{"id":69623,"date":"2022-02-18T10:17:48","date_gmt":"2022-02-18T15:17:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=69623"},"modified":"2022-02-18T10:45:14","modified_gmt":"2022-02-18T15:45:14","slug":"critique-bruce-liu-la-revelation-dun-artiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2022\/02\/18\/critique-bruce-liu-la-revelation-dun-artiste\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Bruce Liu: la r\u00e9v\u00e9lation d&rsquo;un grand artiste \u00e0 la fois sage et lumineux"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: center;\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignnone size-full wp-image-69629\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2022\/02\/Bruce-Liu-cover.jpg\" alt=\"\" width=\"1200\" height=\"628\" \/><\/h3>\n<h3>Hier soir, 17 f\u00e9vrier, j\u2019ai eu le privil\u00e8ge de faire partie d\u2019un petit groupe de personnes pr\u00e9sentes \u00e0 la Chapelle historique du Bon-Pasteur pour le premier r\u00e9cital de Bruce Liu en sol canadien depuis sa victoire au Concours Chopin, en octobre dernier. Une soir\u00e9e que je n\u2019oublierai jamais.<\/h3>\n<p>Il s\u2019agissait d\u2019un \u00e9v\u00e9nement au profit du <strong>Concours Prix d\u2019Europe<\/strong>, dont il fut le laur\u00e9at en 2015. Capt\u00e9 par Radio-Canada, ce r\u00e9cital sera diffus\u00e9 sur ICI Musique, mardi soir, 20 h, \u00e0 l\u2019\u00e9mission <em>Toute une musique<\/em> de <strong>Marie-Christine Trottier<\/strong>, qui nous a d\u2019ailleurs adress\u00e9 un mot de bienvenue. L\u2019animateur officiel de la soir\u00e9e \u00e9tait toutefois <strong>Jean Marchand<\/strong>, com\u00e9dien mais aussi pianiste.<\/p>\n<p>Je dois dire qu\u2019avant le <strong>Concours Chopin<\/strong> qu\u2019il a <a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2021\/10\/20\/nouvelle-xiaoyu-liu-remporte-le-concours-chopin-2021\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">si brillamment remport\u00e9 \u00e0 l\u2019automne<\/a>, je n\u2019avais pas r\u00e9entendu <strong>Bruce Liu<\/strong> depuis 2014, alors qu\u2019il \u00e9tait concurrent au <strong>CMIM<\/strong>. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, il n\u2019avait pas fini parmi les trois premiers, et n\u2019\u00e9tait \u00e2g\u00e9 que de 17 ans. Je ne me souviens pas avoir form\u00e9 d\u2019opinion particuli\u00e8re \u00e0 son sujet, outre une vague d\u00e9ception, puisqu&rsquo;il avait remport\u00e9 le Concours OSM deux ans plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>Par la suite, il s\u2019est montr\u00e9 plut\u00f4t discret, travaillant, \u00e9tudiant et participant \u00e0 d\u2019autres concours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, mais ne donnant que peu ou pas de concerts ici. Disparaissant plus ou moins de l\u2019\u00e9cran radar m\u00e9diatique, il a pris le temps de se d\u00e9velopper. Sage d\u00e9cision.<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait, bien s\u00fbr, d\u2019un programme 100% Chopin, am\u00e9nag\u00e9 comme un crescendo vers la finale : l\u2019Andante spianato et Grande Polonaise Brillante en mi b\u00e9mol majeur.<\/p>\n<p>Le tout commence donc dans la douceur avec le Nocturne en do di\u00e8se mineur op. 17 no 1, d\u00e9licatement amen\u00e9, comme si le pianiste gardait ses forces pour tout ce qui allait suivre. L\u2019\u00e9conomie de gestes et le dosage de l\u2019\u00e9nergie font d\u2019ailleurs partie de ses qualit\u00e9s. Avec lui, pas le moindre geste inutile, pas de mimiques ind\u00e9sirables (bien qu\u2019il donne tout le r\u00e9cital masqu\u00e9, ce qui nous emp\u00eache de voir l\u2019expression de son visage). D\u2019un calme quasi monastique, il garde son \u00e9nergie pour ce qui compte le plus : cr\u00e9er la musique. Sa concentration est totale et le demeurera jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re note. C\u2019est suivi du Rondo \u00e0 la mazur en fa majeur, dansant et plein de caract\u00e8re.<\/p>\n<h3>Les Ballades<\/h3>\n<p>C\u2019est avec les Ballades no 2 et 3 que l\u2019on entre vraiment au c\u0153ur du r\u00e9cital et que l\u2019on voit arriver, comme un choc, la hauteur vertigineuse de son intelligence musicale et pianistique. On comprend qu\u2019au-del\u00e0 de sa technique impeccable, <strong>Bruce Liu<\/strong> poss\u00e8de, \u00e0 24 ans, toutes les qualit\u00e9s d\u2019un grand pianiste : la ma\u00eetrise d\u2019une palette de nuances riche et complexe dont il se sert avec naturel, l\u2019engagement total dans son jeu, un haut niveau d\u2019expressivit\u00e9 et de musicalit\u00e9, la profondeur, la sensibilit\u00e9, le souci des d\u00e9tails tout en gardant une vision d\u2019ensemble, et une personnalit\u00e9 d\u2019artiste qui impressionne par son aplomb, sa fa\u00e7on d\u2019\u00eatre si entier dans le moment pr\u00e9sent, et une maturit\u00e9 \u00e9tonnante pour son \u00e2ge.<\/p>\n<p>Ce qui ressort aussi de son jeu, c\u2019est une limpidit\u00e9 incroyable, une fluidit\u00e9, une pr\u00e9cision et une clart\u00e9 remarquables dans l\u2019\u00e9nonciation du discours.<\/p>\n<p>On pourrait parler, \u00e9galement, de l\u2019humilit\u00e9 et de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 qu\u2019il d\u00e9gage. On sait que je d\u00e9teste, pour employer une expression famili\u00e8re, les pianistes \u00ab flasheux \u00bb (inutile d\u2019en nommer), \u00e0 l&rsquo;ego d\u00e9mesur\u00e9 qui essaient constamment d\u2019\u00e9pater en montrant qu\u2019ils peuvent jouer vite et fort, avec moult moulinets superflus. Tr\u00e8s pos\u00e9, <strong>Bruce Liu<\/strong> est aux antipodes de ces clowns, et on ne l\u2019en appr\u00e9cie que mieux.<\/p>\n<p>\u00c0 la pause, <strong>Jean Marchand<\/strong> nous lit les r\u00e9ponses du pianiste \u00e0 ses questions pos\u00e9es au pr\u00e9alable, et celles-ci nous en r\u00e9v\u00e8lent un peu plus non seulement sur sa vie et sur son caract\u00e8re, mais aussi sur son approche de la musique. Quand on lui demande deux choses qu\u2019il est reconnaissant d\u2019avoir appris de ses professeurs, la r\u00e9ponse est \u00e9clairante. De <strong>Richard Raymond<\/strong>, au <strong>Conservatoire de musique de Montr\u00e9al<\/strong>, il a retenu la compr\u00e9hension de la forme et de l\u2019architecture des pi\u00e8ces, ce qui est grandement \u00e9vident quand il joue. De <strong>Dang Thai Son<\/strong>, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, il a appris l\u2019importance de l\u2019authenticit\u00e9 dans l\u2019expression de sa personnalit\u00e9 artistique, une qualit\u00e9 qui ressort \u00e9galement de ses prestations.<\/p>\n<h3>La Sonate<\/h3>\n<p>Si les deux Ballades interpr\u00e9t\u00e9es par <strong>Bruce Liu<\/strong> en avaient avanc\u00e9 la conqu\u00eate, c\u2019est certainement sa Sonate no 2 qui a gagn\u00e9 notre c\u0153ur. J\u2019ai du mal \u00e0 trouver les mots juste pour d\u00e9crire tant de perfection et de beaut\u00e9. L\u2019interlude central de la <em>Marche fun\u00e8bre<\/em> m\u2019a fait pleurer. Le virtuose Presto final est \u00e9blouissant.<\/p>\n<p>L&rsquo;admiration demeure devant sa version du fameux <em>Andante spianato<\/em>, limpide et tendre, et la Grande Polonaise Brillante, pr\u00e9cise, tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e mais \u00e9clatante et lumineuse, sans flous de p\u00e9dale. Le bonheur.<\/p>\n<h2><em>Inscrivez-vous \u00e0 notre infolettre! 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