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Toronto Montreal

DOSSIER | Les animaux peuvent-ils faire de la musique?

Par Anya Wassenberg le 15 janvier, 2020

chien jouant du piano - cover animaux et musique
Les pitous aiment Mozart, les poissons rouges peuvent distinguer entre Stravinski et Bach, et les éléphants ont un meilleur sens du rythme que nous, semble-t-il.

La vérité sur la réaction des animaux à la musique. Qu’en dit la science? 

Nous avons tous vu une vidéo de chiens jouant du piano et d’éléphants dansant au son du piano. Mais ces animaux réagissent-ils réellement à la musique, ou réagissent-ils davantage aux personnes qui la jouent? N’est-ce qu’un vœu pieux de notre part? Nous avons examiné ce que la science dit au sujet des animaux et de la musique pour connaître la vérité derrière le battage médiatique sur les réseaux sociaux.

Le corpus de recherche scientifique au sujet des animaux et de leur réaction à la musique est encore peu développé, mais un certain nombre d’articles ont été publiés au cours des deux dernières décennies.

Alors, les animaux aiment-ils notre musique? Dit simplement, cela dépend des espèces.  Au-delà de la curiosité de savoir pourquoi les poissons rouges et les éléphants seraient plus sensibles à la musique que les singes, la recherche identifie les origines primordiales de la musique comme une composante essentielle du comportement humain et de sa psychologie.

Des chercheurs du Colorado State University ont étudié la manière dont les chiens de chenil réagissaient à différents types de musique en mesurant des indices de comportement comme le niveau d’activité, les aboiements et autres émissions vocales, et le tremblement nerveux du corps.

Les chercheurs ont fait jouer deux types différents de musique classique, de même que du heavy metal. Selon leurs observations, publiées en 2012 dans The Journal of Veterinary Behavior, les chiens dormaient davantage et semblaient plus détendus lorsque les deux extraits de musique classique leur étaient joués. À l’opposé, le heavy metal les rendait agités, et semblait provoquer des tremblements nerveux. Cette recherche vient appuyer d’autres études réalisées à la Queen’s University de Belfast.

Chiens, chats et chauves-souris

Tandis que nos chiots bien-aimés semblent apprécier Beethoven autant que nous, personne ne sera surpris d’apprendre que les chats semblent préférer une tout autre musique. Dans une étude de 2015 publiée dans le journal Applied Animal Behavior, une équipe de chercheurs du Département de psychologie de l’Université du Wisconsin et de l’École de musique de l’Université du Maryland a voulu vérifier une théorie de musique adaptée selon les espèces animales la plus appropriée pour certaines espèces d’animaux.

Les études sur l’effet de la musique sur les animaux ont souvent été contradictoires, et parfois de manière très marquée.  Certains animaux semblent ne pas réagir du tout à la musique humaine. Aussi les chercheurs ont-ils décidé de créer une musique destinée spécifiquement aux chats. Ils ont composé quelques pièces de musique imitant les vocalisations et les rythmes naturels des chats domestiques.

Leurs résultats semblent indiquer la réussite de l’expérience. Les chats ont semblé démontrer une préférence marquée pour la musique pour chats vs. la musique humaine, ce qui s’exprimait par des comportements tels que s’approcher des humains, se frotter sur leurs jambes, et autres comportement amicaux.

Fait intéressant, les chats les plus jeunes et les plus vieux semblaient les plus réactifs, tandis que les individus appartenant à la tranche d’âge intermédiaire restaient plus indifférents. Vous pouvez voir leurs résultats, ou acheter leur musique, ici.

Comment s’explique cette variété de réactions? Paul A. Faure est chercheur en chef au laboratoire de chauves-souris McMaster (Bat Lab) du Département de psychologie, de neurosciences et d’études comportementales de l’Université McMaster, qui se penche sur les liens entre l’audition et le comportement. « Mon laboratoire étudie la bio-acoustique », explique le Dr. Faure. « L’objet principal des études du laboratoire est l’audition ». Les chauves-souris constituent donc le sujet d’étude idéal. « Elles utilisent l’audition comme principal moyen pour se former une image de leur environnement. » Autrement dit, elles se repèrent grâce à l’écholocation.

Comme l’explique Faure, tous les mammifères possèdent un lien entre leurs systèmes auditif et neurologique. Cela signifie nous réagissons automatiquement de manière spécifique à différents types de son. « Vous marchez sur la rue, quelqu’un klaxonne, et vous sursautez. Ce sursaut est une réaction programmée. »

Les animaux réagissent de manière différente à leurs propres sons et à ceux d’autres espèces. À l’approche d’un prédateur, même furtif, l’animal entendra le son d’autres animaux de son espèce qui fuient la menace. En d’autres termes, chez les animaux, l’ouïe est parfaitement adaptée à leur propre biologie et à leur environnement immédiat. Comme tel, la musique est quelque chose d’étranger à leur expérience habituelle. « Je dirais que les animaux écoutent un stimulus étranger », dit-il. Quand ils réagissent à la musique, c’est logiquement qu’ils y ont identifié un son qui s’inscrit dans le cadre de leur propre expérience. « La musique contient des éléments acoustiques qui ressemblent au monde naturel. » Ces éléments incluent les motifs des notes, leur fréquence et leur amplitude, explique Faure. Dans les autres cas, il y a absence de réaction. « C’est comme du bruit blanc. »

Toutefois, il fait remarquer que la même logique pourrait être appliquée pour expliquer la réaction humaine à la musique que nous composons et que nous exécutons. « Comme humain, nous possédons les concepts de la consonance et de la dissonance » ajoute-t-il.

« Organisation tonotopique» est le terme utilisé pour décrire les ajustements des récepteurs de la cochlée, qui servent de transmission vers la voie auditive. « Ils maintiennent une fréquence spatiale », explique-t-il. Cela signifie, par exemple, que nous percevons certaines harmonies comme « correctes », tandis que d’autres ont un effet discordant. Cette organisation structurelle est présente chez tous les mammifères.

Les singes

Il n’est peut-être pas surprenant que les singes semblent avoir une relation plus complexe à la musique que les chats et les chiens. Les mêmes chercheurs qui avaient composé de la musique pour les chats ont fait de même pour les singes tamarins en 2009. Les compositions musicales dédiées aux singes étaient basées sur les hauteurs sonores utilisées par ceux-ci dans leurs appels. L’étude, publiée dans Biology Letters, remarqua que la réaction des singes dépendait du type de hauteur sonore utilisé. Si la composition imitait les appels que font les singes lorsque terrorisés, cela rendait les animaux agités. Si la hauteur sonore correspondait aux appels qu’ils font quand ils sont calmes, les singes se détendaient. Ils n’ont pas semblé réagir à d’autre musique humaine qu’une chanson heavy metal de Metallica, qui les détendait.

Selon l’auteur principal Charles Snowdon, les animaux peuvent discerner la hauteur absolue, mais ne possèdent pas de perception relative des hauteurs de sons, c’est-à-dire la capacité de reconnaître une mélodie ou une séquence de notes quelle que soit la tonalité dans laquelle elle est jouée. Le résumé de son article stipule que les composantes émotionnelles de la musique humaine peuvent « avoir des origines évolutives dans la structure des appels d’animaux non humains » et que les signaux vocaux des animaux pourraient avoir évolué directement comme moyen d’influencer le comportement. Selon toute vraisemblance, la source de notre réponse émotionnelle à la musique remonterait aux premiers jours de l’humanité.

 

Les vaches

Les médias sociaux regorgent de vidéos de vaches, d’ânes et de chevaux semblant réagir à la musique. En 2015, des musiciens du Cleveland Orchestra se sont rendus à un sanctuaire d’animaux de ferme pour jouer du violon, de la guitare et du hautbois aux animaux. Même si l’expérience était non scientifique, les observations furent concluantes : les vaches étaient intéressées par la musique et s’en sont clairement rapprochées pour l’écouter.

 

Comme les vaches ont des vocalisations qui se situent dans la même gamme de tonalités que les humains, cela a du sens. Et, comme c’était le cas avec l’expérience du Cleveland Orchestra, les vaches semblent effectivement avoir une préférence pour la musique classique. Des chercheurs de l’Université de Leicester au Royaume-Uni ont expérimenté différents types de musique avec de très grands troupeaux de vaches laitières frisonnes en 2001. Plutôt que de s’intéresser au genre musical, les chercheurs ont expérimenté en jouant différents tempos de musique, ainsi qu’en observant une période de 12 heures de silence. Une musique plus lente et apaisante, comme la Symphonie pastorale de Beethoven, a entraîné une augmentation de la production laitière de 3%. Le chercheur principal a émis l’hypothèse que c’était dû à la réduction du stress des vaches.

 

Les Éléphants

L’internet a une histoire d’amour avec les éléphants et leur capacité à danser au son du violon et à peindre des images abstraites. Alors que la recherche sur les animaux et la musique est généralement récente, ce qui était possiblement la première expérimentation avec les animaux et la musique, longtemps avant l’ère des médias sociaux, a impliqué deux éléphants de Ceylan et le Conservatoire de Musique de Paris en 1798. Un orchestre a joué des morceaux de Gluck, Rousseau, Monsigny, Haydn et Rameau pendant que les pachydermes réagissaient en balançant rythmiquement leur trompe.

 

Un neuroscientifique de l’Université de Columbia, David Sulzer, s’est rendu dans le nord de la Thaïlande au début des années 2000 pour étudier le Thai Elephant Orchestra, un ensemble de 16 pachydermes réunis par l’environnementaliste Richard Lair. Ils jouent des instruments spécialement adaptés, notamment des tambours en acier et des harmonicas. L’expérience a abouti à trois albums de musique d’éléphants.

Comme Sulzer l’a expliqué dans une interview à The Economist, l’Elephant Orchestra recevait un signal musical, puis était laissé à lui-même à improviser. Il a noté que les éléphants avaient un sens particulier du rythme, battant des oreilles et se tordant la queue en écoutant de la musique, et en ajoutant parfois leur propre barrissement comme trompette à la mélodie entendue. En utilisant leurs propres instruments, il a noté que les éléphants étaient capables de maintenir un tempo stable sur un grand tambour avec plus de précision que leurs homologues humains.

Les éléphants semblent également extraordinairement sensibles à la musique humaine. Une étude menée par des chercheurs de l’Université Queen’s de Belfast a fait des recommandations pour un zoo. Là, les travailleurs jouent Elgar, Beethoven et Puccini pour calmer les éléphants captifs lorsqu’ils sont agités. Il a pu ainsi diminuer les comportements anormaux associés à la captivité et à l’ennui, y compris la marche incessante en allers-retours et le balancement constant.

 

 

Qu’en est-il de nos amis non mammifères?

Dans une étude publiée dans Frontiers of Evolutionary Neuroscience en 2012, des chercheurs du Département de psychologie de l’Université Emory en Géorgie se sont demandé si les chants d’oiseaux étaient un simple moyen de communiquer ou si les oiseaux faisaient de la musique. Les chercheurs ont étudié la réaction des cerveaux des moineaux à queue blanche mâles et femelles aux chants des oiseaux mâles. Alors que les oiseaux mâles ne semblaient pas impressionnés par les chansons de leurs frères, l’amygdale dans le cerveau des oiseaux femelles s’activait de la même manière que celle des humains réagissant à la musique.

Dans une étude réalisée par des chercheurs du Macquarie University Fish Lab en Australie et publiée dans la revue Animal Cognition en 2018, des requins devaient apprendre à associer un genre musical à un emplacement où ils trouveraient de la nourriture. Il s’avère que les requins ont appris beaucoup plus rapidement lorsque la musique était du jazz improvisé. La musique classique, en revanche, semblait les dérouter et ils ont trouvé plus difficile de faire les liens attendus.

Les poissons rouges sont apparemment plus exigeants sur le plan musical. Dans une expérience similaire, dont les résultats ont été publiés dans Behavioral Processes en 2012, des chercheurs de l’Université Keio de Tokyo ont découvert que le poisson rouge pouvait apprendre à reconnaître la différence entre la musique d’Igor Stravinsky et J. S. Bach et associer la musique entendue aux endroits où ils obtiendraient des récompenses alimentaires.

Pourquoi étudier le domaine de la réaction des réponses animales à la musique

Une équipe internationale de chercheurs menée par l’Université de Vienne en 2015 s’est intéressée à l’utilité des tests de comportement animal pour trouver les fondements de la musique humaine dans le monde animal.  Comme ils l’expliquent dans un article publié dans le journal Philosophical Transactions of the Royal Society B, la musique est bien un phénomène culturel, mais un phénomène qui s’est manifesté dans pratiquement toutes les sociétés humaines, impliquant des racines sous-jacentes en biologie.

La plupart des propriétaires d’animaux domestiques sont déjà convaincus que leur ami à fourrure est sur la même longueur d’onde émotive qu’eux, et ce n’est rien de nouveau. Richard Wagner a imaginé son système de motifs musicaux par la façon dont son chien Peps réagissait aux mélodies dans différentes tonalités, et Elgar avait un faible pour Dan, un bouledogue appartenant à un ami, qui grognait quand les chanteurs du chœur chantaient faux. En fin de compte, il n’y a rien de mal à croire que votre compagnon à fourrure partage votre goût pour les romantiques, et si l’Elephant Orchestra vous soutire quelques dollars de plus pour la conservation, c’est déjà un bon point de pris.

Le Dr Faure est ouvert à toutes les possibilités et beaucoup de travail reste à faire. « Nous ne comprenons même pas vraiment les préférences humaines dans le domaine du son », avoue-t-il.

 

Cet article est d’abord paru en anglais sur le site de Ludwig van Toronto.

Traduction : François Juteau

Révision : Béatrice Cadrin

 

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Anya Wassenberg

Anya Wassenberg is a Senior Writer and Digital Content Editor at Ludwig Van. She is an experienced freelance writer, blogger and writing instructor with OntarioLearn.

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