{"id":83248,"date":"2024-08-19T13:35:12","date_gmt":"2024-08-19T17:35:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=83248"},"modified":"2024-08-30T13:54:19","modified_gmt":"2024-08-30T17:54:19","slug":"critique-11","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/08\/19\/critique-11\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Un Requiem de Verdi percutant, mais manquant de relief"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_83268\" aria-describedby=\"caption-attachment-83268\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83268\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Copie-de-CRITIQUE36.jpg\" alt=\"Les forces combin\u00e9es du choeur et de l'Orchestre symphoniques de Montr\u00e9al accompagnant les solistes Joyce El-Khoury, Rhiab Chaieb, Oreste Cosimo et Adam Palka, vendredi soir dernier. (Photo : Antoine Saito)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Copie-de-CRITIQUE36.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Copie-de-CRITIQUE36-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Copie-de-CRITIQUE36-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Copie-de-CRITIQUE36-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-83268\" class=\"wp-caption-text\">Les forces combin\u00e9es du choeur et de l&rsquo;Orchestre symphoniques de Montr\u00e9al accompagnant les solistes Joyce El-Khoury, Rihab Chaieb, Oreste Cosimo et Adam Palka, vendredi soir dernier. (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Heureusement que les murs de la Maison symphonique sont plus solides que les conduites d&rsquo;eau de Ville-Marie, parce que <strong>Rafael Payare<\/strong> et l&rsquo;<strong>OSM<\/strong> les ont mis \u00e0 rude \u00e9preuve vendredi soir avec un Requiem de Verdi d&rsquo;une puissance \u00e0 r\u00e9veiller les morts!<\/p>\n<p>Depuis son arriv\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;<strong>OSM<\/strong>, <strong>Rafael Payare<\/strong> a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il excelle \u00e0 faire \u00e9clater les forces d\u00e9cha\u00een\u00e9es d&rsquo;un orchestre qui ne demande pas mieux que de les lui livrer. Il suffit de repenser \u00e0 la fr\u00e9n\u00e9tique rendition du <em>Sacre du printemps<\/em> de septembre dernier, qui restera longtemps dans les annales, ou \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution ramass\u00e9e et percutante de la Septi\u00e8me symphonie de Mahler en janvier de cette ann\u00e9e, qui se jouait de ce que certaines analyses consid\u00e8rent \u00eatre des caract\u00e9ristiques probl\u00e9matiques de l&rsquo;\u0153uvre.<\/p>\n<p>Le fougueux chef aborde le Requiem de Verdi dans le m\u00eame esprit, avec des r\u00e9sultats moins convaincants. Ce jugement mitig\u00e9 n&rsquo;est certainement pas attribuable \u00e0 un manque d&rsquo;impact sonore : les diff\u00e9rentes it\u00e9rations du Dies Irae atteignaient un seuil de d\u00e9cibels presque \u00e0 la limite du tol\u00e9rable.<\/p>\n<p>Si cette fa\u00e7on qu&rsquo;a <strong>Payare<\/strong> de resserrer le discours musical donne de l&rsquo;\u00e9lan et fait ressortir l&rsquo;architecture dans Strauss, Mahler ou Chostakovitch, au contraire, elle embrouille Verdi en escamotant des d\u00e9tails de texture ou de conduite des voix qui lui donneraient du relief.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_83269\" aria-describedby=\"caption-attachment-83269\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83269\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Rafael-Payare-et-les-solistes-du-Requiem-de-Verdi_Viree-classique-2024_Antoine-Saito.jpg\" alt=\"Rafael Payare excelle \u00e0 faire \u00e9clater les forces d\u00e9cha\u00een\u00e9es d'un orchestre qui ne demande pas mieux que de les lui livrer. (Photo : Antoine Saito)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Rafael-Payare-et-les-solistes-du-Requiem-de-Verdi_Viree-classique-2024_Antoine-Saito.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Rafael-Payare-et-les-solistes-du-Requiem-de-Verdi_Viree-classique-2024_Antoine-Saito-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Rafael-Payare-et-les-solistes-du-Requiem-de-Verdi_Viree-classique-2024_Antoine-Saito-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Rafael-Payare-et-les-solistes-du-Requiem-de-Verdi_Viree-classique-2024_Antoine-Saito-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-83269\" class=\"wp-caption-text\">Rafael Payare excelle \u00e0 faire \u00e9clater les forces d\u00e9cha\u00een\u00e9es d&rsquo;un orchestre qui ne demande pas mieux que de les lui livrer. (Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9criture op\u00e9ratique employ\u00e9e par Verdi dans le Requiem, ou plut\u00f4t justement \u00e0 cause de celle-ci, il est primordial d&rsquo;aborder cette \u0153uvre d&rsquo;abord et avant tout comme un oratorio, de pousser ses diff\u00e9rentes parties &#8211; solistes, ch\u0153ur et orchestre &#8211; \u00e0 interagir et \u00e0 interpr\u00e9ter leurs lignes en respectant la nature du genre, et non comme des personnages d&rsquo;op\u00e9ra en manque d&rsquo;une intrigue. Est-ce que j&rsquo;entends par l\u00e0 que l&rsquo;ex\u00e9cution de vendredi soir manquait de ferveur religieuse? Effectivement, mais si on veut en rester au plancher des vaches et parler technique, il aurait suffi de porter attention \u00e0 la forme de la ligne m\u00e9lodique et de prendre conscience des intervalles (m\u00e9lodiques et harmoniques), les faire parler, pour d\u00e9j\u00e0 atteindre un autre niveau de sens.<\/p>\n<p>L&rsquo;exemple de l&rsquo;Agnus Dei peut tr\u00e8s bien servir \u00e0 illustrer ce qui manquait \u00e0 l&rsquo;ensemble de la prestation. Le mouvement est entonn\u00e9 par la soprano et la mezzo solistes, en octaves, ce que <strong>Joyce El-Khoury<\/strong> et <strong>Rihab Chaieb<\/strong> ont fait avec fondu et retenue. Une fois la phrase a cappella \u00ab\u00a0Agnus Dei, qui tollis peccata mundi, dona eis requiem\u00a0\u00bb (Agneau de Dieu, qui enl\u00e8ve le p\u00e9ch\u00e9 du monde, donne-nous la paix) compl\u00e9t\u00e9e, le ch\u0153ur et l&rsquo;orchestre la reprennent en monodie, c&rsquo;est-\u00e0-dire que plus de 150 personnes chantent et jouent exactement la m\u00eame chose, exactement en m\u00eame temps. Il faut que \u00e7a veuille dire quelque chose. Non seulement \u00e7a, mais la pr\u00e9sentation d&rsquo;une m\u00e9lodie pr\u00e9sent\u00e9e dans la plus grande sobri\u00e9t\u00e9 par deux voix f\u00e9minines seules et sa reprise par un grand nombre de voix et d&rsquo;instruments, comme happ\u00e9s par la force de cet appel, doivent \u00e9galement avoir un sens. Quand par la suite, les instruments ajoutent des lignes accompagnatrices, il faut que ces lignes viennent sculpter leur pr\u00e9sence dans ce monolithe pour faire \u00e9merger quelque chose de nouveau. Vendredi soir, aucun de ces changements de texture n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 mis en relief : on a travers\u00e9 l&rsquo;Agnus Dei comme si on traversait un couloir d&rsquo;a\u00e9roport, press\u00e9 de se rendre au bout.<\/p>\n<p>Il y a tout de m\u00eame eu plus de positif que de n\u00e9gatif au cours de la soir\u00e9e : le ch\u0153ur et l&rsquo;orchestre se sont d\u00e9pens\u00e9s sans compter pour rendre le texte musical avec le maximum d&rsquo;intensit\u00e9 exig\u00e9e par le chef. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 du spectrum de nuance, le d\u00e9but \u00e9tait magnifiquement doux et senti, de la part des cordes graves et du ch\u0153ur. L&rsquo;effet \u00ab\u00a0<em>surround<\/em>\u00a0\u00bb des trompettes dispos\u00e9es \u00e0 la mezzanine de chaque c\u00f4t\u00e9 de la sc\u00e8ne, r\u00e9pondant aux trompettes principales sur sc\u00e8ne, \u00e9tait tout \u00e0 fait r\u00e9ussi.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_83270\" aria-describedby=\"caption-attachment-83270\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-83270\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/08\/Joyce-El-Khoury-et-Rhiab-Chaieb_Antoine-Saito.jpg\" alt=\"La soprano Joyce El-Khoury et la mezzo Rhiab Chaieb. 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(Photo : Antoine Saito)<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Joyce El-Khoury<\/strong> et <strong>Rihab Chaieb<\/strong> ont affich\u00e9 une communion exceptionnelle, allant jusqu&rsquo;\u00e0 se tenir par la main lors d&rsquo;un duo. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, <strong>Chaieb<\/strong> s&rsquo;est d\u00e9marqu\u00e9e par son engagement musical. La basse polonaise <strong>Adam Palka<\/strong> poss\u00e8de un timbre agr\u00e9able, chaleureux, et une voix qui projette bien, la diction en moins. Le t\u00e9nor <strong>Oreste Cosimo<\/strong> n&rsquo;est pas sans qualit\u00e9s non plus, mais \u00e9tait l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment le moins int\u00e9ressant du quatuor vocal.<\/p>\n<p>Le ch\u0153ur a offert une ex\u00e9cution solide, bien pr\u00e9par\u00e9e par <strong>Andrew Megill<\/strong>, une pr\u00e9paration qui ne suffira cependant jamais \u00e0 pallier l&rsquo;absence d&rsquo;interventions cibl\u00e9es de la part du chef sur le podium pour nettoyer les consonnes finales.<\/p>\n<p>Dans le contexte de cette Vir\u00e9e classique \u00e0 la th\u00e9matique m\u00e9diterran\u00e9enne, le Requiem de Verdi repr\u00e9sentait un excellent choix de programme, ralliant \u00e0 la fois les m\u00e9lomanes avertis et les n\u00e9ophytes qu&rsquo;on veut convaincre que la musique classique n&rsquo;est pas plate. Esp\u00e9rons que les files aper\u00e7ues \u00e0 la billetterie de la Place des arts au cours de la fin de semaine comptaient en leur nombre des converti\u00b7e\u00b7s voulant se procurer des billets pour des concerts de la saison r\u00e9guli\u00e8re.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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