{"id":55748,"date":"2018-07-31T04:07:25","date_gmt":"2018-07-31T08:07:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=55748"},"modified":"2018-07-31T04:07:25","modified_gmt":"2018-07-31T08:07:25","slug":"critique-pelleas-melisande-langue-francaise-exaltee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/07\/31\/critique-pelleas-melisande-langue-francaise-exaltee\/","title":{"rendered":"CRITIQUE  | Pell\u00e9as et M\u00e9lisande au Festival d&rsquo;op\u00e9ra de Qu\u00e9bec : la langue fran\u00e7aise exalt\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_55749\" aria-describedby=\"caption-attachment-55749\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-55749\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2018\/07\/Samantha-Louis-Jean-cr-Louise-Leblanc-web.jpg\" alt=\"Samantha Louis-Jean et Marc Boucher dans Pell\u00e9as et M\u00e9lisande avec l'Orchestre de la Francophonie au Palais Montcalm. 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(Cr\u00e9dit: Louise Leblanc)<\/figcaption><\/figure>\n<p>On ne se trompe pas en affirmant que <strong><em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em><\/strong> n&rsquo;est pas un op\u00e9ra comme les autres.\u00a0L&rsquo;oeuvre \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e dimanche soir en version concert au Palais Montcalm par l&rsquo;<strong>Orchestre de la Francophonie<\/strong> (direction : <strong>Jean-Philippe Tremblay<\/strong>), dans le cadre du Festival d&rsquo;op\u00e9ra de Qu\u00e9bec. Cette production avait d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 entendue le 8 juin \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Saint-Bruno-de-Montarville, dans le cadre du Festival Classica.<\/p>\n<p>L&rsquo;unique op\u00e9ra complet de Claude Debussy, adaptation d&rsquo;une pi\u00e8ce de Maurice Maeterlick, est une \u0153uvre qui m&rsquo;intimide. Tout y est sugg\u00e9r\u00e9 plut\u00f4t qu&rsquo;affirm\u00e9, et il me semble que tenter de l&rsquo;expliquer par l&rsquo;analyse risquerait de souiller son charme myst\u00e9rieux. Maeterlinck \u00e9tait d&rsquo;ailleurs \u00ab convaincu que les acteurs tuent les h\u00e9ros qu&rsquo;ils incarnent en les chargeant du poids de leur propre humanit\u00e9. \u00bb (L&rsquo;Avant-Sc\u00e8ne Op\u00e9ra, no. 266, p. 13)<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc une \u0153uvre qui laisse beaucoup de place \u00e0 l&rsquo;imagination des spectateurs. En cela, <em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em> se pr\u00eate id\u00e9alement \u00e0 une interpr\u00e9tation sans mise en sc\u00e8ne, o\u00f9 chacun est libre de voir dans son th\u00e9\u00e2tre int\u00e9rieur les personnages du royaume d&rsquo;Allemonde.<\/p>\n<p>C&rsquo;est un symbole fort que l&rsquo;<strong>Orchestre de la Francophonie<\/strong> accompagne une \u0153uvre dans laquelle la langue fran\u00e7aise brille de tous ses feux. Debussy \u00e9tait lui-m\u00eame un passionn\u00e9 de po\u00e9sie. Il d\u00e9couvre la pi\u00e8ce <em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em> apr\u00e8s sa publication en 1892, puis assiste \u00e0 une repr\u00e9sentation parisienne en 1893. Alors que les op\u00e9ras conventionnels de l&rsquo;\u00e9poque sont \u00e9crits sur des textes en vers (avec un agencement r\u00e9gulier de rimes et de syllabes), Debussy conserve intacte la prose libre de la pi\u00e8ce (\u00e0 l&rsquo;exception des coupures autoris\u00e9es par Maeterlinck). La notation rythmique du texte est not\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment par le compositeur, et refl\u00e8te une d\u00e9clamation assez naturelle qui favorise la compr\u00e9hension par les spectateurs. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un puissant exemple de symbiose mots-musique.<\/p>\n<p>Selon les mots de Debussy lui-m\u00eame : \u00ab les personnages de ce drame t\u00e2chent de chanter comme des personnes naturelles et non pas dans une langue arbitraire faite de traditions surann\u00e9es. \u00bb (<em>Pourquoi j&rsquo;ai \u00e9crit Pell\u00e9as<\/em>, dans L&rsquo;Avant-Sc\u00e8ne Op\u00e9ra, no. 266, p. 68)<\/p>\n<p>Tous les chanteurs, sans exception, ont livr\u00e9 le texte avec clart\u00e9 et \u00e9motion. Il y avait plusieurs moments touchants : le noble et grave monologue du roi Arkel (<strong>Fr\u00e9d\u00e9ric Caton<\/strong>); la chanson de M\u00e9lisande (<strong>Samantha Louis-Jean<\/strong>), toute en simplicit\u00e9; les grandes envol\u00e9es amoureuses de Pell\u00e9as (<strong>Guillaume Andrieux<\/strong>); les regrets de Golaud (<strong>Marc Boucher<\/strong>). <strong>Rosalie Lane L\u00e9pine<\/strong> a fait deux interventions remarqu\u00e9es dans le r\u00f4le du petit Yniold, refl\u00e9tant par sa voix et son expression la candeur de ce personnage, de m\u00eame que son \u00e9tranget\u00e9. <strong>Caroline G\u00e9linas<\/strong>, qui jouait Genevi\u00e8ve, a fait entendre un magnifique timbre calme et contenu dans la deuxi\u00e8me sc\u00e8ne du premier acte, lors de la lecture de la lettre. Par contre, la direction du chef lui semblait peut-\u00eatre trop rigide, ce qui a quelque peu emp\u00each\u00e9 les mots de se d\u00e9ployer avec davantage de myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Les jeunes musiciens de <strong>l&rsquo;Orchestre de la Francophonie<\/strong> ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 hauteur du d\u00e9fi de cette partition charg\u00e9e. Ils ont brill\u00e9 lors des moments de grande intensit\u00e9 : la mont\u00e9e de tension au d\u00e9but de l&rsquo;acte 3 (premi\u00e8re sc\u00e8ne de s\u00e9duction), la puissante transition entre les sc\u00e8nes 2 et 3 de l&rsquo;acte 4 (apr\u00e8s l&rsquo;acc\u00e8s de col\u00e8re de Golaud contre M\u00e9lisande), et le cataclysme de la fin de l&rsquo;acte 4, o\u00f9 se c\u00f4toient \u00e9rotisme br\u00fblant et violence mortelle. Les nombreux passages \u00ab aquatiques\u00bb qui d\u00e9peignent la mer ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ussis, notamment celui de l&rsquo;exploration de la grotte \u00e0 la fin de l&rsquo;acte 2, avec la rondeur des cuivres graves.<\/p>\n<p>Un nombre de repr\u00e9sentations plus important aurait sans doute permis d&rsquo;affiner les d\u00e9licats moments piano et pianissimo, par exemple les motifs li\u00e9es aux cordes au d\u00e9but de la sc\u00e8ne 3 de l&rsquo;acte 1, avant le premier dialogue entre Genevi\u00e8ve et M\u00e9lisande, ainsi que les interventions lors de la rencontre entre M\u00e9lisande et Golaud.<\/p>\n<p>Il r\u00e9gnait une atmosph\u00e8re d&rsquo;\u00e9coute attentive et passionn\u00e9e dans la salle Raoul-Jobin, bien que le public y \u00e9tait un peu clairsem\u00e9. Une fois pass\u00e9e l&rsquo;instabilit\u00e9 initiale devant ce langage inhabituel, nous laissions les artistes nous raconter leur histoire, nous porter leur magie, comme si nous \u00e9tions pendus aux l\u00e8vres d&rsquo;un conteur autour d&rsquo;un feu de camp.<\/p>\n<h2>\u00c0 LIRE AUSSI:<\/h2>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"304AhUnT6I\"><p><a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/07\/29\/critique-quebec-charme-belle-helene\/\">CRITIQUE  | Qu\u00e9bec sous le charme de La Belle H\u00e9l\u00e8ne<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; clip: rect(1px, 1px, 1px, 1px);\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2018\/07\/29\/critique-quebec-charme-belle-helene\/embed\/#?secret=304AhUnT6I\" data-secret=\"304AhUnT6I\" width=\"600\" height=\"338\" title=\"\u00ab\u00a0CRITIQUE  | Qu\u00e9bec sous le charme de La Belle H\u00e9l\u00e8ne\u00a0\u00bb &#8212; Ludwig Van Montreal\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n<h2>ABONNEZ-VOUS \u00c0 NOTRE INFOLETTRE GRATUITE<\/h2>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne se trompe pas en affirmant que Pell\u00e9as et M\u00e9lisande n&rsquo;est pas un op\u00e9ra comme les autres. L&rsquo;oeuvre \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e dimanche soir en version concert au Palais Montcalm par l&rsquo;Orchestre de la Francophonie (direction : Jean-Philippe Tremblay), dans le cadre du Festival d&rsquo;op\u00e9ra de Qu\u00e9bec. 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