{"id":49838,"date":"2017-11-19T10:33:58","date_gmt":"2017-11-19T15:33:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=49838"},"modified":"2017-11-19T10:33:58","modified_gmt":"2017-11-19T15:33:58","slug":"critique-jean-philippe-sylvestre-palais-beaux-arts-de-bruxelles-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2017\/11\/19\/critique-jean-philippe-sylvestre-palais-beaux-arts-de-bruxelles-plus\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Jean-Philippe Sylvestre au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles: qui peut le plus peut-il le moins?"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_48184\" aria-describedby=\"caption-attachment-48184\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-48184\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/Jean-Philippe-Sylvestre_CR_Nathalie_Blanchard.jpg\" alt=\"Jean-Philippe Sylvestre lance cet automne son premier album avec ATMA Classique. C\u2019est le compositeur qu\u00e9b\u00e9cois Andr\u00e9 Mathieu qu\u2019il a retenu pour ce projet men\u00e9 avec l\u2019Orchestre M\u00e9tropolitain, sous la direction d\u2019Alain Trudel. (Cr\u00e9dit photo: Nathalie Blanchard)\" width=\"1024\" height=\"681\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/Jean-Philippe-Sylvestre_CR_Nathalie_Blanchard.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/Jean-Philippe-Sylvestre_CR_Nathalie_Blanchard-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/09\/Jean-Philippe-Sylvestre_CR_Nathalie_Blanchard-768x511.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-48184\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Philippe Sylvestre \u00e9tait en r\u00e9cital \u00e0 Bruxelles le 18 novembre 2017. (Cr\u00e9dit photo: Nathalie Blanchard)<\/figcaption><\/figure>\n<p><em><strong>Le pianiste qu\u00e9b\u00e9cois<\/strong><\/em> <em><strong>Jean-Philippe Sylvestre <em>d<\/em>onnait hier soir un<\/strong> <strong>r\u00e9cital au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Au programme, Bach, Mozart, Balakirev et Andr\u00e9 Mathieu. Notre critique, Dominique Joucken, \u00e9tait sur place. \u00c9merveill\u00e9 par le musicien dans Mathieu et Balakirev, il n\u2019est cependant pas convaincu par son interpr\u00e9tation de Bach et de Mozart. Critique. <\/strong><\/em><\/p>\n<p>La musique est comme la religion catholique. Elle propose \u00e0 ses fid\u00e8les des myst\u00e8res. Ce sont des articles de foi, que l\u2019on ne peut ni comprendre ni expliquer, qu\u2019il faut se contenter d\u2019accepter, de m\u00e9diter et d\u2019admirer. La virtuosit\u00e9 est l\u2019un de ces myst\u00e8res. Non seulement parce qu\u2019elle permet \u00e0 l\u2019humain de franchir des barri\u00e8res infranchissables, de se lib\u00e9rer des contraintes corporelles, mais aussi parce qu\u2019elle fait na\u00eetre des contradictions qui semblent impossibles \u00e0 expliquer.<\/p>\n<p>Ainsi, l\u2019adage \u00ab qui peut le plus peut le moins \u00bb ne semble plus s\u2019appliquer dans le cas des virtuoses. Ils peuvent sans difficult\u00e9 apparente venir \u00e0 bout des morceaux de bravoure les plus redoutables, pour ensuite se retrouver d\u00e9sarm\u00e9s dans des pi\u00e8ces dont les exigences sont moindres sur le plan digital.<\/p>\n<p><strong>Jean-Philippe Sylvestre<\/strong> appartient sans conteste \u00e0 cette cat\u00e9gorie d\u2019interpr\u00e8te. Son <em>Islamey<\/em> de Balakirev stup\u00e9fie : rigueur rythmique, sonorit\u00e9s pleines, m\u00eame dans les cascades de notes les plus folles, v\u00e9locit\u00e9, chant, propret\u00e9 de chacun des traits, tout cela dans la pi\u00e8ce qu\u2019on s\u2019accordait \u00e0 trouver la plus difficile du r\u00e9pertoire avant que Ravel n\u2019\u00e9crive son Scarbo. Ce n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde. Les moyens techniques du pianiste sont simplement fabuleux, et tout cela est livr\u00e9 sans gesticulation, sans mimiques, avec l\u2019\u0153il sec et le cheveu en ordre.<\/p>\n<p>On constante la m\u00eame ma\u00eetrise absolue dans le <em>Concerto de Qu\u00e9bec<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Mathieu, arrang\u00e9 pour piano seul par Jean-Philippe Sylvestre lui-m\u00eame. L\u2019\u00e9criture extr\u00eamement large et hyperromantique du compositeur qu\u00e9b\u00e9cois, que les auditeurs belges d\u00e9couvrent, pour la plupart, est rendue avec une assurance de chaque instant. \u00c9lans irr\u00e9sistibles, houle des sentiments, expressivit\u00e9 constante. Jamais la musique de Mathieu n\u2019a sonn\u00e9 aussi proche de celle de son mentor Rachmaninov.<\/p>\n<p><strong>Bach et Mozart<\/strong><\/p>\n<p>Tous ces moyens sont-ils utiles \u00e0 notre h\u00e9ros du jour dans la 4e Partita de Bach ? Sans doute, ils le sont dans la mesure o\u00f9 il d\u00e9joue sans difficult\u00e9 les pi\u00e8ges de la polyphonie, notamment dans les deux fugues, donn\u00e9es avec lisibilit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 de nombreux pianistes se contentent d\u2019une bouillie indiff\u00e9renci\u00e9e.<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019attitude globale face \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019\u0153uvre est plus discutable. Comme d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 par la simplicit\u00e9 de certaines danses, le pianiste semble vouloir \u00e9toffer le propos en d\u00e9sarticulant la rythmique, en pla\u00e7ant des accents qui n\u2019existent, pas, en variant le tempo selon des crit\u00e8res arbitraires.<\/p>\n<p>Les choses empirent dans la Sonate de Mozart K. 331, o\u00f9 tout parle de simplicit\u00e9, de chant et de d\u00e9pouillement. Ici, notre pyrotechnicien semble carr\u00e9ment mal \u00e0 l\u2019aise. Il bute sur des traits qui sont en apparence anodins, ne parvient pas \u00e0 trouver cette motricit\u00e9 qui donne vie \u00e0 la forme mozartienne, charge son propos et effectue des virages \u00e0 180 degr\u00e9.<\/p>\n<p>Tout ce qu\u2019il avait magnifiquement r\u00e9ussi chez les romantiques (et dans le Prokofiev et le Ginastera donn\u00e9s en rappel) lui donne du fil \u00e0 retordre dans une forme aussi lumineusement simple que cette sonate \u00e0 la fr\u00eale carrure. On repense alors \u00e0 la phrase du grand pianiste Artur Schnabel : \u00ab <em>Mozart est trop facile pour les enfants, et trop difficile pour les adultes.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>Le public belge repartira cependant ravi d\u2019avoir pu d\u00e9couvrir un artiste aux moyens tr\u00e8s prometteurs, qui parvient \u00e0 \u00e9tablir une connivence avec les spectateurs gr\u00e2ce \u00e0 de petits expos\u00e9s introductifs aussi brefs que sympathiques. La mani\u00e8re dont il passe de cette convivialit\u00e9 \u00e0 une concentration absolue, imposant le silence par de longues minutes pass\u00e9es \u00e0 attendre devant son clavier, est elle aussi un myst\u00e8re. Ne sommes-nous pas tous tiss\u00e9s d\u2019inextricables contradictions ? La musique, m\u00e9taphore de la condition humaine \u2026<\/p>\n<p><em>R\u00e9cital de Jean-Philippe Sylvestre, piano <\/em><\/p>\n<p><em>Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, 18 novembre 2017, 20h<\/em><\/p>\n<p><em>Jean-S\u00e9bastien Bach : Partita n\u00b04<\/em><br \/>\n<em>Wolfgang Amadeus Mozart : Sonate K.331 \u00ab alla turca \u00bb<\/em><br \/>\n<em>Andr\u00e9 Mathieu : Concerto de Qu\u00e9bec<\/em><br \/>\n<em>Mili Balakirev : Islamey<\/em><\/p>\n<p><strong>VOUS AVEZ AIM\u00c9 CET ARTICLE? Lisez aussi:\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Entretien avec Jean-Philippe Sylvestre, <a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2017\/09\/28\/jean-philippe-sylvestre-a-la-conquete-dandre-mathieu\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c0 la conqu\u00eate d&rsquo;Andr\u00e9 Mathieu<\/a><\/p>\n<p>Critique: <a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2017\/11\/04\/critique-orchestre-metropolitain-duets-tout-pres-du-but\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Orchestre M\u00e9tropolitain, album Duets: tout pr\u00e8s du but<\/a>, par Dominique Joucken<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pianiste qu\u00e9b\u00e9cois Jean-Philippe Sylvestre donnait hier soir un r\u00e9cital au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Au programme, Bach, Mozart, Balakirev et Andr\u00e9 Mathieu. 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