{"id":84566,"date":"2024-10-24T11:49:25","date_gmt":"2024-10-24T15:49:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=84566"},"modified":"2024-10-25T14:00:02","modified_gmt":"2024-10-25T18:00:02","slug":"critique-concert-hommage-molinari-la-salle-bourgie-le-plus-beau-des-hommages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/10\/24\/critique-concert-hommage-molinari-la-salle-bourgie-le-plus-beau-des-hommages\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Concert hommage \u00e0 Molinari \u00e0 la salle Bourgie\u00a0: le plus beau des hommages"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-full wp-image-84567\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/10\/Copie-de-CRITIQUE.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/10\/Copie-de-CRITIQUE.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/10\/Copie-de-CRITIQUE-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/10\/Copie-de-CRITIQUE-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/10\/Copie-de-CRITIQUE-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><\/p>\n<p>Mardi soir, le <strong>Quatuor Molinari<\/strong>, en collaboration avec la <strong>Fondation Guido Molinari, <\/strong>pr\u00e9sentait \u00e0 la salle Bourgie un concert soulignant les 20 ans de la disparition du c\u00e9l\u00e8bre peintre qui a donn\u00e9 son nom au quatuor sp\u00e9cialis\u00e9 dans la musique des XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. Une soir\u00e9e m\u00e9morable digne du peintre, mais aussi digne de l&rsquo;engagement de ces musicien\u00b7ne\u00b7s pour le r\u00e9pertoire contemporain, et plus particuli\u00e8rement celui de nos cr\u00e9ateurs qu\u00e9b\u00e9cois et canadiens.<\/p>\n<p>Musique et arts visuels ont toujours fait bon m\u00e9nage. Dans le cas de Guido Molinari, dont le p\u00e8re \u00e9tait musicien, c&rsquo;est une association toute naturelle. L&rsquo;attachement du quatuor envers le peintre qui lui a donn\u00e9 son nom s&rsquo;est toujours manifest\u00e9 dans de nombreuses activit\u00e9s de l&rsquo;ensemble : concerts \u00e0 la Fondation de l&rsquo;artiste, pochettes de disque illustr\u00e9es par ses \u0153uvres, etc. La pr\u00e9sentation de ce concert hommage \u00e9tait donc une \u00e9vidence, et il refl\u00e9tait dans sa programmation tant les go\u00fbts du peintre que ses collaborations et son influence sur des compositeurs d&rsquo;ici.<\/p>\n<p>Soulignons d&rsquo;ailleurs la magnifique collaboration avec la Fondation Guido Molinari, qui permit la projection des \u0153uvres du peintre pendant la premi\u00e8re partie du concert. Si les projections en concert sont aujourd&rsquo;hui courantes, il faut noter que la cohabitation des univers sonores et visuels n&rsquo;est pas toujours r\u00e9ussie. Ici, la sobri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait la formule gagnante : on pouvait prendre le temps d&rsquo;observer l\u2019\u0153uvre sans \u00eatre d\u00e9rout\u00e9\u00b7e par des animations ou des mouvements de cam\u00e9ra qui, forc\u00e9ment, influencent notre perception. Et la musique y gagnait, n&rsquo;\u00e9tant pas rel\u00e9gu\u00e9e au second plan par des stimuli visuels qui d\u00e9tournent inutilement notre attention.<\/p>\n<h3>Sokolovi\u0107 et McKinley<strong><br \/>\n<\/strong><\/h3>\n<p>Le programme du concert \u00e9tait intelligemment construit. Il d\u00e9butait par deux \u0153uvres qu\u00e9b\u00e9coises inspir\u00e9es par l&rsquo;univers visuel du peintre montr\u00e9alais. <em>Blanc dominant<\/em> d&rsquo;<strong>Ana Sokolovi\u0107<\/strong> date de 1998, mais nous y retrouvons les caract\u00e9ristiques et la signature si personnelle qui font la renomm\u00e9e de la compositrice. Les courts mouvements d\u00e9voilaient une \u00e9criture espi\u00e8gle, une attention pour les d\u00e9tails qui ne sont jamais anodins et surtout une vivacit\u00e9 d&rsquo;esprit qui donne \u00e0 cette musique un p\u00e9tillement jubilatoire.<\/p>\n<p><em>Espaces fictifs<\/em> de <strong>Maxime McKinley<\/strong> a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 2020, soit en pleine pand\u00e9mie. Il est ais\u00e9 d&rsquo;imaginer le contexte d&rsquo;intimit\u00e9 forc\u00e9e lors de la premi\u00e8re ex\u00e9cution de l\u2019\u0153uvre, qui ici se d\u00e9ployait dans la magnifique acoustique de la salle Bourgie pour notre plus grand plaisir. Con\u00e7ue en un seul mouvement, mais aux sections claires et structurantes, cette partition d\u00e9voile des univers coh\u00e9rents qui font \u00e9cho \u00e0 la d\u00e9marche cr\u00e9atrice du peintre. Ici, la juxtaposition entre la musique et les images permettait une \u00e9vasion po\u00e9tique tr\u00e8s agr\u00e9able, enrichissante et stimulante.<\/p>\n<p>Il est \u00e0 noter que l&rsquo;on peut d\u00e9couvrir (ou red\u00e9couvrir) ces deux \u0153uvres en ligne sur la Vid\u00e9oth\u00e8que qu\u00e9b\u00e9coise du Quatuor Molinari ( <a href=\"https:\/\/vqqm.ca\/\">https:\/\/vqqm.ca\/<\/a> ), consacr\u00e9e au r\u00e9pertoire d&rsquo;ici pour quatuor \u00e0 cordes, le tout magnifiquement enregistr\u00e9 en pr\u00e9sence des tableaux de Guido Molinari. Un plaisir pour les yeux et les oreilles!<\/p>\n<h3>Guido Molinari et Webern<\/h3>\n<p>Peintre m\u00e9lomane, Molinari disait aimer particuli\u00e8rement la musique d&rsquo;Anton Webern. Il est vrai que les deux artistes font preuve d&rsquo;un id\u00e9al perfectionniste presque maladif, l&rsquo;un dans le d\u00e9coupage parfait des formes et des couleurs, l&rsquo;autre dans l&rsquo;application stricte des proc\u00e9d\u00e9s d&rsquo;\u00e9criture dod\u00e9caphonique. Et peut-\u00eatre que dans les deux cas, les artistes prouvent que le langage d&rsquo;une \u0153uvre n&rsquo;est pas un frein \u00e0 l&rsquo;\u00e9motion, mais uniquement un proc\u00e9d\u00e9 structurant dans le processus de cr\u00e9ation. Avec une interpr\u00e9tation minutieuse et sensible du <em>Quatuor op. 28<\/em>, les musiciens ont d\u00e9voil\u00e9 les zones de lyrisme et de douceur d&rsquo;un compositeur encore mal compris aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<h3>Murray Schafer : un <em>happening <\/em>sous forme de quatuor<\/h3>\n<p>Apr\u00e8s une premi\u00e8re partie classique dans la formule, la seconde partie du concert nous en a mis plein la vue avec le <em>Quatuor n<sup>o<\/sup> 7 avec soprano oblig\u00e9<\/em> de R. Murray Schafer, une \u0153uvre qui sort des sentiers battus! Des quatuors avec soprano, ce n&rsquo;est pas nouveau, Schoenberg et Ginastera l&rsquo;ont fait avant lui. Mais cette \u0153uvre n&rsquo;a de quatuor que le nom, car c&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 une performance hors normes, un <em>happening<\/em> \u00e0 mi-chemin entre le monodrame lyrique et le th\u00e9\u00e2tre musical. Imaginez : soprano et instrumentistes qui se d\u00e9ploient dans l&rsquo;espace, jouant sur sc\u00e8ne, en arri\u00e8re-sc\u00e8ne, dans la salle, ajoutant \u00e0 l&rsquo;instrumentation quelques percussions, le tout dans une mise en sc\u00e8ne d&rsquo;un personnage certes incarn\u00e9 par la soprano (sur des textes d&rsquo;une patiente souffrant de schizophr\u00e9nie!), mais dont les quatre musiciens sont en quelque sorte des \u00e9chos, voire des \u00e9vocations oniriques.<\/p>\n<p>Lors de la cr\u00e9ation sc\u00e9nique de ce quatuor en 1999, Guido Molinari avait particip\u00e9 \u00e0 la sc\u00e9nographie du spectacle par la pr\u00e9sence de quatre sculptures\/installations auxquelles s&rsquo;int\u00e9graient les interpr\u00e8tes, portant des chemises aux couleurs unies rappelant ces \u00e9l\u00e9ments visuels. La reprise de cette performance dans la sc\u00e9nographie d&rsquo;origine \u00e9tait donc le clou de cet hommage \u00e0 l&rsquo;artiste visuel, et certainement l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le plus spectaculaire. Non seulement la partition est captivante (rappelant parfois <em>Black Angels<\/em> de George Crumb, mais aussi <em>Adieu, Robert Schumann<\/em> de Schafer lui-m\u00eame, ce dernier \u00e9tait particuli\u00e8rement habile \u00e0 donner de l&rsquo;\u00e9toffe \u00e0 des textes troubles), mais la performance des interpr\u00e8tes \u00e9tait carr\u00e9ment renversante. Nous saluons tout particuli\u00e8rement le violoncelliste <strong>Pierre-Alain Bouvrette<\/strong>, dont la partition renfermait un grand \u00e9pisode soliste jou\u00e9 dos au public qui comportait, en plus de son instrument, la manipulation d&rsquo;un chapeau\/sculpture \u00e0 la fois amusant et d\u00e9routant.<\/p>\n<p>La jeune soprano <strong>Odile Portugais<\/strong> incarnait avec force et tonus cette partition riche et complexe. Elle insufflait \u00e0 son personnage une sorte de na\u00efvet\u00e9 qui n&rsquo;avait rien d&rsquo;ang\u00e9lique, cachant tant bien que mal le trouble qui l&rsquo;anime int\u00e9rieurement. Elle d\u00e9montrait ainsi un sens dramatique ma\u00eetris\u00e9, que ses capacit\u00e9s vocales soutenaient avec panache.<\/p>\n<p>Le <strong>Quatuor Molinari<\/strong> offrait donc un concert en deux temps, dont la seconde partie marquera assur\u00e9ment le public, mais qui dans son int\u00e9gralit\u00e9 fait \u00e9tat de l&rsquo;engagement exemplaire de ces quatre musiciens pour la musique de cr\u00e9ation, pour l&rsquo;art contemporain et pour le soutien aux artistes d&rsquo;ici et d&rsquo;ailleurs. Ils n&rsquo;ont pas froid aux yeux et c&rsquo;est tout \u00e0 leur honneur. En quelque sorte, le <strong>Quatuor Molinari<\/strong> poursuit en musique \u2013 mais pas uniquement \u2013 le legs du peintre Molinari, enrichissant notre culture et notre milieu artistique avec intelligence et sensibilit\u00e9. C&rsquo;est l\u00e0 le plus beau des hommages.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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