{"id":83846,"date":"2024-09-12T13:22:10","date_gmt":"2024-09-12T17:22:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=83846"},"modified":"2024-12-31T13:32:50","modified_gmt":"2024-12-31T18:32:50","slug":"critique-enivrante-ouverture-de-saison-losm-avec-les-gurre-lieder","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/09\/12\/critique-enivrante-ouverture-de-saison-losm-avec-les-gurre-lieder\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Enivrante ouverture de saison \u00e0 l&rsquo;OSM avec les Gurre-Lieder"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_83849\" aria-describedby=\"caption-attachment-83849\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83849\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE37.jpg\" alt=\"Une sainte Trinit\u00e9 musicale : Rafael Payare, l'OSM et le post-romantisme! (Photo : Antoine Saito)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE37.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE37-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE37-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Copie-de-CRITIQUE37-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-83849\" class=\"wp-caption-text\">Une sainte Trinit\u00e9 musicale : Rafael Payare, l&rsquo;OSM et le post-romantisme! (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>La 91<sup>e<\/sup> saison de l&rsquo;<strong>OSM<\/strong> s&rsquo;est ouverte en soulignant avec le plus grand faste possible le 150<sup>e<\/sup> anniversaire du compositeur autrichien Arnold Schoenberg. Pari audacieux, relev\u00e9 avec succ\u00e8s! Comme nous le rappelle un humoriste dans une capsule promotionnelle, Schoenberg n&rsquo;a pas fait que du dod\u00e9caphonisme. Et puis, nous savons que \u00ab\u00a0le Schoenberg post-romantique\u00a0\u00bb et <strong>Rafael Payare<\/strong> font la paire et qu&rsquo;en y ajoutant l&rsquo;<strong>OSM<\/strong>, il convient presque de parler de sainte trinit\u00e9!<\/p>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre choisie \u00e9tait \u00e9videmment les <em>Gurre-Lieder<\/em>, une \u0153uvre de jeunesse qui visite g\u00e9n\u00e9reusement l&rsquo;h\u00e9ritage de Wagner et qui concourt avec Richard Strauss et Gustav Mahler tout en se forgeant une singularit\u00e9 remarquable par son orchestration, ses suspensions tonales de plus en plus \u00e9tendues et par la fameuse technique du <em>chant-parl\u00e9<\/em> (<em>Sprechgesang)<\/em>. Le faste tient quant \u00e0 lui \u00e0 sa dur\u00e9e, environ 100 minutes, et \u00e0 ses effectifs de plus de trois cents musiciens et choristes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_83852\" aria-describedby=\"caption-attachment-83852\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83852\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Mani-Soleymanlou_Antoine-Saito.jpg\" alt=\"Une main tendue l\u00e9g\u00e8re et efficace : Mani Soleymanlou. (Photo : Antoine Saito)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Mani-Soleymanlou_Antoine-Saito.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Mani-Soleymanlou_Antoine-Saito-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Mani-Soleymanlou_Antoine-Saito-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Mani-Soleymanlou_Antoine-Saito-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-83852\" class=\"wp-caption-text\">Une main tendue l\u00e9g\u00e8re et efficace : Mani Soleymanlou. (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Tout d&rsquo;abord, chapeau bas \u00e0 l&rsquo;\u00e9quipe artistique qui, attentive \u00e0 son public, prend soin de lui tendre la main pour l&rsquo;accompagner dans une aventure musicale qui demeure exigeante. \u00a0L&rsquo;ajout d&rsquo;un narrateur (<strong>Mani Soleymanlou<\/strong>) qui nous r\u00e9sume l&rsquo;argument des premi\u00e8re et troisi\u00e8me parties dans une prose l\u00e9g\u00e8re mais efficace, de m\u00eame que les sobres changements d&rsquo;\u00e9clairages (con\u00e7us par <strong>Anne-Catherine Simard-Deraspe<\/strong>) qui soulignent les ambiances du r\u00e9cit, contribuent favorablement \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience du concert. Cela est aussi appuy\u00e9 par une mise en sc\u00e8ne tr\u00e8s simple qui coordonne bien le ballet des entr\u00e9es et des sorties des solistes. Tout est fait avec retenue et finesse, sans \u00e0-coups, temps morts ou maladresses.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me aspect sous-jacent \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;\u0153uvre et qui a sans doute fait l&rsquo;objet d&rsquo;une attention particuli\u00e8re est celui de la configuration acoustique choisie. \u00a0Sur le papier, la conjonction des effectifs et de l&rsquo;enceinte de la Maison Symphonique converge vers un tr\u00e8s grand risque de saturation. <strong>Payare<\/strong> a choisi de tirer un maximum de rideaux et d&rsquo;abaisser le plafond pour r\u00e9duire la r\u00e9ponse impulsionnelle au maximum. R\u00e9sultat : avec une salle comble, l&rsquo;orchestre n&rsquo;a pratiquement plus d&rsquo;\u00e9cho mais le chef poss\u00e8de une plus grande marge de man\u0153uvre dans ses variations d&rsquo;intensit\u00e9.<\/p>\n<p>Si le probl\u00e8me de la saturation a \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9, la duret\u00e9 des bois, le per\u00e7ant des cuivres, la tonitruance des timbales et le manque de chaleur des cordes aigues en ont \u00e9t\u00e9 les cons\u00e9quences. Rien de fatal mais il y a pourtant un compromis possible qui exige de la direction musicale un contr\u00f4le plus rigoureux des nuances et qui ne peut pas se permettre de l\u00e2cher les fauves \u00e0 chaque <em>fortissimo<\/em>. Dans les <em>Gurre-Lieder, <\/em>tout est d\u00e9j\u00e0 inscrit implicitement dans l&rsquo;orchestration; c&rsquo;est elle qui dessine le profil des intensit\u00e9s et elle ne requiert que peu ou pas d&#8217;emphase. En outre, cela aurait aussi \u00e9vit\u00e9 de couvrir les solistes qui ne pouvaient tout simplement pas rivaliser avec les nombreux d\u00e9cha\u00eenements que <strong>Payare<\/strong> inspirait \u00e0 l&rsquo;orchestre.<\/p>\n<p>Ceci dit, l&rsquo;approche du chef demeure tr\u00e8s enivrante. Les trois moments de musique orchestrale ont fait entendre des tempos toniques et fluctuants comme l&rsquo;exige la partition. \u00a0L&rsquo;orchestre nous a fait quelques culbutes (fl\u00fbtes, timbales et cors dans 1er volet) mais la pr\u00e9cision n&rsquo;a fait que s&rsquo;accro\u00eetre et tout \u00e9tait bien en place pour les tr\u00e8s exigeantes pages qui accompagnent Klaus-Narr (<strong>Stephan R\u00fcgamer<\/strong>) et le R\u00e9citant (<strong>Ben<\/strong> <strong>Heppner<\/strong>) \u00e0 la fin du troisi\u00e8me volet. <strong>Payare<\/strong> a aussi profit\u00e9 de tout le d\u00e9ploiement de l&rsquo;oeuvre pour moduler son approche stylistique : tr\u00e8s attentif au d\u00e9bit des solistes, il a sculpt\u00e9 les sinuosit\u00e9s de la partition en arri\u00e8re-plan avec beaucoup de limpidit\u00e9 et on sent que c&rsquo;est la connexion mahl\u00e9rienne qui nourrit ses pr\u00e9f\u00e9rences.<\/p>\n<figure id=\"attachment_83847\" aria-describedby=\"caption-attachment-83847\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83847\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Clay-Hilley_Antoine-Saito.jpg\" alt=\"\u00c0 tous seigneur, tout honneur : le t\u00e9nor Clay Hilley. (Photo : Antoine Saito)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Clay-Hilley_Antoine-Saito.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Clay-Hilley_Antoine-Saito-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Clay-Hilley_Antoine-Saito-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Clay-Hilley_Antoine-Saito-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-83847\" class=\"wp-caption-text\">\u00c0 tous seigneur, tout honneur : le t\u00e9nor Clay Hilley. (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>La distribution vocale charg\u00e9 de porter le r\u00e9cit \u00e9tait, \u00e0 une exception pr\u00e8s, extraordinaire. \u00c0 tout seigneur tout honneur, rendons gr\u00e2ce au t\u00e9nor h\u00e9ro\u00efque <strong>Clay Hilley<\/strong> qui nous a offert une interpr\u00e9tation tr\u00e8s inspir\u00e9e, faite \u00e0 la fois d&rsquo;une fragile tendresse (<em>Waldemar mit Tove Stimme<\/em> et <em>Du wunderliche Tove, <\/em>bouleversant), de furie et de rage (<em>Ro\u00df!, mein Ro\u00df! <\/em>et <em>Herrgott wei\u00dft du Waldemar\u00a0 <\/em>m\u00eame si l&rsquo;orchestre \u00e9tait souvent trop fort) et qui n&rsquo;a jamais plac\u00e9 sa partition entre le public et lui. Son instrument vocal est un tr\u00e9sor rare qui combine \u00e0 la fois des graves au timbre barytonal, un m\u00e9dium lyrique souple et des aigus dramatiques qui se d\u00e9ploient autant dans une douceur fr\u00e9missante que dans une puissance au cuivre dor\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_83853\" aria-describedby=\"caption-attachment-83853\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83853\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Dorothea-Roschmann-et-Rafael-Payare_Antoine-Saito.jpg\" alt=\"Un r\u00f4le tr\u00e8s difficile : Dorothea R\u00f6schmann. (Photo : Antoine Saito)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Dorothea-Roschmann-et-Rafael-Payare_Antoine-Saito.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Dorothea-Roschmann-et-Rafael-Payare_Antoine-Saito-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Dorothea-Roschmann-et-Rafael-Payare_Antoine-Saito-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Dorothea-Roschmann-et-Rafael-Payare_Antoine-Saito-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-83853\" class=\"wp-caption-text\">Un r\u00f4le tr\u00e8s difficile : Dorothea R\u00f6schmann. (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>On ne peut pas en dire autant de sa partenaire, la soprano <strong>Dorothea R\u00f6schmann<\/strong> qui a pourtant grav\u00e9 des bijoux chez Schumann et Berg. Il faut dire d&#8217;embl\u00e9e que le r\u00f4le de Tove compos\u00e9 par Schoenberg est tr\u00e8s difficile et que sa r\u00e9ussite dans l&rsquo;interpr\u00e9tation tient presque du miracle. C&rsquo;est \u00e0 travers quatre courtes chansons qu&rsquo;elle doit convaincre en couvrant un large \u00e9ventail dramatique sans \u00eatre envahie par l&rsquo;orchestre. Malheureusement, elle n&rsquo;est pas tout-\u00e0-fait lumineuse dans <em>O, wenn des Mondes Strahlen<\/em>, on la sent un peu bouscul\u00e9e dans ce qui devrait \u00eatre une charmante et l\u00e9g\u00e8re valse viennoise (<em>Sterne jubeln<\/em>) et ses interactions avec Waldemar (<em>Nun sag ich dir zum ersten Mal<\/em>) sont entrav\u00e9es par une partition qu&rsquo;elle ne quitte que trop rarement du regard. <em>\u00a0<\/em>Mais la grande d\u00e9ception se pr\u00e9sente \u00e0 nous dans l&rsquo;impardonnable finale du <em>Du sendest mir einen Liebesblick<\/em> o\u00f9 le timbre des aigus devient alors criard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_83848\" aria-describedby=\"caption-attachment-83848\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83848\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Karen-Cargill_Antoine-Saito.jpg\" alt=\"Moment de gr\u00e2ce : Karen Cargill. (Photo : Antoine Saito)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Karen-Cargill_Antoine-Saito.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Karen-Cargill_Antoine-Saito-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Karen-Cargill_Antoine-Saito-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/09\/Gurrelieder_Karen-Cargill_Antoine-Saito-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-83848\" class=\"wp-caption-text\">Moment de gr\u00e2ce : Karen Cargill. (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Le passage le plus bouleversant de l&rsquo;\u0153uvre, t\u00e9moignage du g\u00e9nie incontestable du compositeur, survient dans le r\u00e9cit de la mort de Tove par la tourterelle des bois (<em>Stimme des Waldtaube)<\/em>. Moment de gr\u00e2ce r\u00e9ussi alors que la mezzo-soprano <strong>Karen Cargill<\/strong> fait totalement corps avec Payare et construit patiemment une tension vive qui explose dans un parfait calibrage (<em>Weit flog ich, Klage sucht&rsquo;ich und den Tod!)<\/em>. Tout y est : les graves profonds et envo\u00fbtants, des aigus \u00e9clatants (un peu ouverts) et une pr\u00e9sence sc\u00e9nique qui d\u00e9passe m\u00eame celle de Hilley, ce qui n&rsquo;est pas peu dire. Est-ce que ce n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 le moment id\u00e9al pour proposer l&rsquo;entracte?<\/p>\n<p>Le paysan du baryton <strong>Thomas E. Bauer<\/strong>, lui aussi concentr\u00e9 sur son texte et quelque peu en lutte avec le tempo de Payare, \u00e9tait remarquable dans sa diction et par la couleur de ses aigus. Le num\u00e9ro bouffon du t\u00e9nor <strong>Stephan R\u00fcgamer<\/strong> en Klaus-Narr \u00e9tait une spectaculaire d\u00e9monstration de coh\u00e9sion rythmique avec l&rsquo;orchestre et son timbre plus l\u00e9ger convenait au caract\u00e8re burlesque de son personnage. Enfin, moment de grande \u00e9motion (un autre!) lorsqu&rsquo;appara\u00eet sur sc\u00e8ne l&rsquo;immense <strong>Ben Heppner<\/strong> en r\u00e9citant (<em>Sprecher<\/em>) pour nous raconter comment la nature reprend ses droits. Son <em>parl\u00e9-chant\u00e9<\/em> est original et diversifi\u00e9, il fait entendre des inflexions vocales typiques \u00e0 cette technique mais aussi parfois du chant classique. En toute circonstance il s&rsquo;assure de garder un contact direct avec le public et il pr\u00e9pare patiemment le lever du soleil que chanteront ensuite les 200 choristes!<\/p>\n<p>La pr\u00e9paration du choeur par <strong>Andrew Megill<\/strong> fut exemplaire, en t\u00e9moignent une prononciation tr\u00e8s pr\u00e9cise et un bon \u00e9quilibre entre les registres. M\u00eame la disposition des femmes sur les c\u00f4t\u00e9s ne nous a pas sembl\u00e9 rompre l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de l&rsquo;ensemble. L&rsquo;acoustique s\u00e8che de la salle nous a permis de bien distinguer les entr\u00e9es de l&rsquo;\u00e9norme contrepoint des trois choeurs d&rsquo;hommes (<em>Gegr\u00fc\u00dft, o K\u00f6nig<\/em>), une v\u00e9ritable r\u00e9v\u00e9lation! Par contre, bien que le finale ait \u00e9t\u00e9 men\u00e9 de mains de ma\u00eetre, le manque de chaleur dans le son ne nous a pas permis d&rsquo;atteindre l&rsquo;extase tant attendue.<\/p>\n<p>L&rsquo;oeuvre, gigantesque et tr\u00e8s complexe, exigera toujours des compromis. Dans ce parcours qui m\u00e8ne \u00e0 des choix souvent difficiles pour concilier ses contradictions internes, Rafael Payare a fait preuve d&rsquo;une intelligence et d&rsquo;une coh\u00e9rence qui force l&rsquo;admiration. Souhaitons qu&rsquo;il ne faille pas attendre encore 18 ans pour pouvoir la revisiter et y d\u00e9couvrir encore des richesses insoup\u00e7onn\u00e9es.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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