{"id":58129,"date":"2018-12-30T11:44:19","date_gmt":"2018-12-30T16:44:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=58129"},"modified":"2019-01-06T11:12:36","modified_gmt":"2019-01-06T16:12:36","slug":"in-memoriam-critique-musical-claude-gingras-decede","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/12\/30\/in-memoriam-critique-musical-claude-gingras-decede\/","title":{"rendered":"IN MEMORIAM  | Le critique musical Claude Gingras est d\u00e9c\u00e9d\u00e9"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_58130\" aria-describedby=\"caption-attachment-58130\" style=\"width: 638px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-58130\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/12\/Claude-Gingras.png\" alt=\"Claude Gingras en 1992, dans une entrevue accord\u00e9e \u00e0 l'\u00e9mission &quot;\u00c9tat critique&quot;. \" width=\"638\" height=\"439\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/12\/Claude-Gingras.png 638w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/12\/Claude-Gingras-300x206.png 300w\" sizes=\"(max-width: 638px) 100vw, 638px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-58130\" class=\"wp-caption-text\">Claude Gingras en 1992, dans une entrevue accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9mission \u00ab\u00a0\u00c9tat critique\u00a0\u00bb.<\/figcaption><\/figure>\n<p>C&rsquo;est litt\u00e9ralement avec les mains qui tremblent que je reprends cette nouvelle annonc\u00e9e sur le site de Radio-Canada : mon ancien coll\u00e8gue, <strong>Claude Gingras<\/strong>, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ce matin, \u00e0 87 ans.<\/p>\n<p>Vous lirez certainement des biographies plus d\u00e9taill\u00e9es de Claude, dans d&rsquo;autres m\u00e9dias, mais je pr\u00e9f\u00e8re t\u00e9moigner ici de ce que j&rsquo;ai connu de lui, pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n<p>Nous le savions mal en point depuis quelques temps, car son cancer avait repris de plus belle. On m&rsquo;a dit qu&rsquo;avec son ent\u00eatement habituel, il refusait d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. \u00ab\u00a0Ils vont m&rsquo;achever\u00a0\u00bb, disait-il.<\/p>\n<p>Claude est entr\u00e9 \u00e0 La Presse en 1953 comme journaliste de vari\u00e9t\u00e9s. Peu de temps apr\u00e8s, il devenait le critique de musique classique qui serait un jour le plus redout\u00e9, et, par certains, le plus d\u00e9test\u00e9, mais aussi, des plus respect\u00e9s.<\/p>\n<p>On le sait: il avait, dans son appartement du Carr\u00e9 St-Louis, une immense collection de plus de 100 000 disques, dont certains \u00e9taient des raret\u00e9s dont il ne se serait d\u00e9parti pour rien au monde, disait-il.<\/p>\n<p>Au fil de sa longue carri\u00e8re, Claude a publi\u00e9 des centaines de critiques musicales. Il couvrait tout: les grands orchestres, la musique de chambre et parfois les r\u00e9citals d&rsquo;ensembles et de musiciens peu connus qu&rsquo;il contribuait \u00e0 faire conna\u00eetre. Certains musiciens, qu&rsquo;il a suivis d\u00e8s leurs d\u00e9buts, lui doivent une fi\u00e8re chandelle. Pas une semaine ne passait sans qu&rsquo;il se rende \u00e0 moins de trois concerts, les soirs, les fins de semaine. Il ne s&rsquo;arr\u00eatait jamais.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 contrec\u0153ur qu&rsquo;il a pris sa retraite de La Presse en 2015, signant son dernier texte, une <a href=\"https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/musique-classique\/201511\/22\/01-4923518-elektra-des-cris-des-cris-des-cris.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">critique d&rsquo;Elektra \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Montr\u00e9al.\u00a0<\/a><\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, depuis deux ans avant son d\u00e9part, il travaillait \u00e0 mi-temps. On le voyait arriver, le lundi apr\u00e8s-midi, \u00e0 la salle de r\u00e9daction (o\u00f9 j&rsquo;ai eu moi-m\u00eame un bureau comme surnum\u00e9raire \u00e0 la section des arts pendant toute l&rsquo;ann\u00e9e 2014). Il pr\u00e9parait sa chronique du lendemain, sa liste des concerts de la semaine, et critiquait encore un concert ou deux par semaine. Je dois avouer que je redoutais un peu ses visites, puisque, plant\u00e9 devant mon bureau, il commentait impitoyablement chacun de mes articles.<\/p>\n<h2>Souvenirs<\/h2>\n<p>Au fil des ans, Claude et moi avons eu des relations assez courtoises, qui se sont un peu g\u00e2ch\u00e9es vers la fin. Pendant sept ans, il a \u00e9t\u00e9 assez respectueux \u00e0 mon \u00e9gard, et ses commentaires concernaient des petits d\u00e9tails, mais qui comptaient \u00e0 ses yeux. Je me souviendrai toujours de la premi\u00e8re fois o\u00f9 je l&rsquo;ai vu arriver, cela devait \u00eatre en 2009, alors que j&rsquo;\u00e9tais pigiste \u00e0 la section Affaires. Sans poste permanent, j&rsquo;avais \u00e9lu domicile dans un coin de la salle o\u00f9 l&rsquo;on tol\u00e9rait ma pr\u00e9sence. Je m&rsquo;incrustais, comme on dit.<\/p>\n<p>Me sachant dipl\u00f4m\u00e9e en musique, on m&rsquo;avait confi\u00e9 quelques articles sur le classique. J&rsquo;avais fait une entrevue avec Manon Feubel. Quelques jours plus tard, je vois arriver Claude, son journal pli\u00e9 sous le bras, qu&rsquo;il me brandit en disant :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aida, \u00e7a ne prend pas de tr\u00e9mas sur le i! Quand on met des tr\u00e9mas, \u00e7a veut dire que l&rsquo;op\u00e9ra est chant\u00e9 en fran\u00e7ais!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, il me t\u00e9l\u00e9phonait chez moi. Il avait aim\u00e9 <a href=\"https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/musique-classique\/201208\/10\/01-4563904-losm-au-parc-olympique-memorable.php\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">ma critique du concert de l&rsquo;OSM au Parc olympique. <\/a><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&rsquo;est comme si on y \u00e9tait\u00a0\u00bb, disait-il. J&rsquo;\u00e9tais bien fi\u00e8re de moi.<\/p>\n<p>Et il en fut ainsi, pendant sept ans, avec des hauts et des bas. Claude \u00e9tait le critique de mes critiques. Il avait bien des d\u00e9fauts, mais il \u00e9tait le journaliste le plus rigoureux que j&rsquo;ai jamais vu. Il n&rsquo;en laissait pas passer une. Pas une faute d&rsquo;orthographe, pas une fausse note. Il pouvait se lever, en pleine conf\u00e9rence de presse, pour souligner les fautes dans un communiqu\u00e9, faisant honte aux relationnistes.<\/p>\n<p>Ce que j&rsquo;ai appris de lui, ou plut\u00f4t gr\u00e2ce \u00e0 lui, c&rsquo;est \u00e0 tout v\u00e9rifier, rev\u00e9rifier et contrev\u00e9rifier. Faire une erreur dans mes articles devint une phobie, car je craignais les r\u00e9primandes de Claude. Je dois aussi l&rsquo;avouer: lorsque j&rsquo;\u00e9tais incertaine d&rsquo;une information, il m&rsquo;arrivait souvent de \u00ab\u00a0googler\u00a0\u00bb les vieux articles de Claude, pour v\u00e9rifier. Je savais que s&rsquo;il avait \u00e9crit quelque chose, on pouvait s&rsquo;y fier.<\/p>\n<p>En 2015, la direction de La Presse lui a signifi\u00e9 qu&rsquo;il \u00e9tait temps de partir. Il s&rsquo;est retir\u00e9, chez lui, et on ne l&rsquo;a plus jamais revu \u00e0 un concert. Il \u00e9coutait des s\u00e9ries, dit-on. Il red\u00e9couvrait la t\u00e9l\u00e9vision, qu&rsquo;il n&rsquo;avait presque jamais regard\u00e9e pendant ses 60 ans de carri\u00e8re. Il aimait Maggie Smith, dans Downton Abbey. Elle lui faisait penser \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu des sentiments contradictoires envers Claude pendant toutes ces ann\u00e9es, et bien qu&rsquo;il m&rsquo;ait fait pleurer une ou deux fois, je ne l&rsquo;en ai pas moins respect\u00e9. Claude m&rsquo;a parfois dit des choses terribles que je ne saurais reproduire ici. Mais je me disais toujours \u00ab\u00a0il est vieux, on ne doit pas lui en vouloir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une fois, apr\u00e8s sa retraite, je l&rsquo;ai crois\u00e9 sur la rue. Il portait un grand chapeau et semblait de belle humeur. Il m&rsquo;a parl\u00e9 comme si on n&rsquo;avait jamais eu la moindre m\u00e9sentente, et c&rsquo;est ce souvenir-l\u00e0 que je veux garder.<\/p>\n<p>Quoique l&rsquo;on pense et dise de lui, il aimait la musique et s&rsquo;\u00e9tait mis \u00e0 son service. C&rsquo;\u00e9tait le gardien d&rsquo;une certaine tradition. C&rsquo;\u00e9tait sa mission, dans la vie, d&rsquo;exiger du monde musical un haut standard de qualit\u00e9, repr\u00e9sentant d&rsquo;une esp\u00e8ce en voie de disparition, une race de critiques musicaux que l&rsquo;on ne verra plus.<\/p>\n<p>On dit que sa collection d&rsquo;archives deviendra une sorte de mus\u00e9e. J&rsquo;esp\u00e8re que c&rsquo;est vrai, car Claude fut non seulement le t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de la vie musicale montr\u00e9alaise pendant des d\u00e9cennies, mais aussi, \u00e0 sa fa\u00e7on, il fut un monument.<\/p>\n<p>Repose en paix, coll\u00e8gue.<\/p>\n<h2>LIRE AUSSI:<\/h2>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"AkSSYYkDth\"><p><a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/12\/31\/58145\/\">SOUVENIRS |  Plus dr\u00f4les que le Bye bye: 10 chroniques assassines en m\u00e9moire de la plume vitriolique de Claude Gingras<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/12\/31\/58145\/embed\/#?secret=AkSSYYkDth\" data-secret=\"AkSSYYkDth\" width=\"600\" height=\"338\" title=\"\u00ab\u00a0SOUVENIRS |  Plus dr\u00f4les que le Bye bye: 10 chroniques assassines en m\u00e9moire de la plume vitriolique de Claude Gingras\u00a0\u00bb &#8212; Ludwig Van Montreal\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C&rsquo;est litt\u00e9ralement avec les mains qui tremblent que je reprends cette nouvelle annonc\u00e9e sur le site de Radio-Canada : mon ancien coll\u00e8gue, Claude Gingras, est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ce matin, \u00e0 87 ans. <\/p>\n","protected":false},"author":51,"featured_media":58130,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[16745,10956,10992],"tags":[814],"yst_prominent_words":[14850,10426,28738,10888,9842,11167,20306,7202,10933,28741,28059,11823,28743,19108,11160,10621,9811,18597,9841,11542],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/12\/Claude-Gingras.png","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9bdYt-f7z","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58129"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/51"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=58129"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":58161,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/58129\/revisions\/58161"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/58130"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=58129"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=58129"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=58129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}