{"id":57049,"date":"2018-10-21T11:24:11","date_gmt":"2018-10-21T15:24:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=57049"},"modified":"2018-10-21T12:48:13","modified_gmt":"2018-10-21T16:48:13","slug":"critique-werther-a-lopera-de-quebec-justice-a-lart-lyrique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/10\/21\/critique-werther-a-lopera-de-quebec-justice-a-lart-lyrique\/","title":{"rendered":"CRITIQUE  | Werther \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec: justice \u00e0 l&rsquo;art lyrique"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_57050\" aria-describedby=\"caption-attachment-57050\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-57050\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Julie-Boulianne-Antoine-Belanger-cr-LouiseLeblanc-WEB.jpg\" alt=\"Werther\" width=\"1024\" height=\"682\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Julie-Boulianne-Antoine-Belanger-cr-LouiseLeblanc-WEB.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Julie-Boulianne-Antoine-Belanger-cr-LouiseLeblanc-WEB-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Julie-Boulianne-Antoine-Belanger-cr-LouiseLeblanc-WEB-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-57050\" class=\"wp-caption-text\">Julie Boulianne (Charlotte) et Antoine B\u00e9langer (Werther) dans la production de Werther \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec, octobre 2018. (Photo: Louise Leblanc)<\/figcaption><\/figure>\n<p>\u00abLe public de Qu\u00e9bec va passer une soir\u00e9e inoubliable.\u00bb Tel \u00e9tait le pari de <strong>Gr\u00e9goire Legendre<\/strong>, directeur de l&rsquo;<strong>Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec<\/strong>, qui r\u00eavait depuis longtemps de pr\u00e9senter <em>Werther<\/em>. Ayant r\u00e9uni une solide distribution enti\u00e8rement canadienne, une mise en sc\u00e8ne prim\u00e9e sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne et un directeur musical passionn\u00e9, tous les \u00e9l\u00e9ments \u00e9taient en place pour faire de cette production un succ\u00e8s. Il a gagn\u00e9 son pari : le public de la capitale a eu droit \u00e0 une tr\u00e8s belle soir\u00e9e d&rsquo;op\u00e9ra!<\/p>\n<p>Jules Massenet \u00e9tait dans la quarantaine lorsqu&rsquo;il composa <em>Werther<\/em>, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Vienne en 1892. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une adaptation des <em>Souffrances du jeune Werther<\/em>, roman \u00e9pistolaire \u00e9crit par Goethe dans sa jeune vingtaine et qui propulsera sa carri\u00e8re litt\u00e9raire. Autant le roman de Goethe paru en 1774 est troublant et r\u00e9volutionnaire, autant l&rsquo;op\u00e9ra de Massenet refl\u00e8te les go\u00fbts plus pond\u00e9r\u00e9s de la bourgeoisie parisienne.<\/p>\n<blockquote><p>Comment pr\u00e9senter au public du 21e si\u00e8cle une \u0153uvre en apparence si ringarde? Nous avons un h\u00e9ros qui accompagne son amie au bal, lui d\u00e9clare son amour, essuie un refus et envisage le suicide en quelques heures \u00e0 peine. Plus tard, l&rsquo;h\u00e9morragie caus\u00e9e par le coup de pistolet qu&rsquo;il s&rsquo;inflige dans la poitrine ne l&#8217;emp\u00eachera pas de chanter un acte complet!<\/p><\/blockquote>\n<p>La solution du metteur en sc\u00e8ne <strong>Bruno Ravella<\/strong> \u00e9tait de jouer le livret tel qu&rsquo;il est, avec une certaine sobri\u00e9t\u00e9, en laissant les spectateurs faire la part des choses. Il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;exag\u00e9ration path\u00e9tique ou d&rsquo;abstraction incompr\u00e9hensible, mais un drame jou\u00e9 de mani\u00e8re classique. Le d\u00e9cor de l&rsquo;acte 3 \u00e9tait particuli\u00e8rement saisissant, tout en noir et blanc et en angles droits. \u00c0 l&rsquo;acte 4, la sc\u00e8ne \u00e9tait presque vide, baign\u00e9e d&rsquo;un bleu surnaturel. Si les grandes lignes \u00e9taient r\u00e9ussies, quelques d\u00e9tails m&rsquo;ont paru \u00e9tranges : Werther qui arrive seul \u00e0 la maison du Bailli et chante \u00ab Merci \u00bb \u00e0 l&rsquo;intention de personne, le couple de Br\u00fchlmann et K\u00e4tchen qui appara\u00eet et dispara\u00eet sans explication, Johann qui chante \u00ab Tiens!&#8230; ceux-l\u00e0&#8230; par exemple! \u00bb en d\u00e9signant le fond de la sc\u00e8ne, vide.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_57051\" aria-describedby=\"caption-attachment-57051\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-57051\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Werther-Hugo-Laporte-Magali-Simard-WEB.jpg\" alt=\"Werther\" width=\"1024\" height=\"682\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Werther-Hugo-Laporte-Magali-Simard-WEB.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Werther-Hugo-Laporte-Magali-Simard-WEB-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Werther-Hugo-Laporte-Magali-Simard-WEB-768x512.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-57051\" class=\"wp-caption-text\">Hugo Laporte (Albert) et Magali Simard-Gald\u00e8s (Sophie) dans Werther, \u00e0 l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec, octobre 2018. (Photo: Louise Leblanc)<\/figcaption><\/figure>\n<h2>Chanteurs<\/h2>\n<p>Dans la distribution, je rel\u00e8ve d&rsquo;abord la splendide performance de la soprano <strong>Magali Simard-Gald\u00e8s<\/strong> en Sophie, la jeune s\u0153ur enjou\u00e9e de Charlotte. Au 2e acte, elle tente de s\u00e9duire Werther en lui promettant le premier menuet de la soir\u00e9e avec une \u00e9nergie toute juv\u00e9nile, une aisance vocale et une justesse redoutable. Au 3e acte, lorsqu\u2019elle est t\u00e9moin du d\u00e9sarroi de Charlotte, son timbre devient plus sombre, refl\u00e9tant son inqui\u00e9tude. L&rsquo;articulation des mots est toujours claire et naturelle.<\/p>\n<p>La mezzo-soprano <strong>Julie Boulianne<\/strong> a donn\u00e9 le meilleur d&rsquo;elle-m\u00eame en Charlotte lors du 3e acte, particuli\u00e8rement dans \u00ab l&rsquo;air des lettres \u00bb. Son ton de trag\u00e9dienne, son timbre riche et sa puissance vocale ont laiss\u00e9 une forte impression et donn\u00e9 un \u00e9lan passionn\u00e9 \u00e0 la deuxi\u00e8me partie de la soir\u00e9e. Un peu plus loin, le \u00ab Ah! Reviens! \u00bb qu&rsquo;elle lance \u00e0 Sophie \u00e9tait d\u00e9chirant! Le contraste entre les voix de Boulianne et Simard-Gald\u00e8s rendait \u00e9vident le contraste entre Charlotte (mature et raisonnable) et Sophie (jeune et instinctive).<\/p>\n<p>Le r\u00f4le-titre \u00e9tait tenu par le t\u00e9nor <strong>Antoine B\u00e9langer<\/strong>. Si la voix semblait un peu forc\u00e9e dans les aigus <em>forte<\/em>, sa ma\u00eetrise des nuances douces est impressionnante. Il brillait le plus dans les pages \u00ab r\u00e9citatives \u00bb dont Massenet a le secret. C&rsquo;\u00e9tait le cas de la fin de l&rsquo;acte 2, lorsque Werther l\u00e9gitime son projet de suicide en \u00e9voquant un retour vers Dieu (\u00ab Oui! ce qu&rsquo;elle m&rsquo;ordonne&#8230; \u00bb).<\/p>\n<p>Le baryton <strong>Hugo Laporte<\/strong> jouait Albert, le mari de Charlotte, un personnage difficile \u00e0 saisir. Alors qu&rsquo;on le croyait magnanime et compr\u00e9hensif, souhaitant tout le bonheur possible pour Werther, son caract\u00e8re est beaucoup plus sombre lors de la fatidique nuit de No\u00ebl. Le metteur en sc\u00e8ne semble vouloir en faire une victime, ou du moins le montrer envahi par le remord, lorsque qu&rsquo;il le fait s&rsquo;\u00e9craser par terre, en crise, apr\u00e8s avoir fourni ses pistolets \u00e0 Werther. Laporte d\u00e9montre une belle homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 dans son registre, les aigus gardant leur pleine couleur de baryton. La qualit\u00e9 des voyelles fran\u00e7aises est \u00e9galement une de ses forces.<\/p>\n<h2>Le chef et l&rsquo;OSQ<\/h2>\n<p>Dans la fosse, le chef <strong>Jean-Marie Zeitouni<\/strong> a aliment\u00e9 la flamme orchestrale avec ardeur durant toute la soir\u00e9e. Nous avons eu droit \u00e0 une d\u00e9monstration du \u00ab son fran\u00e7ais \u00bb de l&rsquo;<strong>Orchestre symphonique de Qu\u00e9bec<\/strong> qu&rsquo;\u00e9voquait son chef <strong>Fabien Gabel<\/strong>. Le dosage avec les voix \u00e9tait bien r\u00e9gl\u00e9 (\u00e0 l&rsquo;exception peut-\u00eatre du duo entre Charlotte et Werther au 3e acte). Les grands moments de passion \u00e9taient soulign\u00e9s avec une sonorit\u00e9 pleine et voluptueuse rendant justice au romantisme de Massenet. Dommage que la salle Louis-Fr\u00e9chette ne soit pas pourvue d&rsquo;un orgue \u00e0 tuyaux, car l&rsquo;instrument \u00e9lectronique utilis\u00e9 laissait clairement voir sa qualit\u00e9 artificielle. Un peu d&rsquo;effet de r\u00e9verb\u00e9ration aurait-il aid\u00e9? Par contre, j&rsquo;ai appr\u00e9ci\u00e9 le saxophone de <strong>Julie Bellavance<\/strong>, dont le l\u00e9ger vibrato offrait un contrepoint id\u00e9al \u00e0 \u00ab l&rsquo;air des larmes \u00bb de Charlotte.<\/p>\n<p>Soir\u00e9e inoubliable? Peut-\u00eatre, pour certains. C\u2019\u00e9tait assur\u00e9ment une soir\u00e9e qui a rendu justice \u00e0 l&rsquo;art lyrique. On ne cherchait pas \u00e0 r\u00e9volutionner la conception de l&rsquo;op\u00e9ra, \u00e0 proposer un nouveau paradigme artistique ou \u00e0 chambouler les codes. Simplement raconter une histoire avec passion et excellence.<\/p>\n<p><em><strong>Prochaines repr\u00e9sentations de Werther: 23, 25 et 27 octobre, 20 h, salle Louis-Fr\u00e9chette.\u00a0<\/strong><\/em><a href=\"https:\/\/www.operadequebec.com\/programmation\/werther-massenet\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">D\u00c9TAILS.<\/a><\/p>\n<h2>LIRE AUSSI:<\/h2>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"XcnSgVBC46\"><p><a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/10\/19\/opera-10-questions-ring-wagner-sceptique-opera\/\">OP\u00c9RA  | 10 questions sur le Ring de Wagner par un sceptique de l&rsquo;op\u00e9ra<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/10\/19\/opera-10-questions-ring-wagner-sceptique-opera\/embed\/#?secret=XcnSgVBC46\" data-secret=\"XcnSgVBC46\" width=\"600\" height=\"338\" title=\"\u00ab\u00a0OP\u00c9RA  | 10 questions sur le Ring de Wagner par un sceptique de l&rsquo;op\u00e9ra\u00a0\u00bb &#8212; Ludwig Van Montreal\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abLe public de Qu\u00e9bec va passer une soir\u00e9e inoubliable.\u00bb Tel \u00e9tait le pari de Gr\u00e9goire Legendre, directeur de l&rsquo;Op\u00e9ra de Qu\u00e9bec, qui r\u00eavait depuis longtemps de pr\u00e9senter Werther.<\/p>\n","protected":false},"author":72,"featured_media":57050,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[16745,52],"tags":[26704,27011,27012],"yst_prominent_words":[26993,27002,15337,14658,16489,27005,27003,24910,23554,10537,26241,27010,27007,27009,27006,27001,26995,26994,27008,27004],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/10\/Julie-Boulianne-Antoine-Belanger-cr-LouiseLeblanc-WEB.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9bdYt-eQ9","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57049"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/72"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=57049"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57049\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":57056,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/57049\/revisions\/57056"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/57050"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=57049"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=57049"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=57049"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=57049"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}