{"id":72734,"date":"2022-09-11T09:56:58","date_gmt":"2022-09-11T13:56:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=72734"},"modified":"2022-09-11T14:01:23","modified_gmt":"2022-09-11T18:01:23","slug":"critique-il-trovatore-distribution-etincelante-decor-morose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2022\/09\/11\/critique-il-trovatore-distribution-etincelante-decor-morose\/","title":{"rendered":"CRITIQUE\u00a0| Il Trovatore: une distribution \u00e9tincelante dans un d\u00e9cor morose"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_72739\" aria-describedby=\"caption-attachment-72739\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-72739\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2022\/09\/Il-Trovatore-cr-Vivien-Gaumand.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-72739\" class=\"wp-caption-text\">De gauche \u00e0 droite: Matthew Trevino (Ferrando), Marie-Nicole Lemieux (Azucena), \u00c9tienne Dupuis (comte de Luna) (Photo: Vivien Gaumand)<\/figcaption><\/figure>\n<h3><span style=\"color: #808080;\">De tous les op\u00e9ras de Verdi, <em>Il Trovatore<\/em> est l&rsquo;un de ceux dont l&rsquo;intrigue est la plus \u00e9chevel\u00e9e et truff\u00e9e de rebondissements. \u00c0 voir le d\u00e9cor et la mise en sc\u00e8ne de la production pr\u00e9sent\u00e9e en premi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al, hier, on se serait plut\u00f4t cru \u00e9gar\u00e9s dans une sc\u00e8ne du Dialogue des Carm\u00e9lites.\u00a0<\/span><\/h3>\n<p>Avant d&rsquo;aller plus loin, pr\u00e9cisons le plus important: les interpr\u00e8tes sont fantastiques. <strong>Marie-Nicole Lemieux<\/strong> (Azucena), <strong>Luc Robert<\/strong> (Manrico), <strong>\u00c9tienne Dupuis<\/strong> (Comte de Luna), <strong>Nicole Car<\/strong> (Leonora) forment un quatuor de h\u00e9ros quasi infaillibles et de calibre international.<\/p>\n<p>Malheureusement, on les fait \u00e9voluer dans un d\u00e9cor d&rsquo;une aust\u00e9rit\u00e9 monacale qui a l&rsquo;effet d&rsquo;un \u00e9teignoir sur cette histoire rocambolesque, comme si on avait voulu en retirer toute les couleurs et la magie. Les chanteurs se d\u00e9placent sur une sc\u00e8ne noire en pente, lisse et vide, sans mobilier, devant un fond sombre qui repr\u00e9sente la nuit au clair de lune.<\/p>\n<p>Des changements surviendront dans cette toile de fond aux actes suivants, mais le tout reste minimaliste, sans \u00e9clat et lugubre. Un d\u00e9cor d\u00e9sincarn\u00e9 qui nous donne peu d&rsquo;indices sur l&rsquo;\u00e9poque, les lieux, la symbolique, le sens de l&rsquo;\u0153uvre ou de quelconques r\u00e9f\u00e9rences culturelles, comme si on avait voulu cr\u00e9er une trame g\u00e9n\u00e9rique que l&rsquo;on pourrait recycler plus tard dans une autre production. Les costumes sont d&rsquo;\u00e9poque, mais quelconques.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;exception d&rsquo;un bouquet de fleurs noires omnipr\u00e9sent dans les bras d&rsquo;Azucena, ainsi que des lances des soldats, il y a aussi absence d&rsquo;accessoires. Au deuxi\u00e8me acte, le feu des gitans est un cercle de lumi\u00e8re orange projet\u00e9 au sol, et le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab\u00a0Ch\u0153ur des enclumes\u00a0\u00bb n&rsquo;a pas d&rsquo;enclumes. Apr\u00e8s tout, pourquoi faire plaisir au public quand on peut l&rsquo;en priver?<\/p>\n<p>Bref, tant les \u00e9l\u00e9ments sc\u00e9nographiques que la mise en sc\u00e8ne et la direction d&rsquo;acteurs de <strong>Michel-Maxime Legault<\/strong> donnent l&rsquo;impression d&rsquo;une lecture de l&rsquo;\u0153uvre demeur\u00e9e en surface, sans direction consistante. Il est justifi\u00e9 de vouloir sortir des clich\u00e9s et des mises en sc\u00e8ne traditionnelles, mais il faut alors proposer des id\u00e9es, une vision alternative qui apporte un \u00e9clairage nouveau.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on veut \u00e0 tout prix y voir du positif, disons que cette sobri\u00e9t\u00e9 excessive a pour effet de recentrer l&rsquo;attention de l&rsquo;auditoire sur la beaut\u00e9 des voix.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_72740\" aria-describedby=\"caption-attachment-72740\" style=\"width: 1200px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-72740\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2022\/09\/Nicole-Car-\u00a9Viviengaumand_88.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"800\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-72740\" class=\"wp-caption-text\">Nicole Car, soprano, incarne Leonora dans Il Trovatore \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al du 10 au 18 septembre 2022 (Photo: Vivien Gaumand)<\/figcaption><\/figure>\n<h3><strong>Les interpr\u00e8tes<\/strong><\/h3>\n<p><strong>\u00c9tienne Dupuis<\/strong> est un baryton fiable: on peut toujours compter sur lui pour des prestations vocales impeccables, qui gagnent en souplesse et en profondeur avec les ann\u00e9es. Cette fois-ci, il est tout aussi impressionnant, tant sur le plan musical que celui de la technique vocale, mais il projette l&rsquo;image d&rsquo;un comte de Luna plus froid et calculateur que col\u00e9rique et amoureux. On aurait aim\u00e9 qu&rsquo;il insuffle plus de passion \u00e0 son personnage.<\/p>\n<p>Comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas dans <a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2019\/09\/15\/critique-eugene-oneguine-a-lopera-de-montreal-une-reussite-sur-toute-la-ligne\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Eug\u00e8ne On\u00e9guine\u00a0<\/em>en 2019<\/a>, <strong>Nicole Car<\/strong> est sublime. Une voix pure, ma\u00eetris\u00e9e, sans d\u00e9fauts, qui nous fait entendre des couleurs et des subtilit\u00e9s magnifiques. Elle sera chaudement applaudie.<\/p>\n<p><strong>Luc Robert<\/strong> est excellent, sensible, dot\u00e9 d&rsquo;une voix mature et souple, bien camp\u00e9 dans le r\u00f4le de Manrico, avec quelques petits moments de fatigue.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 <strong>Marie-Nicole Lemieux<\/strong> que revient la palme de l&rsquo;interpr\u00e9tation, dans le r\u00f4le extr\u00eamement exigeant de la gitane Azucena. Th\u00e9\u00e2trale et convaincante en plus de chanter \u00e0 la perfection, elle donne du relief \u00e0 son personnage sans tomber dans la caricature et les clich\u00e9s habituels de la m\u00e9chante sorci\u00e8re. Azucena n&rsquo;est pas qu&rsquo;une marginale vengeresse, c&rsquo;est aussi une m\u00e8re et une femme d\u00e9chir\u00e9e, tourment\u00e9e par le remord. La contralto en comprend bien les paradoxes et nous la montre dans toute sa complexit\u00e9. Les plus beaux moments lyriques de la soir\u00e9e sont d&rsquo;ailleurs les duos entre elle et son fils Manrico, <strong>Luc Robert.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Certains aspects auraient pu \u00eatre mieux travaill\u00e9s, dont les interactions entre les personnages, qui sont peu d\u00e9velopp\u00e9es. Si leurs voix se compl\u00e8tent et fusionnent, le jeu sc\u00e9nique n&rsquo;a pas suivi, et on ne sent pas de chimie particuli\u00e8rement entre eux, ils se regardent peu, m\u00eame les amoureux se touchent \u00e0 peine. Quand Leonora meurt, \u00e9tendue par terre, elle semble un peu laiss\u00e9e \u00e0 elle-m\u00eame. Manrico se tient derri\u00e8re elle sans la soutenir. Ont-ils peur d&rsquo;attraper la COVID? Leur langage corporel ne suit pas l&rsquo;intensit\u00e9 du moment. C&rsquo;est un non-sens. En cette premi\u00e8re, il n&rsquo;y a pas de complicit\u00e9 \u00e9vidente au sein de la distribution.<\/p>\n<p>Quant aux personnages secondaires, ils sont assez bien servis par <strong>Matthew Trevi\u00f1o<\/strong> (Ferrando), <strong>Kirsten LeBlanc<\/strong> (I\u00f1ez) et <strong>Angelo Moretti<\/strong> (Ruiz). L&rsquo;<strong>Orchestre M\u00e9tropolitain<\/strong>, dirig\u00e9 par <strong>Jacques Lacombe<\/strong>, ainsi que les ch\u0153urs, s&rsquo;acquittent de leur t\u00e2che avec professionnalisme.<\/p>\n<h3>Y allez ou ne pas y aller?<\/h3>\n<p>La question ne se pose m\u00eame pas: pour la qualit\u00e9 exceptionnelle des interpr\u00e8tes, on y va.<\/p>\n<p><strong>D&rsquo;autres repr\u00e9sentations auront lieu les 13, 15 et 18 septembre.<\/strong> <a href=\"https:\/\/www.operademontreal.com\/programmation\/il-trovatore\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">D\u00c9TAILS ET BILLETS<\/a><\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! La musique classique et l&rsquo;op\u00e9ra en 5 minutes, chaque jour<\/em> \u00a0<span style=\"color: #ff0000;\"><a style=\"color: #ff0000;\" href=\"https:\/\/ludwig-van.us9.list-manage.com\/subscribe?u=4f785cb3f9058f2393ccad035&amp;id=b9b160c032\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">ICI\u00a0<\/a><\/span><\/h2>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De tous les op\u00e9ras de Verdi, Il Trovatore est l&rsquo;un de ceux dont l&rsquo;intrigue est la plus \u00e9chevel\u00e9e et truff\u00e9e de rebondissements. \u00c0 voir le d\u00e9cor et la mise en sc\u00e8ne de la production pr\u00e9sent\u00e9e en premi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al, hier, on se serait plut\u00f4t cru \u00e9gar\u00e9s dans une sc\u00e8ne du Dialogue des Carm\u00e9lites.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":72739,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[42010,10956,52],"tags":[42007,2498],"yst_prominent_words":[33508,18704,10519,9886,11145,10541,9971],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2022\/09\/Il-Trovatore-cr-Vivien-Gaumand.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9bdYt-iV8","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72734"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=72734"}],"version-history":[{"count":13,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72734\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":72749,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/72734\/revisions\/72749"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/72739"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=72734"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=72734"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=72734"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=72734"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}