{"id":49378,"date":"2017-11-01T09:13:57","date_gmt":"2017-11-01T13:13:57","guid":{"rendered":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/?p=49378"},"modified":"2017-11-01T11:44:30","modified_gmt":"2017-11-01T15:44:30","slug":"critique-matt-haimovitz-christopher-oriley-troika-fascinant-voyage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2017\/11\/01\/critique-matt-haimovitz-christopher-oriley-troika-fascinant-voyage\/","title":{"rendered":"CRITIQUE | Matt Haimovitz &#038; Christopher O&rsquo;Riley, Troika: un fascinant voyage"},"content":{"rendered":"<figure id=\"attachment_49383\" aria-describedby=\"caption-attachment-49383\" style=\"width: 1024px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-full wp-image-49383\" src=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/11\/Troika_MattHaimovitz.jpg\" alt=\"Matt Haimovitz et Christopher O'Riley lancent Troika, un album de musique russe.\" width=\"1024\" height=\"1024\" srcset=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/11\/Troika_MattHaimovitz.jpg 1024w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/11\/Troika_MattHaimovitz-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/11\/Troika_MattHaimovitz-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/11\/Troika_MattHaimovitz-768x768.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-49383\" class=\"wp-caption-text\">Matt Haimovitz et Christopher O&rsquo;Riley lancent Troika, un album de musique russe.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Une tro\u00efka, c\u2019est un trio, un ensemble de trois choses. On conna\u00eet la cal\u00e8che russe tir\u00e9e par trois chevaux qui porte ce nom. Pour le violoncelliste montr\u00e9alais <strong>Matt Haimovitz<\/strong>, qui vient de lancer un album intitul\u00e9 <em>Troika<\/em>, cette derni\u00e8re r\u00e9f\u00e8re \u00e0 celle de <strong>Rachmaninov, Prokofiev<\/strong> et <strong>Chostakovitch<\/strong>, \u00e0 laquelle il a ajout\u00e9 sa propre triade, faite d\u2019arrangements r\u00e9ussis de chansons populaires \u00e9voquant la Russie moderne. Critique d\u2019un superbe album.<\/p>\n<p><strong>Matt Haimovitz\u00a0: musicien hors norme<\/strong><\/p>\n<p><strong>Matt Haimovitz<\/strong> est isra\u00e9lien de naissance, mais vit principalement \u00e0 Montr\u00e9al depuis 2004. C\u2019est un violoncelliste hors norme et cam\u00e9l\u00e9on. Il s\u2019est fait rapidement conna\u00eetre, il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, en parcourant les \u00c9tats-Unis avec les <em>Suites pour violoncelle<\/em>, de Bach, qu\u2019il jouait dans des tavernes, des discoth\u00e8ques, des bars country, et autres lieux inattendus.<\/p>\n<p>Cette approche iconoclaste lui a valu l\u2019admiration d\u2019un public n\u00e9ophyte et m\u00eame le respect d\u2019une partie de l\u2019establishment classique habituel (preuve que les mentalit\u00e9s \u00e9voluent).<\/p>\n<p>Toutefois, le musicien ne se compla\u00eet pas \u00e0 l\u2019esbroufe dans la musique commerciale. C\u2019est un musicien s\u00e9rieux, raffin\u00e9 et f\u00e9rocement expressif. Il ma\u00eetrise autant Beethoven que Chostakovitch, Schubert et la musique contemporaine la plus audacieuse, que ce soit le rock le plus \u00e9chevel\u00e9 ou le jazz le plus impr\u00e9visible.<\/p>\n<p><strong>De la graine de Rostro<\/strong><\/p>\n<p>On remarque d\u2019embl\u00e9e la sonorit\u00e9 de <strong>Matt Haimovitz<\/strong>\u00a0: puissante et libre, avec une force de projection impressionnante et sans aucune lourdeur. La technique est aussi admirable\u00a0: bien \u00e9quilibr\u00e9e entre virtuosit\u00e9 et \u00e9conomie. Son discours est fluide et limpide, et d\u2019une sensibilit\u00e9 \u00e9vidente.<\/p>\n<p>C\u2019est peut-\u00eatre parce qu\u2019il est si polyvalent dans ses amours musicales que <strong>Haimovitz<\/strong> a manifestement trouv\u00e9 une \u00e2me s\u0153ur en <strong>Dmitri Chostakovitch<\/strong>. J\u2019ose affirmer que la <strong><em>Sonate en r\u00e9 mineur op.40<\/em><\/strong> qu\u2019on entend sur <strong><em>Troika<\/em><\/strong> est l\u2019une des tr\u00e8s bonnes actuellement sur le march\u00e9. Ce foisonnant carrefour d\u2019influences, de d\u00e9sirs expressifs vari\u00e9s, parfois contradictoires, et d\u2019\u00e9quilibre fragile entre culture majeure et mineure, savante et populaire, que repr\u00e9sente <strong>Chostakovitch<\/strong> est parfaitement au diapason de la musicalit\u00e9 profonde du violoncelliste montr\u00e9alais. Il y a de la graine de Rostro (Mstislav Rostropovich) l\u00e0-dedans.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9silience du do majeur<\/strong><\/p>\n<p>Tel un voyage dans le temps en tro\u00efka, en parcourant la Russie d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, <strong>Haimovitz<\/strong> bondit un peu en arri\u00e8re en encha\u00eenant avec la glorieuse <strong><em>Sonate en do majeur, op.119<\/em><\/strong>, de <strong>Prokofiev<\/strong>.<\/p>\n<p>S\u2019il \u00e9tait n\u00e9cessaire de faire la preuve que des chefs-d\u2019\u0153uvre pouvaient encore \u00eatre \u00e9crits en do majeur en plein milieu du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, c\u2019est chose faite avec ce bijou de <strong>Prokofiev<\/strong>, \u00e9crit un an apr\u00e8s que le compositeur eut re\u00e7u l\u2019anath\u00e8me du r\u00e9gime sovi\u00e9tique. La force de caract\u00e8re de <strong>Prokofiev<\/strong> est admirable\u00a0: il n\u2019a pas recul\u00e9 ni senti le besoin d\u2019\u00e9crire des partitions \u00ab\u00a0accommodantes\u00a0\u00bb afin d\u2019amadouer les censeurs. Il a r\u00e9pondu par la bouche de sa partition!<\/p>\n<p>La symbiose totale entre le violoncelliste et le pianiste r\u00e9clame un partenariat de tr\u00e8s haut niveau. L\u2019un r\u00e9pond \u00e0 l\u2019autre, anticipe presque ses \u00e9clats, ses r\u00e9flexions et ses intuitions. Tout est l\u00e0, noir sur blanc, sur des port\u00e9es musicales, mais encore faut-il transmettre l\u2019intangible communication, presque t\u00e9l\u00e9pathique, entre les deux partenaires de fa\u00e7on convaincante.<\/p>\n<p><strong>Haimovitz<\/strong> et <strong>Christopher O\u2019Riley<\/strong> sont ces partenaires musicaux. On est emport\u00e9 et convaincu pour de bon (si le moindre doute subsistait!) par la finale somptueuse de ce tr\u00e9sor expressif exceptionnel, jou\u00e9e par deux musiciens au sommet de leur art.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><strong>Chaleur de la d\u00e9mesure<\/strong><\/p>\n<p>Le dernier membre du triumvirat est <strong>Rachmaninov<\/strong>, avec la <strong><em>Sonate en sol mineur op.19<\/em><\/strong>. Elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite en m\u00eame temps que le <em>Concerto pour piano no.2<\/em>, un m\u00e9ga succ\u00e8s d\u00e8s la premi\u00e8re audition. Ceci expliquant cela, probablement, la <em>Sonate<\/em> a p\u00e2ti de l\u2019obscurit\u00e9 dans laquelle l\u2019a laiss\u00e9e le <em>Concerto<\/em>. Et pourtant, quelle cath\u00e9drale! Les gestes, les phrases, les affects\u2026 Tout est plus grand que nature, surdimensionn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un talent, d\u2019un g\u00e9nie, mais aussi d\u2019un besoin de laisser \u00e9clater ses \u00e9motions sans \u00e9gal \u00e0 l\u2019\u00e9poque (et encore aujourd\u2019hui, probablement).<\/p>\n<p>Encore une fois, <strong>Haimovitz<\/strong> et <strong>O\u2019Riley <\/strong>s\u2019\u00e9clatent, se r\u00e9pondent sans h\u00e9siter et se relancent dans cette d\u00e9mesure heureusement et chaleureusement enveloppante, tel un souffle de suro\u00eet qui nous embrasse.<\/p>\n<p><strong>Popularit\u00e9, contestation et exil<\/strong><\/p>\n<p><strong>Haimovitz<\/strong> et <strong>O\u2019Riley <\/strong>ont eu l\u2019adorable id\u00e9e de compl\u00e9ter le programme (deux CD pour la version physique) avec six pi\u00e8ces populaires, arrang\u00e9es sp\u00e9cialement par eux. Trois d\u2019entre elles sont l&rsquo;oeuvre des compositeurs de cette tro\u00efka et les trois autres sont issues du rock.<\/p>\n<p>La <strong><em>Valse<\/em><\/strong>, de <strong>Chostakovitch<\/strong> (oui, celle-l\u00e0, popularis\u00e9e par Hollywood et Andr\u00e9 Rieu), m\u00e9lodiquement irr\u00e9sistible, est ici attaqu\u00e9e de fa\u00e7on plut\u00f4t relaxe, ce qui lui donne des airs de musique de salon priv\u00e9 tr\u00e8s bourgeois. Inhabituel, et pourtant appropri\u00e9.<\/p>\n<p>La <strong><em>Troika<\/em><\/strong>, de <strong>Prokofiev<\/strong> (extraite de la trame sonore de <em>Lieutenant Kij\u00e9<\/em>) est elle aussi bien connue. Puis, la <strong><em>Vocalise<\/em><\/strong>, de <strong>Rachmaninov<\/strong>, bellement rendue, offre un bienfaisant moment de tendresse expressive.<\/p>\n<div class=\"jetpack-video-wrapper\"><span class=\"embed-youtube\" style=\"text-align:center; display: block;\"><iframe loading=\"lazy\" class=\"youtube-player\" width=\"640\" height=\"360\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/gDCVd--DISk?version=3&#038;rel=1&#038;showsearch=0&#038;showinfo=1&#038;iv_load_policy=1&#038;fs=1&#038;hl=fr-FR&#038;autohide=2&#038;wmode=transparent\" allowfullscreen=\"true\" style=\"border:0;\" sandbox=\"allow-scripts allow-same-origin allow-popups allow-presentation\"><\/iframe><\/span><\/div>\n<p>Le concept, que l\u2019on devine maintenant centr\u00e9 autour de l\u2019id\u00e9e de contestation et d\u2019exil (les trois compositeurs ont v\u00e9cu l\u2019une ou les deux r\u00e9alit\u00e9s), est habilement compl\u00e9t\u00e9 par trois chansons rock r\u00e9centes.<\/p>\n<p>La tr\u00e8s jolie <strong><em>Kukushka<\/em><\/strong>, de <strong>Viktor Tsoi<\/strong>, est une belle d\u00e9couverte. <strong>Tsoi<\/strong> a profit\u00e9 du mouvement d\u2019ouverture de la Glasnost et de la Perestro\u00efka dans les ann\u00e9es 1980 pour exemplifier \u00e0 l\u2019\u00e9poque le d\u00e9sir de changement de la jeunesse sovi\u00e9tique. Ses accointances avec les groupes anglais The Cure et Sisters of Mercy lui ont donn\u00e9 une aura punk rock qui l\u00e9gitime totalement sa place dans cet album. L\u2019arrangement de <strong>Haimovitz<\/strong> et <strong>O\u2019Riley<\/strong> est superbe.<\/p>\n<p>Suit <strong><em>Punk Prayer: Virgin Mary, Put Putin Away<\/em><\/strong>, du groupe f\u00e9ministe <strong>Pussy Riot<\/strong>. Ce trio anti-Poutine a \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 de ses bons services par la prison et l\u2019assassinat de l\u2019une des musiciennes du groupe. La pi\u00e8ce est rugueuse et explosive, comme une d\u00e9charge de revolver.<\/p>\n<p>Pour terminer, un classique rock\u00a0: <strong><em>Back in the USSR<\/em><\/strong>, de <strong>Lennon-McCartney<\/strong>, un aimable clin d\u2019\u0153il du duo.<\/p>\n<p><em>Troika<\/em> est un voyage fascinant, \u00e0 la fois conceptuel et visc\u00e9ralement musical, qui sait \u00e9quilibrer parfaitement passion et intellect. Magistral!<\/p>\n<p><strong>VOUS AVEZ AIM\u00c9 CET ARTICLE? Lisez aussi:<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/2017\/09\/10\/le-secret-de-leternelle-jeunesse\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Beethoven par Blomstedt, ou le secret de l&rsquo;\u00e9ternelle jeunesse<\/a>, par Dominique Joucken.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une tro\u00efka, c\u2019est un trio, un ensemble de trois choses. On conna\u00eet la cal\u00e8che russe tir\u00e9e par trois chevaux qui porte ce nom. Pour le violoncelliste montr\u00e9alais Matt Haimovitz, qui vient de lancer un album intitul\u00e9 Troika, cette derni\u00e8re r\u00e9f\u00e8re \u00e0 celle de Rachmaninov, Prokofiev et Chostakovitch, \u00e0 laquelle il a ajout\u00e9 sa propre triade, faite d\u2019arrangements r\u00e9ussis de chansons populaires \u00e9voquant la Russie moderne. Critique d\u2019un superbe album.<\/p>\n","protected":false},"author":66,"featured_media":49383,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"om_disable_all_campaigns":false,"jetpack_post_was_ever_published":false},"categories":[6439,10996,52],"tags":[2140,2597,14424],"yst_prominent_words":[7004,9842,9915,14427,14414,14415,14416,14426,14425,14413,14419,7570,9811,14422,11429,14421,10059,14420,14418,14417],"acf":[],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-content\/uploads\/sites\/3\/2017\/11\/Troika_MattHaimovitz.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/p9bdYt-cQq","amp_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49378"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/users\/66"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=49378"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49378\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":49384,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/49378\/revisions\/49384"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media\/49383"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=49378"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=49378"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=49378"},{"taxonomy":"yst_prominent_words","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.ludwig-van.com\/montreal\/wp-json\/wp\/v2\/yst_prominent_words?post=49378"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}