{"id":56400,"date":"2018-09-15T13:21:08","date_gmt":"2018-09-15T17:21:08","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=56400"},"modified":"2018-09-16T10:04:37","modified_gmt":"2018-09-16T14:04:37","slug":"critique-marie-nicole-lemieux-pouvoir-de-faire-craquer-seule-note","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/09\/15\/critique-marie-nicole-lemieux-pouvoir-de-faire-craquer-seule-note\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Marie-Nicole Lemieux: le pouvoir de faire craquer avec une seule note"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_55859\" aria-describedby=\"caption-attachment-55859\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-55859\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/UdeM-10_ConcertOUM_Marie-Nicole_Lemieux_13avril19_900px.jpg\" alt=\"Marie-Nicole Lemieux\" width=\"1024\" height=\"768\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/UdeM-10_ConcertOUM_Marie-Nicole_Lemieux_13avril19_900px.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/UdeM-10_ConcertOUM_Marie-Nicole_Lemieux_13avril19_900px-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/UdeM-10_ConcertOUM_Marie-Nicole_Lemieux_13avril19_900px-768x576.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-55859\" class=\"wp-caption-text\">Marie-Nicole Lemieux. (Photo: courtoisie)<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Marie-Nicole Lemieux<\/strong> poss\u00e8de un pouvoir qu&rsquo;ont peu d&rsquo;interpr\u00e8tes: celui de toucher une corde sensible que chacun de nous garde soigneusement enfouie derri\u00e8re les aspects plus mondains de la vie, et de tirer une larme au moment o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;y attend le moins. Malgr\u00e9 les d\u00e9sagr\u00e9ments de la soir\u00e9e d&rsquo;hier soir, son r\u00e9cital pour lancer la saison d&rsquo;<strong>Arte Musica, <\/strong>\u00e0 la salle Bourgie, relevait du grand art.<\/p>\n<p>R\u00e9glons tout de suite la question des d\u00e9sagr\u00e9ments. Deux rues plus bas, une f\u00eate quelconque nous infligeait un boum boum techno tonitruant. Festival? Rentr\u00e9e \u00e9tudiante? Peu importe. Une fois dans la salle, les portes closes, on continuait d&rsquo;entendre de loin ces vibrations, surtout dans les passages pianissimo et lorsque notre contralto nationale cessait de chanter. Cela d\u00e9rangeait, bien s\u00fbr, nous privant de ces essentiels silences qui font partie de la musique.<\/p>\n<p>Il reste qu&rsquo;\u00e0 un certain moment, il faut en prendre son parti et d\u00e9cider qu&rsquo;on appr\u00e9cie quand m\u00eame le concert, qu&rsquo;on en fait abstraction. \u00c0 quoi bon d\u00e9chirer sa chemise? C&rsquo;est un choix: faire contre mauvaise fortune bon c\u0153ur ou pester tout le long du concert. La ville est \u00e0 tout le monde et il est impossible de coordonner tous les \u00e9v\u00e9nements. La vie continue, grande contralto ou pas, alors restons zen &#8211; ce qu&rsquo;elle fit fort bien elle-m\u00eame, d&rsquo;ailleurs. La col\u00e8re est in\u00e9l\u00e9gante. Dans la bataille de l&rsquo;art contre la vulgarit\u00e9, n&rsquo;ajoutons pas la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Quoi d&rsquo;autre? Quelques retardataires et un t\u00e9l\u00e9phone cellulaire qui sonne entre deux pi\u00e8ces? Tout cela demeure anecdotique, alors passons.<\/p>\n<h2>L&rsquo;art de l&rsquo;interpr\u00e9tation<\/h2>\n<p><strong>Marie-Nicole Lemieux<\/strong> avait construit un programme de haute voltige comprenant des lieder et des m\u00e9lodies. Elle \u00e9tait accompagn\u00e9 de Daniel Blumenthal, pianiste sobre au touch\u00e9 velout\u00e9, accrochant quelques notes dans des passages cors\u00e9s, mais g\u00e9n\u00e9ralement judicieux dans ses choix de nuances et d&rsquo;intensit\u00e9. Discret, il laisse la place \u00e0 la chanteuse.<\/p>\n<p>En premi\u00e8re partie, l&rsquo;allemand: Schumann, Schubert (merveilleuse <em>Marguerite au rouet<\/em> qui donne la chair de poule), Beethoven et Hugo Wolf. Les pi\u00e8ces choisies \u00e9voquent pour la plupart des personnages, elles racontent des histoires. La chanteuse se glisse dans ces peaux et vit ces histoires en conjuguant un talent d&rsquo;actrice \u00e0 son talent vocal, passant d&rsquo;une atmosph\u00e8re \u00e0 l&rsquo;autre en une fraction de seconde. Il est fascinant de voir ses mimiques \u00e9voluer au gr\u00e9 des mots, un froncement de sourcil, un regard, un sourire, une moue, la gamme des \u00e9motions qu&rsquo;exprime ce visage semble contenir le monde. Tout son langage non verbal ajoute une grande valeur \u00e0 la musique.<\/p>\n<p>La voix. Charnue, fruit\u00e9e, souple, divine et particuli\u00e8rement d\u00e9licieuse dans les notes longues qui respirent la vie, anim\u00e9es d&rsquo;une pr\u00e9sence et d&rsquo;une intention musicale qui ne fl\u00e9chit pas.<\/p>\n<p>C&rsquo;est souvent dans ces longues notes que parfois, en une fraction de seconde, tout bascule. Tandis que se d\u00e9ploie un vibrato subtil, \u00e0 la fois libre et dos\u00e9, soudain, un instant furtif et ind\u00e9finissable nous chavire. L&rsquo;\u00e9motion passe d&rsquo;elle \u00e0 nous, nous transperce par une sorte de magie. C&rsquo;est un art de communiquer et de toucher l&rsquo;auditeur allant bien au-del\u00e0 des prouesses vocales, un art raffin\u00e9 qui trouve un terreau fertile dans l&rsquo;intimit\u00e9 du lied et de la m\u00e9lodie. \u00c0 son grand sens musical qui vient \u00e0 la fois du travail, de l&rsquo;exp\u00e9rience et de l&rsquo;instinct, s&rsquo;ajoutent une intelligence du texte qu&rsquo;elle sait transmettre et un bon go\u00fbt certain qui r\u00e8gne sur tout ce qu&rsquo;elle fait.<\/p>\n<p>Marie-Nicole Lemieux, une grande chanteuse? Oui, mais avant tout, une grande interpr\u00e8te.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me partie du r\u00e9cital fait place au fran\u00e7ais. On aime particuli\u00e8rement le cycle <em>Saluste du Bartas<\/em>, d&rsquo;Arthur Honegger, tellement original et \u00e9pique, sur les po\u00e8mes de Pierre B\u00e9dard de Monlaur, un cycle difficile qu&rsquo;elle ma\u00eetrise \u00e0 la perfection. Cette partie nous donne \u00e9galement l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre les rares <em>Sept Chansons de Cl\u00e9ment Marot<\/em>, de Georges Enesco. Loin de faire dans la facilit\u00e9, <strong>Marie-Nicole Lemieux<\/strong> d\u00e9montre qu&rsquo;elle aime les programmes avec de la substance et nous fait d\u00e9couvrir d&rsquo;autres facettes de sa personnalit\u00e9. Au-del\u00e0 de cette femme joyeuse parfois d\u00e9peinte de fa\u00e7on caricaturale, on retrouve aussi Marie-Nicole, l&rsquo;intellectuelle, l&rsquo;artiste qui aime repousser ses limites et prouve qu&rsquo;elle a du contenu.<\/p>\n<p>Le public lui fera \u00e9videmment un triomphe et elle nous donnera g\u00e9n\u00e9reusement deux rappels: <em>\u00c0 Chloris<\/em>, de Reynaldo Hahn, et l&rsquo;\u00e9mouvant <em>Connais-tu le pays o\u00f9 fleurit l&rsquo;oranger?<\/em> extrait de <em>Mignon<\/em>.<\/p>\n<p>Que le boum-boum aille au diable.<\/p>\n<h2>LIRE AUSSI:<\/h2>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"htyp8LqTJw\"><p><a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/09\/16\/critique-rigoletto-a-lopera-de-montreal-le-triomphe-des-voix\/\">CRITIQUE | Rigoletto \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al : le triomphe des voix<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/09\/16\/critique-rigoletto-a-lopera-de-montreal-le-triomphe-des-voix\/embed\/#?secret=htyp8LqTJw\" data-secret=\"htyp8LqTJw\" width=\"600\" height=\"338\" title=\"\u00ab\u00a0CRITIQUE | Rigoletto \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra de Montr\u00e9al : le triomphe des voix\u00a0\u00bb &#8212; Ludwig Van Montreal\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie-Nicole Lemieux poss\u00e8de un pouvoir qu&rsquo;ont peu d&rsquo;interpr\u00e8tes: celui de toucher une corde sensible que chacun de nous garde soigneusement enfouie derri\u00e8re les aspects plus mondains de la vie, et de tirer une larme au moment o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;y attend le moins. 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