{"id":71892,"date":"2022-08-05T07:44:19","date_gmt":"2022-08-05T11:44:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=71892"},"modified":"2022-08-11T12:00:26","modified_gmt":"2022-08-11T16:00:26","slug":"critique-yourcenar-une-ile-depourvue-de-passions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2022\/08\/05\/critique-yourcenar-une-ile-depourvue-de-passions\/","title":{"rendered":"CRITIQUE\u00a0| Yourcenar: cette \u00eele d\u00e9pourvue de passions"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_71894\" aria-describedby=\"caption-attachment-71894\" style=\"width: 1183px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-71894\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2022\/08\/Stephanie-Pothier-Hugo-Laporte.jpg\" alt=\"St\u00e9phanie Pothier et Hugo Laporte dans Yourcenar: une \u00eele de passions, 2022. (Photo: Kevin Calixte)\" width=\"1183\" height=\"788\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-71894\" class=\"wp-caption-text\">St\u00e9phanie Pothier et Hugo Laporte dans Yourcenar: une \u00eele de passions, 2022. (Photo: Kevin Calixte)<\/figcaption><\/figure>\n<h3><span style=\"color: #808080;\">Apr\u00e8s le <strong>Festival d&rsquo;op\u00e9ra de Qu\u00e9bec<\/strong>, <em>Yourcenar: une \u00eele de passions<\/em> \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 en premi\u00e8re \u00e0 Montr\u00e9al hier soir, salle Pierre-Mercure, par l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al. L&rsquo;op\u00e9ra d&rsquo;\u00c9ric Champagne sur un livret d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne Dorion et de feu Marie-Claire Blais raconte des moments dans la vie de l&rsquo;\u00e9crivaine Marguerite Yourcenar.\u00a0<\/span><\/h3>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre, en deux actes, dure pr\u00e8s de deux heures. Le titre est trompeur, car il y a peu de passion dans cette histoire, bien qu&rsquo;elle pr\u00e9sente deux relations de la femme de lettres, soit celle avec sa compagne et traductrice Grace Frick, avec qui elle vit sur une \u00eele, dans le Maine, et la seconde,\u00a0 une relation que l&rsquo;on pourrait qualifier de cod\u00e9pendance platonique avec un jeune r\u00e9alisateur, Jerry Wilson.<\/p>\n<p>S&rsquo;il faut mettre le doigt sur ce qui cloche dans l&rsquo;\u0153uvre, je le pointerais du c\u00f4t\u00e9 du livret, probl\u00e9matique \u00e0 plusieurs \u00e9gards, et ce, surtout au premier acte. Il est difficile de croire que deux \u00e9crivaines renomm\u00e9es ont sign\u00e9 ce texte qui, s&rsquo;il a ses moments forts, ressemble souvent \u00e0 un synopsis, de par son caract\u00e8re platement descriptif.<\/p>\n<p>Souvent, les personnages d\u00e9crivent ce qu&rsquo;ils font au lieu de le vivre et de nous le montrer. Tout le contraire du \u00ab\u00a0<em>show, don&rsquo;t tell\u00a0\u00bb<\/em>, devise d&rsquo;\u00e9crivain ou principe narratif qui consiste \u00e0 faire comprendre ce qui se passe au lecteur (ou dans le cas d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, au spectateur) par d\u00e9duction et observation, en lui montrant par divers proc\u00e9d\u00e9s, pour qu&rsquo;il saisisse le sens de l&rsquo;histoire. C&rsquo;est une biographie chant\u00e9e qui comporte peu de substance, de m\u00e9taphores, de symbolisme et de niveaux de lecture. Sans parler de l&rsquo;absence de tension dramatique.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;exception de Yourcenar, les personnages ont peu de profondeur. On ne sait pas ce qu&rsquo;ils ont dans le c\u0153ur, on ne sait pas s&rsquo;ils ont des tripes. Et quel est le message? La r\u00e9flexion? On ne sait pas trop. Marguerite Yourcenar a exist\u00e9, elle avait des conflits int\u00e9rieurs, elle a aim\u00e9 des gens, elle a v\u00e9cu du sexisme de la part des autres Acad\u00e9miciens, mais encore? Le ch\u0153ur, dont le r\u00f4le consiste principalement \u00e0 servir de narrateur, renforce cette impression avec des phrases dignes de Wikip\u00e9dia, comme \u00ab\u00a0Yourcenar est la premi\u00e8re femme \u00e9lue \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Merci!<\/p>\n<p>Au premier acte, Marguerite et Grace sont seules sur l&rsquo;\u00eele. Il ne se passe rien, il n&rsquo;y a pas de d\u00e9cor, tout est gris, beige et statique, sauf heureusement, la musique. Certes, on ne s&rsquo;attendait pas \u00e0 ce que la vie de l&rsquo;\u00e9crivaine fran\u00e7aise soit tr\u00e8s rocambolesque, mais il existe une multitude de strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9criture pour mettre de la magie et des niveaux dans une histoire afin de stimuler l&rsquo;imagination et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;auditoire. Bien entendu, les autrices ont le droit d&rsquo;\u00e9crire comme elles veulent, mais on a aussi le droit de trouver cela ennuyeux.<\/p>\n<p>On a un peu l&rsquo;espoir de voir enfin na\u00eetre une intrigue lorsque Marguerite, recevant une malle, trouve le manuscrit des <em>M\u00e9moires d&rsquo;Hadrien<\/em>. Si cela avait \u00e9t\u00e9 un film, c&rsquo;est par cette sc\u00e8ne prometteuse que le sc\u00e9nariste aurait commenc\u00e9. Mais dans un souci presque didactique, on passe vite \u00e0 autre chose pour d\u00e9montrer l&rsquo;engagement politique et les convictions pacifistes et environnementales de Yourcenar au lieu d&rsquo;exploiter pleinement le filon du manuscrit retrouv\u00e9.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me acte est mieux, car une intrigue (tout de m\u00eame assez mince) se forme, avec de v\u00e9ritables dialogues. On se transporte sur un bateau de croisi\u00e8re. Le moment le plus touchant est celui o\u00f9 une chanteuse (incarn\u00e9e par <strong>Suzanne Taffot<\/strong>, sublime et magn\u00e9tique) illumine la sc\u00e8ne, sous un ciel \u00e9toil\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par des projections, avec un air qui rappelle un peu <em>Vissi d&rsquo;arte<\/em>. Il est tout de m\u00eame ironique que l&rsquo;un des moments touchants d&rsquo;un op\u00e9ra contemporain soit un clin d&rsquo;\u0153il \u00e0 la musique du pass\u00e9.<\/p>\n<h3>La musique<\/h3>\n<p>\u00c9ric Champagne est un compositeur talentueux et exp\u00e9riment\u00e9, cela s&rsquo;entend dans la partition d&rsquo;orchestre, jou\u00e9e avec grand art par <strong>Les Violons du Roy<\/strong>, sous la direction efficace et minutieuse de <strong>Thomas Le Duc-Moreau<\/strong>. Une partition qui respire, qui a sa propre vie, dense, pleine de relief et de beaut\u00e9, avec des lignes remarquables, entre autres pour la fl\u00fbte et le violoncelle. L&rsquo;\u00e9criture pour la voix est toutefois assez\u00a0 redondante et il me semble qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion, l&#8217;emphase est plac\u00e9e sur les mauvais mots ou les mauvaises syllabes.<\/p>\n<h3>Les interpr\u00e8tes<\/h3>\n<p>\u00c0 toute la distribution, je dis \u00ab\u00a0chapeau\u00a0\u00bb d&rsquo;avoir r\u00e9ussi \u00e0 insuffler de la vie \u00e0 ce texte an\u00e9mique. Les chanteurs et chanteuses sont irr\u00e9prochables. <strong>St\u00e9phanie Pothier<\/strong>, digne et solide dans le r\u00f4le-titre, est admirable. Sa voix est chaude, ma\u00eetris\u00e9e, magnifique. <strong>Kimy McLaren<\/strong> est tout aussi excellente dans le r\u00f4le de Grace. Quant \u00e0 <strong>Hugo Laporte<\/strong> (Jerry), il prouve une fois de plus qu&rsquo;il peut \u00eatre cr\u00e9dible dans des r\u00f4les tr\u00e8s vari\u00e9s, d&rsquo;Escamillo \u00e0 ce jeune \u00e9ph\u00e8be en passant par la com\u00e9die musicale et le Fant\u00f4me de l&rsquo;op\u00e9ra, et bien d&rsquo;autres. Quel talent.<\/p>\n<p>Les personnages secondaires sont aussi fort bien rendus par <strong>Pierre Rancourt<\/strong> (le capitaine du bateau), <strong>Jean-Michel Richer<\/strong> (Daniel), <strong>Suzanne Taffot<\/strong> (la chanteuse), tandis que le ch\u0153ur apporte du mouvement \u00e0 l&rsquo;ensemble.<\/p>\n<p>La mise en sc\u00e8ne d&rsquo;<strong>Angela Konrad<\/strong> est minimaliste et dispose de peu de moyens, mais le tout passe bien, avec de beaux \u00e9clairages et des projections judicieuses.<\/p>\n<h3>Y aller ou ne pas y aller?<\/h3>\n<p>Une seconde repr\u00e9sentation a lieu le 6 ao\u00fbt, 19 h 30, salle Pierre-Mercure.<\/p>\n<p>Allez-y si vous \u00eates cet op\u00e9ravore qui veut tout voir, ce m\u00e9lomane patriotique qui veut encourager notre op\u00e9ra, ce lecteur qui aime Marguerite Yourcenar.<\/p>\n<p>N&rsquo;y allez pas si votre but est de vivre ces \u00e9motions, ces questionnements, cet enchantement et ce myst\u00e8re que l&rsquo;art nous apporte lorsque toutes les \u00e9toiles sont align\u00e9es.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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