{"id":80744,"date":"2024-03-28T17:50:56","date_gmt":"2024-03-28T21:50:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=80744"},"modified":"2024-03-29T16:00:00","modified_gmt":"2024-03-29T20:00:00","slug":"critique-bach-dans-une-boite-bento","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2024\/03\/28\/critique-bach-dans-une-boite-bento\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Bach dans une bo\u00eete bento : La Passion selon saint Jean \u00e0 l&rsquo;OSM"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_80752\" aria-describedby=\"caption-attachment-80752\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-80752\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/03\/Masaaki-Suzuki020_c_MarcoBorggreve.jpg\" alt=\"Masaaki Suzuki, sp\u00e9cialiste de la musique de Bach, dirigeait l'OSM et les solistes invit\u00e9s dans la Passion selon Saint-Jean (Photo : Marco Borggreve)\" width=\"1200\" height=\"800\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/03\/Masaaki-Suzuki020_c_MarcoBorggreve.jpg 1200w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/03\/Masaaki-Suzuki020_c_MarcoBorggreve-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/03\/Masaaki-Suzuki020_c_MarcoBorggreve-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2024\/03\/Masaaki-Suzuki020_c_MarcoBorggreve-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1200px) 100vw, 1200px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-80752\" class=\"wp-caption-text\">Masaaki Suzuki, sp\u00e9cialiste de la musique de Bach, dirigeait l&rsquo;OSM et les solistes invit\u00e9s dans la Passion selon saint Jean (Photo : Marco Borggreve)<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong><em><span style=\"color: #808080;\">Hier soir avait lieu \u00e0 la Maison symphonique la premi\u00e8re de deux repr\u00e9sentations de la Passion selon saint Jean par l&rsquo;OSM sous la direction du r\u00e9put\u00e9 sp\u00e9cialiste Masaaki Suzuki. Sans prendre place parmi les versions de r\u00e9f\u00e9rence, la soir\u00e9e a permis de d\u00e9couvrir une vision diff\u00e9rente, avec de grands moments et des passages indiff\u00e9rents, de cette oeuvre de Bach.<br \/>\n<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les bo\u00eetes bento sont les bo\u00eetes \u00e0 lunch japonaises dans lesquelles sont servis des repas complets de fa\u00e7on \u00e0 la fois esth\u00e9tique et fonctionnelle, chaque \u00e9l\u00e9ment proprement plac\u00e9 dans son compartiment allou\u00e9. Un monde de fantaisie peut se d\u00e9ployer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une bo\u00eete bento, mais cette fantaisie doit respecter le cadre impos\u00e9 par les compartiments rigides.<\/p>\n<p>Comme un repas soigneusement plac\u00e9 dans une bo\u00eete bento, l\u2019interpr\u00e9tation de la musique de Bach propos\u00e9e par <strong>Masaaki Suzuki<\/strong> s\u2019ins\u00e8re dans des param\u00e8tres rigoureux : une fois un tempo \u00e9tabli, le chef japonais n\u2019en d\u00e9roge pas. Pas question de s\u2019\u00e9pancher sur un encha\u00eenement harmonique particulier, sur une dissonance \u00e9vocatrice ou sur un saut d\u2019intervalle \u00e9loquent. Ce qui n\u2019est pas pour dire que le chef n\u2019ait pas conscience de ces occurrences : consid\u00e9r\u00e9 comme un grand sp\u00e9cialiste de Bach depuis la fondation du <strong>Bach Collegium Japan<\/strong> en 1990, il conna\u00eet cette musique comme le fond de sa poche.<\/p>\n<p>Dans sa version, c&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;auditeur avide de ces subtilit\u00e9s que revient la responsabilit\u00e9 de les chercher avec l\u2019oreille, plut\u00f4t que ce soit le chef qui attire l&rsquo;attention du public sur un aspect en particulier. \u00c7a aiguise les sens!<\/p>\n<p>Reste que contrainte par les tempos stricts de Suzuki, la magie n\u2019op\u00e9rait pas toujours\u00a0: dans les passages plus exigeants, les voix du ch\u0153ur ou les lignes instrumentales n\u2019avaient pas le temps de fusionner ensemble, occup\u00e9es qu\u2019elles \u00e9taient \u00e0 creuser leur propre sillon dans le roulement acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 impos\u00e9 par le chef.<\/p>\n<h3>Mauro Peter \u00e0 la rescousse<\/h3>\n<p>Chez tous les intervenants, la deuxi\u00e8me partie a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une plus grande aise, musicalement et dramatiquement.<\/p>\n<p>Il faut dire que le d\u00e9but avait \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 d\u2019impr\u00e9vu\u00a0: le t\u00e9nor qui devait chanter l\u2019\u00c9vang\u00e9liste, <strong>Werner G\u00fcra<\/strong>, \u00e9tait indispos\u00e9 par un rhume. Coup de chance, un remplacement se trouvait \u00e0 port\u00e9e de main puisque <strong>Mauro Peter<\/strong>, engag\u00e9 pour les trois airs de t\u00e9nor, connaissait bien la partie pour l\u2019avoir chant\u00e9e pas plus tard que la semaine derni\u00e8re \u00e0 Amsterdam. Apr\u00e8s des premi\u00e8res interventions manquant un peu d\u2019aise, Peter a livr\u00e9 une narration dramatique prenante en tant qu\u2019\u00c9vang\u00e9liste et une interpr\u00e9tation fluide et souple des airs de t\u00e9nor.<\/p>\n<p>Son \u00e9volution semble avoir eu des r\u00e9percussions sur son vis-\u00e0-vis, <strong>Bernhard Hansky<\/strong> dans le r\u00f4le de J\u00e9sus. Hansky a aussi eu un d\u00e9but l\u00e9g\u00e8rement timide et tranquillement gagn\u00e9 en pr\u00e9sence, pour malgr\u00e9 tout plafonner avant d\u2019atteindre le degr\u00e9 d\u2019autorit\u00e9 souhaitable pour camper un J\u00e9sus au caract\u00e8re divin convaincant.<\/p>\n<p>Parlant de caract\u00e8re divin, paradoxalement, le contre-t\u00e9nor <strong>Reginald Mobley<\/strong> p\u00eache par l\u2019exc\u00e8s inverse\u00a0: il poss\u00e8de un timbre remarquable, cristallin, pur comme une eau de glacier \u2013 mais d\u00e9sincarn\u00e9 au point de cr\u00e9er un d\u00e9tachement, une distance par rapport \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience humaine. Ne serait-ce de cette distance, son <em>Es ist vollbracht<\/em> avec le jeu sensible de <strong>M\u00e9lisande Corriveau<\/strong> \u00e0 la viole de gambe \u00e9tait tr\u00e8s beau. Au tout dernier \u00ab\u00a0<em>es ist vollbracht<\/em>\u00a0\u00bb, sa voix s\u2019est enrou\u00e9e de fa\u00e7on pratiquement imperceptible, ce qui a ajout\u00e9 de l\u2019\u00e9motion et de la finalit\u00e9 au moment.<\/p>\n<p>Le timbre de la soprano <strong>Sherezade Panthaki<\/strong> s\u2019apparente \u00e0 celui de Mobley pour l\u2019aspect cristallin, mais avec plus de prudence et de statisme c\u00f4t\u00e9 interpr\u00e9tation.<\/p>\n<p>Non cr\u00e9dit\u00e9 dans le programme, le Montr\u00e9alais <strong>Geoffroy Salvas<\/strong> a livr\u00e9 un Pilate convaincant et bien timbr\u00e9, en faisant un interlocuteur \u00e0 la hauteur pour ses \u00e9changes avec J\u00e9sus et l&rsquo;\u00c9vang\u00e9liste.<\/p>\n<p>Le ch\u0153ur r\u00e9duit a brill\u00e9 particuli\u00e8rement dans les chorals, riches en vari\u00e9t\u00e9 de phras\u00e9s, de nuances et de couleurs. L\u2019air de J\u00e9sus <em>Mein teurer Heiland<\/em>, superpos\u00e9 au choral <em>Jesu, der du warest tot<\/em> chant\u00e9 en retenue par un ch\u0153ur rest\u00e9 assis, a form\u00e9 un grand moment de la deuxi\u00e8me partie.<\/p>\n<p>Les grands ch\u0153urs contrapuntiques \u00e9taient aussi r\u00e9ussis, d\u00e9fendus \u00e9galement dans toutes les voix. Dans les interventions ponctuelles, les entr\u00e9es plus faibles peuvent \u00eatre mises sur le compte d\u2019une pr\u00e9paration tardive de la part du chef (\u00ab\u00a0Wohin, wohin\u00a0\u00bb dans <em>Eilt, eilt, ihr angefochtnen Seelen<\/em>).<\/p>\n<p>Dans les mouvements avec ch\u0153ur, o\u00f9 elle \u00e9tait employ\u00e9e au complet, la section des graves de l\u2019orchestre \u00e9tait souvent trop lourde, avec ses deux basses, trois violoncelles, deux claviers (clavecin et orgue), basson et contrebasson. Dans les mouvements \u00e0 l\u2019instrumentation plus l\u00e9g\u00e8re cependant, le continuo s\u2019est bien acquitt\u00e9 de sa t\u00e2che, au sein du cadre serr\u00e9 \u00e9tabli par le chef.<\/p>\n<p>La Passion selon saint Jean est reprise ce soir \u00e0 19 h 30 \u00e0 la Maison symphonique.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! La musique classique et l\u2019op\u00e9ra en 5 minutes, chaque jour<\/em> <a href=\"https:\/\/ludwig-van.us9.list-manage.com\/subscribe?u=4f785cb3f9058f2393ccad035&amp;id=b9b160c032\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ICI\u00a0<\/a><\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hier soir avait lieu \u00e0 la Maison symphonique la premi\u00e8re de deux repr\u00e9sentations de la Passion selon Saint Jean par l&rsquo;OSM sous la direction du r\u00e9put\u00e9 sp\u00e9cialiste Masaaki Suzuki. 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