{"id":82778,"date":"2024-07-18T03:49:03","date_gmt":"2024-07-18T07:49:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=82778"},"modified":"2025-01-03T14:16:02","modified_gmt":"2025-01-03T19:16:02","slug":"critique-die-schone-mullerin-par-matthias-goerne-un-baume-sur-lame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/07\/18\/critique-die-schone-mullerin-par-matthias-goerne-un-baume-sur-lame\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Die sch\u00f6ne M\u00fcllerin par Matthias Goerne : un baume sur l\u2019\u00e2me"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_82779\" aria-describedby=\"caption-attachment-82779\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-82779\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/07\/Copie-de-CRITIQUE28.jpg\" alt=\"Le baryton allemand Matthias Goerne (Photo : Marie Staggart)\" width=\"1200\" height=\"628\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/07\/Copie-de-CRITIQUE28.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/07\/Copie-de-CRITIQUE28-300x157.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/07\/Copie-de-CRITIQUE28-1024x536.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/07\/Copie-de-CRITIQUE28-768x402.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-82779\" class=\"wp-caption-text\">Le baryton allemand Matthias Goerne (Photo : Marie Staggart)<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mardi dernier, j\u2019ai quitt\u00e9 la collante Montr\u00e9al pour effectuer une petite escapade musicale dans Lanaudi\u00e8re. Sans m\u00eame avoir \u00e0 subir les affres du trafic (une raret\u00e9 en cette p\u00e9riode de l\u2019ann\u00e9e), je me suis rendue \u00e0 Saint-Sulpice, charmante municipalit\u00e9 qui accueillait ce soir-l\u00e0 en son \u00e9glise le r\u00e9cital du c\u00e9l\u00e8bre baryton <strong>Matthias Goerne<\/strong> et du pianiste <strong>Anton Mejias<\/strong>, pr\u00e9sent\u00e9 par le <strong>Festival de Lanaudi\u00e8re<\/strong>.<\/p>\n<p>Cette \u00e9glise, elle a certainement v\u00e9cu les grands vents et les soleils ardents depuis presque cent ans, mais elle se tient encore majestueusement face au fleuve. Pour ajouter \u00e0 l\u2019ambiance, il pleuvait un peu, comme si Dame Nature avait planifi\u00e9 le coup : elle savait que <i>Die sch\u00f6ne M\u00fcllerin <\/i>n\u00e9cessitait un certain myst\u00e8re et une nostalgie propres aux temps gris.<\/p>\n<p>Les spectateurs <i>jasouillent<\/i> en attendant le d\u00e9but du r\u00e9cital, le directeur artistique du Festival <strong>Renaud Lorang<\/strong>er fait une br\u00e8ve mais sympathique introduction, puis <strong>Matthias Goerne<\/strong> entre sur sc\u00e8ne. La l\u00e9gende. Il y avait quelque chose po\u00e9tique \u00e0 voir cet artiste \u2013 habitu\u00e9 aux salles iconiques comme Carnegie Hall ou la Philharmonie de Berlin \u2013 se tenir devant nous au c\u0153ur d\u2019une \u00e9glise de campagne, face au Saint-Laurent. La toute premi\u00e8re fois que j\u2019ai entendu <i>Die sch\u00f6ne M\u00fcllerin<\/i>, c\u2019\u00e9tait exactement interpr\u00e9t\u00e9 par ce m\u00eame homme, dans une superbe version enregistr\u00e9e sur disque (celle de 2002, il me semble).<\/p>\n<p>Les deux artistes marchent d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9 vers le piano, saluent. Goerne prend une inspiration\u2026 puis il nous parle pendant un peu plus d\u2019une heure. Il nous raconte sa longue introspection, \u00e9voquant la nature pour nous d\u00e9crire son paysage int\u00e9rieur. Oui, je sais bien qu\u2019il n\u2019est ni le compositeur ni le po\u00e8te de l\u2019\u0153uvre, mais son interpr\u00e9tation est si juste, si ressentie qu\u2019on pourrait croire qu\u2019il \u00e9crit tout sur le coup, comme d\u2019une inspiration soudaine.<\/p>\n<p>La timbre de Goerne est luxueux : ses aigus sont comme un ruban de soleil et ses graves ont la maturit\u00e9 de l\u2019artiste accompli qu\u2019il est. Il danse parfois en chantant (j\u2019ai eu peur \u00e0 quelques reprises, craignant qu\u2019il se cogne la t\u00eate contre la queue ouverte du piano!), et par-dessus tout, il d\u00e9clame ces po\u00e8mes avec un legato \u00e0 faire mourir de jalousie. Tout chante, jusqu\u2019\u00e0 ses consonnes <i>M<\/i> et <i>N<\/i> bien r\u00e9sonnantes qui connectent sa voix \u00e0 son \u00e2me.<\/p>\n<p>Je me suis quelques fois retourn\u00e9e pendant le r\u00e9cital pour observer (discr\u00e8tement, \u00e9videmment) les membres du public. La salle \u00e9tait dans un \u00e9tat de recueillement. J\u2019ai vu une dame qui souriait b\u00e9atement en se ber\u00e7ant pendant le lied no.9 (celui qui commence par \u00ab Bonjour, belle meuni\u00e8re! \u00bb). J\u2019ai aper\u00e7u \u00e9galement le directeur g\u00e9n\u00e9ral du Festival, Xavier Roy, en pleine contemplation tandis qu\u2019il entendait Goerne nous offrir SA <i>Sch\u00f6ne M\u00fcllerin<\/i>. M\u00eame les petits craquements de l\u2019\u00e9glise ressemblaient \u00e0 de doux secrets murmur\u00e9s en souvenir des temps pass\u00e9s et contribuaient \u00e0 la magie du moment.<\/p>\n<p>Goerne chante pour lui, pour nous. Nous avons entendu une version d\u2019anthologie, presque comme sur ses disques, mais avec la maturit\u00e9 de celui qui a v\u00e9cu et qui am\u00e8ne avec lui sur sc\u00e8ne tout ce qu\u2019il est, sans essayer de se cacher ni de pr\u00e9tendre \u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre. Cette exp\u00e9rience sera tr\u00e8s certainement une le\u00e7on de style inestimable dont profitera le jeune pianiste Anton Mejias, qui a bien jou\u00e9, au cours des prochains projets de collaboration avec le baryton. On pense \u00e0 Goerne qui a lui-m\u00eame \u00e9tudi\u00e9 avec Hans-Joachim Beyer, Elisabeth Schwarzkopf et Dietrich Fischer-Dieskau\u2026 c\u2019est inspirant de voir cet art transmis d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l\u2019autre par ses plus grands ma\u00eetres.<\/p>\n<p>Vous l\u2019aurez devin\u00e9 \u00e0 la lecture de ce texte : j\u2019ai ador\u00e9 ma soir\u00e9e musicale, mais aussi l\u2019exp\u00e9rience humaine qui enrobait le tout. Le reste du public semblait d\u2019accord avec moi, puisque Goerne et Mejias ont eu droit \u00e0 une tr\u00e8s longue ovation ponctu\u00e9e d\u2019une multitude de cris enjou\u00e9s et de \u00ab Bravo! \u00bb. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 surprise de ne pas apercevoir de chanteurs dans la foule. Chers coll\u00e8gues, vous avez manqu\u00e9 quelque chose! Moi en tout cas, j\u2019y ai beaucoup appris!<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019un \u00e9v\u00e9nement d\u2019un soir. Un petit po\u00e8me grandiose. L\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e9rit\u00e9 fait souvent la beaut\u00e9 des arts vivants : alors qu\u2019il est impossible d\u2019encapsuler les atmosph\u00e8res en concert, il faut simplement garder bien pr\u00e9cieusement dans nos souvenirs ce qu\u2019ils ont provoqu\u00e9 en nous.<\/p>\n<p>En sortant de l\u2019\u00e9glise, la lune brillait de toute sa splendeur sur le fleuve, et le ciel avait eu le temps de s\u2019\u00e9claircir un peu\u2026<\/p>\n<p>Matthias Goerne sera de nouveau au Festival de Lanaudi\u00e8re ce vendredi dans le concert \u00ab Rafael Payare dirige <i>Zarathustra<\/i> \u00bb pour chanter \u00ab Les Adieux de Wotan \u00bb, extrait de l&rsquo;op\u00e9ra <em>Die Walk\u00fcre<\/em> de Wagner. C&rsquo;est une occasion \u00e0 ne pas manquer!<\/p>\n<p>LE 19 JUILLET, 20 H, AMPHITH\u00c9\u00c2TRE FERNAND-LINDSAY <a href=\"https:\/\/lanaudiere.org\/fr\/programmation\/rafael-payare-dirige-zarathustra\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">D\u00c9TAILS ET BILLETS<\/a><\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! La musique classique et l\u2019op\u00e9ra en 5 minutes, chaque jour<\/em> <a href=\"https:\/\/ludwig-van.us9.list-manage.com\/subscribe?u=4f785cb3f9058f2393ccad035&amp;id=b9b160c032\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ICI<\/a><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mardi dernier, j\u2019ai quitt\u00e9 la collante Montr\u00e9al pour effectuer une petite escapade musicale dans Lanaudi\u00e8re. 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