{"id":84089,"date":"2024-09-27T06:30:19","date_gmt":"2024-09-27T10:30:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=84089"},"modified":"2024-09-30T08:00:04","modified_gmt":"2024-09-30T12:00:04","slug":"critique-debut-de-lintegrale-schubert-la-salle-bourgie-un-portrait-onirique-emballant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/09\/27\/critique-debut-de-lintegrale-schubert-la-salle-bourgie-un-portrait-onirique-emballant\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | D\u00e9but de l&rsquo;int\u00e9grale Schubert \u00e0 la Salle Bourgie : Un portrait onirique emballant"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_84090\" aria-describedby=\"caption-attachment-84090\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-84090\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE41.jpg\" alt=\"Ema Nikorovska et Nicolas Ellis avec l'Orchestre de l'Agora lors du concert d'ouverture de la saison de la Salle Bourgie. (Photo : courtoisie Salle Bourgie)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE41.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE41-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE41-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE41-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-84090\" class=\"wp-caption-text\">Ema Nikorovska et Nicolas Ellis avec l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Agora lors du concert d&rsquo;ouverture de la saison de la Salle Bourgie. (Photo : courtoisie Salle Bourgie)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Pour lancer l&rsquo;int\u00e9grale des m\u00e9lodies de Schubert (r\u00e9partie sur quatre ans : il y en a plus de 600, tout de m\u00eame!), l&rsquo;\u00e9quipe de la <strong>Salle Bourgie<\/strong> a fait appel \u00e0 l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Agora<\/strong> et \u00e0 son chef <strong>Nicolas Ellis<\/strong>, qui a concoct\u00e9 un concert-concept original et particuli\u00e8rement gratifiant.<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, soulignons le paradoxe : Schubert n&rsquo;a compos\u00e9 que des lieder pour piano et voix. Le lieder symphonique ne prendra son envol que sous la plume de Mahler et de Richard Strauss, soit plusieurs d\u00e9cennies apr\u00e8s la mort de Schubert et du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9lodie fran\u00e7aise, <em>Les Nuits d&rsquo;\u00e9t\u00e9<\/em> de Berlioz (premier cycle symphonique de m\u00e9lodies) compos\u00e9 en 1841, sera orchestr\u00e9 en 1856. C&rsquo;est dire que ce type de r\u00e9pertoire est loin d&rsquo;\u00eatre une pratique courante du vivant de Schubert. Or le potentiel symphonique de ces partitions a inspir\u00e9 de nombreux compositeurs, et non les moindres, pensons \u00e0 Brahms, Berlioz, Offenbach, Liszt, Reger, Webern, Britten &#8230;<\/p>\n<p>Il y a certes une exception \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0: il est g\u00e9n\u00e9ralement admis que la <em>Romanze<\/em> compos\u00e9e en 1823 pour la musique de sc\u00e8ne de <em>Rosamunde, Princesse de Chypre<\/em> de Helmina von Ch\u00e9zy soit inscrite \u00e0 la liste des lieder de Schubert, ce qui en fait le seul lied orchestr\u00e9 de sa main. D&rsquo;ailleurs, le c\u00e9l\u00e8bre <em>Entracte no 3<\/em> de <em>Rosamunde<\/em> \u00e9tait au programme de ce concert, mais pas la <em>Romanze<\/em>. On nous la r\u00e9serve peut-\u00eatre pour un autre concert orchestral d&rsquo;une saison subs\u00e9quente (car le r\u00e9pertoire des lieder orchestr\u00e9s est encore vaste. Il y a de la mati\u00e8re \u00e0 explorer!).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_84091\" aria-describedby=\"caption-attachment-84091\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-84091\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/SalleBourgie_ConcertOuverture_2024-09-25_Emile-Proulx-Cloutier.jpg\" alt=\"Le com\u00e9dien \u00c9mile Proulx-Cloutier. (Photo : courtoisie Salle Bourgie)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/SalleBourgie_ConcertOuverture_2024-09-25_Emile-Proulx-Cloutier.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/SalleBourgie_ConcertOuverture_2024-09-25_Emile-Proulx-Cloutier-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/SalleBourgie_ConcertOuverture_2024-09-25_Emile-Proulx-Cloutier-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/SalleBourgie_ConcertOuverture_2024-09-25_Emile-Proulx-Cloutier-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-84091\" class=\"wp-caption-text\">Le com\u00e9dien \u00c9mile Proulx-Cloutier. (Photo : courtoisie Salle Bourgie)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Voici donc l&rsquo;essence de ce concert : des lieder orchestr\u00e9s dialoguant avec des \u0153uvres symphoniques de Schubert. Et ce qui structure le tout est un texte de la main du compositeur, r\u00e9cit\u00e9 avec une sobri\u00e9t\u00e9 juste par le com\u00e9dien <strong>\u00c9mile Proulx-Cloutier<\/strong>, relatant un r\u00eave qui comporte (de fa\u00e7on troublante) les grands th\u00e8mes qui animent l\u2019\u0153uvre de Schubert. Le flot musical nous plonge dans ce parcours onirique, esth\u00e9tique et philosophique d\u00e9voilant la profondeur du compositeur viennois. Un parcours qui fait place aux moments de lumi\u00e8re (la si jolie <em>Cinqui\u00e8me symphonie<\/em>, trop peu jou\u00e9e), mais aussi \u00e0 ceux de d\u00e9tresse profonde (la <em>Symphonie inachev\u00e9e<\/em>). Les lieder choisis sont plut\u00f4t s\u00e9rieux, voire dramatique (<em>Erlk\u00f6ning<\/em> et <em>Der Zwerg<\/em>, sombres et terrifiants \u00e0 souhait), et lorsqu&rsquo;ils ont un apparat de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, ce n&rsquo;est finalement que pour couvrir un drame en filigrane.<\/p>\n<p>Le concept fonctionne bien parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas appuy\u00e9. La musique parle d&rsquo;elle-m\u00eame, et le texte offert en narration dirige notre \u00e9coute et nous permet de (re)d\u00e9couvrir Schubert au regard de ses afflictions, fussent-elles r\u00e9elles ou r\u00eav\u00e9es. L&rsquo;union de l&rsquo;art et de la vie, pr\u00e9occupations typiquement romantiques, devient ici limpide tout en \u00e9vitant l\u2019\u00e9cueil de certains clich\u00e9s. La soir\u00e9e est construite avec flair et sensibilit\u00e9, sans tape \u00e0 l\u2019\u0153il ou effet th\u00e9\u00e2tral \u00e9tay\u00e9.<\/p>\n<p>Il faut cependant accepter que les mouvements symphoniques deviennent dans ce contexte des univers ind\u00e9pendants. Ainsi, de la <em>Cinqui\u00e8me symphonie<\/em>, nous n&rsquo;avons entendu que les trois premiers mouvements, dans le d\u00e9sordre. \u00c0 la vue de cet agencement au programme imprim\u00e9, on craignait le pire, mais force est d&rsquo;admettre que si l&rsquo;on accepte cette approche, le flot musical propos\u00e9 d\u00e9voile sa propre dramaturgie et rend l&rsquo;exp\u00e9rience captivante, inspirante, et stimulante.<\/p>\n<p>La mezzo-soprano <strong>Ema Nikolovska<\/strong> a offert des interpr\u00e9tations sensibles et justes. Le timbre de sa voix trouvait des compl\u00e9ments radieux au sein de l&rsquo;orchestre, dont les couleurs riches (clarinettes moelleuses, cors chaleureux) et les textures diaphanes (l&rsquo;orchestre \u00e9tait bien petit, avec une section de cordes presque chambriste) \u00e9taient tout \u00e0 fait ad\u00e9quates pour conserver l&rsquo;intimit\u00e9 que ces \u0153uvres requi\u00e8rent. La direction agile et souple de <strong>Nicolas Ellis<\/strong> mettait en relief les subtilit\u00e9s des partitions. En usant de contrastes dynamiques bien dos\u00e9s, il donnait un panache \u00e0 ces \u0153uvres qui n\u00e9cessitent un certain sens du drame pour d\u00e9voiler leur plein potentiel.<\/p>\n<p>Un mot final pour souligner la pr\u00e9sence au programme de trois orchestrations command\u00e9es au compositeur canadien<strong> Ian Cusson<\/strong>, qui s&rsquo;inscrit dans la logique des propositions de Webern (clart\u00e9 des timbres, l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des textures), sans verser dans la vigueur quasi outranci\u00e8re de Berlioz (son orchestration d&rsquo;<em>Erlk\u00f6ning <\/em>brasse autant que sa <em>Symphonie fantastique<\/em>!). Il a d&rsquo;ailleurs exploit\u00e9 les trombones et les bassons avec originalit\u00e9 et th\u00e9\u00e2tralit\u00e9 dans <em>Fr\u00fchlingstraum<\/em>, extrait du <em>Winterreise<\/em>.<\/p>\n<p>Cette int\u00e9grale des lieder est donc bien lanc\u00e9e. Il faudra observer les propositions suivantes pour voir comment un tel r\u00e9pertoire sera bonifi\u00e9 par les collusions des \u0153uvres au programmes et par l&rsquo;intelligence et la musicalit\u00e9 des artistes invit\u00e9s. Mais force est de constater que ce premier concert ouvre le bal avec panache!<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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