{"id":50414,"date":"2017-12-16T10:59:30","date_gmt":"2017-12-16T15:59:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=50414"},"modified":"2017-12-16T10:59:30","modified_gmt":"2017-12-16T15:59:30","slug":"critique-troyens-o-lumiere-de-troie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2017\/12\/16\/critique-troyens-o-lumiere-de-troie\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Les Troyens: \u00d4 Lumi\u00e8re de Troie"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_50152\" aria-describedby=\"caption-attachment-50152\" style=\"width: 900px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-50152\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/12\/Les-Troyens.jpg\" alt=\"Les Troyens, avec Joyce DiDonato, Michael Spyres, Marie-Nicole Lemieux, sous la direction de John Nelson.\" width=\"900\" height=\"900\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/12\/Les-Troyens.jpg 900w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/12\/Les-Troyens-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/12\/Les-Troyens-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/12\/Les-Troyens-768x768.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-50152\" class=\"wp-caption-text\">Les Troyens, avec Joyce DiDonato, Michael Spyres, Marie-Nicole Lemieux, sous la direction de John Nelson.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Chef-d\u2019\u0153uvre absolu du XIXe si\u00e8cle, <em>Les Troyens<\/em> ont d\u00fb pourtant traverser un invraisemblable purgatoire. Si la partition est achev\u00e9e d\u00e8s 1858, Berlioz r\u00e9alise rapidement qu\u2019il doit abandonner les d\u00e9marches aupr\u00e8s de l\u2019Op\u00e9ra en vue de faire repr\u00e9senter son dernier-n\u00e9. \u00c0 contrec\u0153ur et profond\u00e9ment d\u00e9moralis\u00e9, il finira par accepter la proposition de Carvalho de couper l\u2019\u0153uvre en deux.<\/p>\n<p>Les actes I et II deviendront <em>La chute de Troie<\/em>, les actes III \u00e0 V \u00e9tant rebaptis\u00e9s <em>Les Troyens \u00e0 Carthage. <\/em>Seuls ces derniers seront mont\u00e9s en 1863, au Th\u00e9\u00e2tre Lyrique que dirige Carvalho, dans des conditions pr\u00e9caires, avec un compositeur d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de voir son op\u00e9ra ainsi d\u00e9figur\u00e9.\u00a0 \u00ab\u00a0O ma Cassandre, O mon h\u00e9ro\u00efque vierge\u00a0! Il me faut donc m\u2019y r\u00e9soudre\u00a0: je ne t\u2019entendrai jamais.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il faudra attendre 1890 pour que l\u2019op\u00e9ra soit jou\u00e9 int\u00e9gralement \u00e0 Karlsruhe (mais en deux soir\u00e9es et en allemand). Pour tenir une ex\u00e9cution int\u00e9grale en fran\u00e7ais et en un soir, rendez-vous en 1957, avec les repr\u00e9sentations de Londres sous la baguette de Rafael Kubelik, soit presque cent ans apr\u00e8s la composition de l\u2019ouvrage et 88 ans apr\u00e8s la mort du compositeur.<\/p>\n<p>La discographie suivra le m\u00eame chemin de croix\u00a0: Le premier enregistrement date de 1969, avec Colin Davis \u00e0 la barre, puis 25 ans de silence, jusqu\u2019\u00e0 ce que Charles Dutoit apporte sa contribution en 1994, \u00e0 la t\u00eate des forces de Montr\u00e9al, puis \u00e0 nouveau Colin Davis \u00e0 Londres en 2000. C\u2019est peu, pour un tel monument. La vid\u00e9ographie compl\u00e8te un peu le propos, avec 5 versions (Levine, Cambreling, Gardiner, Pappano et Gergiev).<\/p>\n<p>La r\u00e9colte est mince, mais de qualit\u00e9.\u00a0 Cet enregistrement r\u00e9alis\u00e9 \u00ab\u00a0live\u00a0\u00bb \u00e0 Strasbourg en avril 2017 se heurte donc \u00e0 une concurrence de haut vol. Le r\u00f4le de Cassandre est un bel exemple. Entre la splendeur sonore de Deborah Voigt (Dutoit) et l\u2019incandescence sc\u00e9nique d\u2019Anna-Caterina Antonacci (Gardiner), difficile pour Marie-Nicole Lemieux d\u2019exister. Les moyens vocaux sont l\u00e0, en quantit\u00e9, le timbre est plein et pulpeux, mais la tension du concert est palpable.<\/p>\n<p>Confront\u00e9e aux ruptures de registre voulues par Berlioz pour enrichir son langage, la mezzo est pouss\u00e9e dans ses retranchements. \u00ab\u00a0Malheureux peuple\u00a0\u00bb\u00a0 montre des limites, le son n\u2019est pas toujours beau, le vibrato d\u00e9rape par moment. Le duo avec Chor\u00e8be la trouve plus stable, et elle termine l\u2019acte nettement plus \u00e0 l\u2019aise. La prononciation fran\u00e7aise est exemplaire, et l\u2019investissement dramatique ne peut \u00eatre mis en doute. Sans doute faudra-t-il attendre quelques ann\u00e9es avant que le r\u00f4le ne soit pleinement ma\u00eetris\u00e9 et m\u00fbri.<\/p>\n<p>Aucun probl\u00e8me technique, en revanche, pour la Didon de Joyce Di Donato. Toutes les\u00a0 notes sont l\u00e0, glorieusement chant\u00e9es, avec un legato souverain, une beaut\u00e9 de chaque instant, un souffle qui semble in\u00e9puisable. La langue est cisel\u00e9e, tant les voyelles que les consonnes. \u00a0Cependant, sans vouloir passer pour un Philistin, on s\u2019interroge sur l\u2019id\u00e9e de confier un personnage aussi tragique \u00e0 une belcantiste. Tout est trop beau, et on peine parfois \u00e0 \u00eatre touch\u00e9. Le final, par exemple, manque de cette f\u00ealure, cette douleur digne qu\u2019ont pu rendre les toutes grandes titulaires.<\/p>\n<blockquote><p>Si les deux dames peuvent \u00eatre discut\u00e9es, pour des raisons diff\u00e9rentes, il n\u2019y a aucun d\u00e9bat autour de l\u2019En\u00e9e de Michael Spyres.\u00a0 Il \u00e9crase tout simplement la totalit\u00e9 de la concurrence.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans une partie qui demande \u00e0 la fois endurance, style et vaillance, souvent d\u00e9licatement intriqu\u00e9s, il affiche une aisance insolente.<\/p>\n<p>Depuis son entr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 son duo final avec Didon, l\u2019Am\u00e9ricain adapte sa voix cam\u00e9l\u00e9on qui, en plus d\u2019\u00eatre supr\u00eamement belle, sait se transformer \u00e0 loisir, tant\u00f4t claironnante, tant\u00f4t caressante, elle nous donne \u00e0 <em>voir<\/em> le h\u00e9ros en armure quittant Troie en flammes aussi bien que l\u2019amant d\u00e9chir\u00e9 qui veut asperger les genoux de son aim\u00e9e \u00ab\u00a0de ses larmes br\u00fblantes\u00a0\u00bb. Et tout \u00e7a dans un fran\u00e7ais qui pourrait en remontrer \u00e0 bien des natifs.<\/p>\n<p>Sans pr\u00e9tendre \u00e0 de tels sommets, le Chor\u00e8be sobre et intense de St\u00e9phane Degout, le Narbal aux bases solides de Nicolas Courjal, l\u2019Anna pleine de sollicitude d\u2019Hanna Hipp constituent des atouts du coffret. Les trois choeurs (op\u00e9ra de Strasbourg, philharmonique de Strasbourg, Karlsruhe) sont investis et clairs\u00a0, sans plus. On remonte dans la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0exceptionnel\u00a0\u00bb avec Stanislas de Barbeyrac et \u00a0Cyrille Dubois, en Hylas et Iopas. Deux voix jeunes, mais d\u00e9j\u00e0 pleinement ma\u00eetris\u00e9es. \u00ab\u00a0O blonde C\u00e9r\u00e8s\u00a0\u00bb allie pr\u00e9cision et lyrisme, tandis que \u00ab\u00a0Vallon sonore\u00a0\u00bb propulse l\u2019auditeur au 7<sup>e<\/sup> ciel de l\u2019op\u00e9ra.<\/p>\n<p>Un mot enfin sur la direction de John Nelson. Sa conception ultra-romantique s\u00e9duit. Autant Charles Dutoit ou John Eliot Gardiner avaient une vision classique des Troyens, les inscrivant dans une filiation directe avec Gluck et Spontini, autant l\u2019Am\u00e9ricain per\u00e7oit l\u2019op\u00e9ra comme l\u2019apog\u00e9e d\u2019une carri\u00e8re de Berlioz qui a consist\u00e9 \u00e0 dynamiter toutes les conventions.<\/p>\n<blockquote><p>D\u00e8s lors, dans cette perspective d\u2019hyperexpressivit\u00e9, chaque d\u00e9tail instrumental doit \u00eatre charg\u00e9 d\u2019\u00e9motions, v\u00e9hiculer un maximum d\u2019id\u00e9es et d\u2019affect.<\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019Orchestre philharmonique de Strasbourg r\u00e9pond au quart de tour, et se donne avec d\u00e9lices. Chauff\u00e9s \u00e0 blanc, les instrumentistes dispensent \u00e0 pleines mains les couleurs dont Berlioz use et abuse\u00a0: la gradation subtile des cordes dans le duo Cassandre\/Chor\u00e8be, les charges de cuivre dans la \u00ab\u00a0Chasse royale\u00a0\u00bb, les vagues de bois dans le septuor du IV. La liste est infinie.<\/p>\n<p>Au final, un nouvel enregistrement qui est le bienvenu, et qui malgr\u00e9 ses (relatives) faiblesses, est \u00e0 conna\u00eetre par tous les amateurs d\u2019op\u00e9ra. Parce qu\u2019il d\u00e9fend brillamment une \u0153uvre trop peu connue. Et parce que son En\u00e9e est d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9 dans la l\u00e9gende du chant.<\/p>\n<div class=\"jetpack-video-wrapper\"><span class=\"embed-youtube\" style=\"text-align:center; display: block;\"><iframe loading=\"lazy\" class=\"youtube-player\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/FdJ1f-9jYUQ?version=3&#038;rel=1&#038;showsearch=0&#038;showinfo=1&#038;iv_load_policy=1&#038;fs=1&#038;hl=fr-FR&#038;autohide=2&#038;wmode=transparent\" allowfullscreen=\"true\" style=\"border:0;\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin allow-popups allow-presentation\"><\/iframe><\/span><\/div>\n<p><em>Hector Berlioz (1803-1869)<\/em><\/p>\n<p><em>Les Troyens, op\u00e9ra en 5 actes sur un livret du compositeur<\/em><\/p>\n<p><em>Marie-Nicole Lemieux (Cassandre) \u2013 St\u00e9phane Degout (Chor\u00e8be) \u2013 Michael Spyres (En\u00e9e)- Joyce Di Donato (Didon) \u2013 Nicolas Courjal (Narbal) \u2013Marianne Crebassa (Ascagne)- Hanna Hipp (Anna) \u2013Cyrille Dubois(Iopas) \u2013 Stanislas de Barbeyrac (Hylas)<\/em><\/p>\n<p><em>Ch\u0153ur de l\u2019op\u00e9ra de Strasbourg<\/em><\/p>\n<p><em>Ch\u0153ur philharmonique de Strasbourg<\/em><\/p>\n<p><em>Badischer Staatsopernchor Karlsruhe<\/em><\/p>\n<p><em>Orchestre philharmonique de Strasbourg<\/em><\/p>\n<p><em>Dir.\u00a0: John Nelson<\/em><\/p>\n<p><em>4 CD (+ 1 DVD) Erato 0190295762209, 3h54\u2019<\/em><\/p>\n<p><strong>VOUS AVEZ AIM\u00c9 CET ARTICLE? 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