce soit dans le r\u00e9pertoire ou dans la cr\u00e9ation. Dans un programme qui r\u00e9unit des \u0153uvres de Rapha\u00ebl Cendo, Fausto Romitelli, Kajia Saariaho et Claude Vivier, la continuit\u00e9 s&rsquo;exprime aussi dans les liens que l&rsquo;ensemble a nourri avec ces artistes depuis sa fondation.<\/p>\n<p><em>Action painting<\/em> (2004-2005) du fran\u00e7ais Rapha\u00ebl Cendo (1975) a \u00e9t\u00e9 une commande crois\u00e9e du <strong>Nouvel Ensemble Moderne<\/strong> et de l&rsquo;<strong>Ensemble Itin\u00e9raire<\/strong>. Elle repr\u00e9sente le point de d\u00e9part de son envol stylistique comme de ses marques conceptuelles, deux \u00e9l\u00e9ments fondamentaux dans l&rsquo;\u00e9tablissement et la reconnaissance d&rsquo;une pratique propre \u00e0 l&rsquo;histoire de l&rsquo;avant-garde musicale europ\u00e9enne. \u00c0 Paris au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, elle d\u00e9nonce \u00ab\u00a0l\u00a0\u00bbantre du boul\u00e9zisme\u00a0\u00bb et l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie de l&rsquo;\u00e9cole spectrale dans un geste de rupture, un autre, qui converge vers une expression phare : \u00ab\u00a0la saturation instrumentale\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dans les faits, et un peu comme l&rsquo;avait justement fait Boulez en s&rsquo;appropriant Webern, Cendo conf\u00e8re aux travaux sur le timbre d&rsquo;Helmut Lachenmann (et de Xenakis) une nouvelle vitalit\u00e9, notamment inspir\u00e9e par les id\u00e9aux de la contre-culture am\u00e9ricaine de l&rsquo;apr\u00e8s deuxi\u00e8me guerre mondiale. En \u00e9tant confin\u00e9 aux cadres \u00e9tablis par la <em>Premi\u00e8re symphonie de chambre<\/em> de Schoenberg, ce n&rsquo;est pas tant au niveau de la forme que de sa surface que Cendo tire son \u00e9pingle du jeu : multiphoniques des bois, cuivres \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;anches doubles, papier d&rsquo;aluminium dans le piano, grain de l&rsquo;archet sur la corde, tous en interaction dans un chaos m\u00e9ticuleusement \u00e9crit au point de devenir totalement organique.<\/p>\n<p>La partition oscille donc entre une grande agitation, tr\u00e8s volatile et aussi impr\u00e9visible que convaincante, et un arr\u00eat sur image comme lorsque se construit un long plan \u00e9tale support\u00e9 par une p\u00e9dale \u00e0 la contrebasse. Bien que le rapport \u00e0 la tradition apparaisse en rupture dans ses \u00e9clats sonores ponctuels et dans la profusion de ses gestes ac\u00e9r\u00e9s, la forme demeure classique, avec son mouvement central lent et m\u00eame son rappel th\u00e9matique au piano \u00e0 la fin. Un peu comme Schoenberg qui encapsule d&rsquo;abord son dod\u00e9caphonisme dans un menuet, le manifeste de Cendo sature ici la bonne vielle forme ternaire et conf\u00e8re au concept de la rupture un r\u00f4le fondamental dans ce qui est, finalement, un d\u00e9sir de s&rsquo;inscrire dans une continuit\u00e9 historique et culturelle bien pr\u00e9cise.<\/p>\n<p>Si la tr\u00e8s grande s\u00e9cheresse acoustique du studio th\u00e9\u00e2tre a servi l&rsquo;\u00e2pret\u00e9 du langage de Cendo, elle a plut\u00f4t lutt\u00e9 contre le lyrisme de Romitelli dans son \u0153uvre <em>Lost <\/em>(1997), une autre commande du <strong>NEM<\/strong>. Il y a bien ici aussi un tr\u00e8s grand \u00e9ventail de sonorit\u00e9s bruit\u00e9s, mais elles doivent appara\u00eetre comme les enluminures d&rsquo;un discours fortement h\u00e9rit\u00e9 du spectralisme. Pour beaucoup, l&rsquo;\u0153uvre est la rencontre entre des structures harmoniques qui cherchent \u00e0 fusionner les timbres et des idiomes de la musique populaire, incarn\u00e9s par la voix et la basse \u00e9lectrique. Dans ce contexte, l&rsquo;\u0153uvre aurait grandement profit\u00e9 d&rsquo;un environnement acoustique plus chaleureux.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la soprano <strong>Maud Lewden<\/strong> qui est venue pr\u00eater sa tr\u00e8s belle voix aux textes de Jim Morrison en optant toutefois pour une interpr\u00e9tation tr\u00e8s textuelle et qui ne laissait que peu d&rsquo;espace au caract\u00e8re \u00ab\u00a0pop\u00a0\u00bb et d\u00e9jant\u00e9 qui fait la marque du compositeur. Pour un instant, nous avons imagin\u00e9 une int\u00e9grale de ses \u0153uvres vocales par <strong>Barbara Hannigan<\/strong> et notre c\u0153ur s&rsquo;est mis \u00e0 tressaillir!<\/p>\n<p><em>Nymphea<\/em> (1987), le quatuor \u00e0 cordes avec \u00e9lectroniques de la regrett\u00e9e Kajia Saariaho (1952-2023), a ouvert la voie \u00e0 une seconde partie beaucoup moins pamphl\u00e9taire o\u00f9 le <strong>NEM<\/strong> a retrouv\u00e9 la compositrice qui a d\u00e9fini \u00e0 plusieurs reprise son identit\u00e9 et pour laquelle il est devenu le sp\u00e9cialiste. Autre grande joie, le travail de <strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Le Bel<\/strong> aux commandes de l&rsquo;informatique musicale et de la sonorisation. Ici, le studio th\u00e9\u00e2tre est tout d\u00e9sign\u00e9 pour inventer un monde sonore improbable qui dose n\u00e9anmoins parfaitement l&rsquo;acoustique et le virtuel. Non seulement l&rsquo;\u0153uvre r\u00e9v\u00e8le alors tous ses secrets mais elle a aussi manifestement inspir\u00e9 l&rsquo;engagement du quatuor \u00e0 cordes du <strong>NEM<\/strong>. \u00c0 cet \u00e9gard, il convient de souligner que le nouveau visage de l&rsquo;ensemble est fortement marqu\u00e9 par le caract\u00e8re, l&rsquo;engagement et la pr\u00e9cision de ses cordes, v\u00e9ritable locomotive de toute la soir\u00e9e. Au coeur des sons d\u00e9licats qui s&rsquo;\u00e9vanouissaient dans un silence tr\u00e8s scrupuleusement respect\u00e9 par le public (fort nombreux), on imagine bien que l&rsquo;\u0153uvre puisse maintenant \u00eatre endisqu\u00e9.<\/p>\n<p>La soir\u00e9e s&rsquo;est conclue par l&rsquo;interpr\u00e9tation beaucoup moins m\u00e9morable des <em>Trois airs pour un op\u00e9ra imaginaire<\/em> de Claude Vivier. Puisque que l&rsquo;\u0153uvre est maintenant consacr\u00e9e et qu&rsquo;elle est d\u00e9finitivement int\u00e9gr\u00e9e au r\u00e9pertoire, ce n&rsquo;est plus tant sa valeur intrins\u00e8que que les m\u00e9rites de son interpr\u00e9tation qui capturent notre attention. Comme pour Romitelli, l&rsquo;\u00e9criture de Vivier sugg\u00e8re une fusion des timbres dans des harmonies qui simulent des modulations de fr\u00e9quence: il y a donc ici une tr\u00e8s grande attention qui doit \u00eatre apport\u00e9e \u00e0 la justesse et \u00e0 la balance des instruments, notamment aux vents, pour qu&rsquo;ils puissent faire bloc. Or, la t\u00e2che est hercul\u00e9enne, voire impossible dans cette salle. Tout de m\u00eame, soulignons la pr\u00e9sence vocale tr\u00e8s ajust\u00e9e au contexte de la soprano <strong>Mimi Doulton<\/strong> qui a travers\u00e9 tous les \u00e9cueils d&rsquo;une partition extr\u00eamement exigeante avec conviction.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc tout en continuit\u00e9 que s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9 le passage du t\u00e9moin de <strong>Lorraine Vaillancourt<\/strong> \u00e0 <strong>Jean-Micha\u00ebl Lavoie<\/strong>. Cette douce transition est une belle promesse pour l&rsquo;avenir d&rsquo;un ensemble que nous aurons le bonheur de retrouver \u00e0 deux autres occasions cette ann\u00e9e, soit en mars et en mai 2025. C&rsquo;est \u00e0 suivre avec un grand int\u00e9r\u00eat!<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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