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Ludwig Van
Toronto Montreal

L'AVANT-CONCERT | VOCES BOREALES: un concert à 40 voix pour souligner les 50 ans des missions Apollo sur la lune

Par Ludwig Van le 16 mai, 2019

Andrew Gray, directeur de Voces Boreales. (Photo: courtoisie de Voces Boreales)

 

Le mardi 21 mai, Voces Boreales, sous la direction d’Andrew Gray, présentera à l’église du Gesù à Montréal un grand concert choral à 40 voix pour souligner les 50 ans des missions lunaires Apollo, ainsi que les 40 ans d’Andrew Gray en musique chorale. Rencontre avec le chef de chœur.

LvM: Quarante voix, c’est une formation plus grande qu’à l’habitude pour VOCES, n’est-ce pas ?

Andrew Gray. « Oui. VOCES est un chœur de chambre professionnel. Le plus souvent, on nous entend à plus ou moins 24 voix. Lors de concerts plus particuliers, il nous arrive d’être en formation plus restreinte de 18, 12 ou même huit voix. Par exemple, le concert Path of Miracles présenté à Lanaudière l’été dernier regroupait 18 chanteurs. Donc 40 voix, pour nous, c’est une situation exceptionnelle. »

LvM – Qu’est-ce qui a motivé ce choix des 40 voix ?

Andrew Gray – « En fait, c’est la rencontre de deux anniversaires. D’une part, nous célébrons cette année le 50e anniversaire des grandes missions lunaires — Apollo 8 et Apollo 11, en particulier — qui ont marqué l’imaginaire de toute la planète. Et d’autre part, il s’avère que, personnellement, je célèbre le 40e anniversaire de mon implication chorale professionnelle. Je trouvais donc intéressant l’idée de monter un concert d’une plus grande envergure à 40 voix, en collaboration avec Le Vivier. C’est un beau défi ! »

LvM – Décrivez-nous brièvement votre parcours musical. Je pense que ça a commencé en Angleterre, n’est-ce pas ?

Andrew Gray – « Oui, en effet. Je viens du Yorkshire, dans le Nord de l’Angleterre. J’ai commencé à chanter à 5 ans dans la chorale de paroisse que mon père dirigeait et où il était organiste. Puis je suis devenu pensionnaire dans une école de chant, un peu comme l’école des Petits Chanteurs du Mont-Royal, associé à la Cathédrale de Durham, avec un service liturgique chanté chaque jour. J’ai étudié en musique à l’Université de Birmingham. Puis j’ai eu la chance de faire le tour du monde avec le groupe a capella The Swingle Singers : l’Europe, évidemment, mais aussi l’Amérique du Nord et du Sud et l’Asie. Ça m’a amené à chanter à la Scala à Milan et au Châtelet à Paris. Je me considère très chanceux ! D’une chose à l’autre, j’ai rencontré en Suisse celle qui allait devenir ma femme. Elle est montréalaise, et c’est ainsi que je suis arrivé à Montréal, il y a près de dix ans. »

 

Earthrise. (Bill Anders-Nasa-Jim Weigang – 1968)

LvM – Qu’est-ce qui vous a amené à vouloir célébrer le 50e anniversaire des missions lunaires ?

Andrew Gray – « En fait, c’est l’une des pièces du concert Earthrise (« Lever de Terre ») d’Alec Roth qui est à la base du concept. Cette pièce, d’une certaine façon, réussit à combiner tous les thèmes de notre concert De XL à L.
À la fin des années 1970, alors même que je commençais à chanter dans la chorale de mon père, de l’autre côté de la rivière, Alec Roth faisait son bacc. en musique à l’Université de Durham. C’est le premier lien.

Le deuxième lien vient de la photo qui a inspiré Roth. Il s’agit de la célèbre photo du même titre « Earthrise » prise le 24 décembre 1968 par l’astronaute William Anders de la mission Apollo 8 : tout juste après leur premier passage derrière la face cachée de la Lune, les astronautes ont été témoins d’un lever de la Terre sur l’horizon lunaire. Anders a alors pris cette photo, qui allait devenir la photo la plus diffusée de toute l’histoire.

 

« C’était un point tournant dans notre conscience planétaire et environnementale. À ce moment-là, on a vraiment réalisé à quel point notre petite planète était unique et fragile. » – Andrew Gray

 

En 2009 – 2010, Roth était de retour à l’Université de Durham comme compositeur en résidence au Collège Hatfield. En prenant la photo, un peu comme si c’était une icône devant laquelle on médite, il s’est imprégné du sentiment de beauté et de fragilité de la Terre. Il a alors écrit cette cantate chorale à 40 voix qui, bien sûr, célèbre l’esprit d’invention et d’exploration de l’humanité mais plus encore qui nous appelle à une véritable sagesse planétaire, particulièrement face à la catastrophe environnementale que nous sommes en train de causer.
À partir de là, on avait tous les éléments pour un concert exceptionnel : 40 voix pour un 40e anniversaire, passage de la noirceur à la lumière, lever de Soleil, la Lune, la grandeur du cosmos, l’exploration spatiale, la fragilité de la Terre et notre responsabilité dans la sauvegarde du monde. »

LvM – Parlez-nous donc des œuvres au programme.

Andrew Gray – « Tout d’abord la pièce la plus ancienne. Le fameux motet à 40 voix Spem in alium du compositeur élisabéthain Thomas Tallis. Quand on dit « à 40 voix », on ne veut pas simplement dire qu’il y a 40 chanteurs pour chanter la pièce, mais bien qu’il y a 40 lignes vocales différentes et que chaque chanteur est le seul à chanter sa propre ligne. Tallis a écrit ce motet en 1570 ou un peu après. Ce n’est pas le premier exemple d’une pièce à 40 voix, mais même à l’époque, ce motet d’une dizaine de minutes s’est imposé pas seulement comme un tour de force, mais comme un véritable chef d’œuvre. »

 

Voces Boreales sera en concert au Gesù le 21 mai prochain. (Photo: courtoisie)

LvM – Mais comment peut-on coordonner ainsi 40 chanteurs ?

Andrew Gray – « En fait, la solution de Tallis, c’est de diviser les chanteurs en huit chœurs de cinq voix chacun : soprano, alto, ténor, baryton, basse. Il répartit les huit chœurs en octogone, par exemple. À partir de là, il joue avec la pâte sonore pour utiliser au maximum des effets stéréophoniques, octophoniques, si vous voulez ! Le son peut alors se déplacer de gauche à droite graduellement ou en opposition rapide, etc. D’ailleurs les deux autres pièces à 40 voix dans notre programme utilisent exactement la même configuration en huit chœurs à cinq voix. »

LvM – Vous aviez déjà mentionné que la pièce Earthrise est aussi à 40 voix. Quelle est la troisième pièce ?

Andrew Gray – « Il s’agit de Sanctum est verum lumen d’un autre compositeur anglais, Gabriel Jackson. Jackson l’a écrite en 2005 comme un hommage à Tallis. Elle est écrite dans le même mode de Sol que le Spem in alium. D’autre part — est-ce un hasard on non ? — elle compte le même nombre de mesures que le Tallis. Le texte est une antienne liturgique de la Toussaint. Il y est question d’une lumière resplendissante se répandant sur tous les saints. Jackson utilise tous les ressorts et les techniques de Tallis pour nous donner cette impression d’une splendeur immense se répandant à travers tous les recoins du cosmos. »

LvM – C’est donc une expérience acoustique particulière ?

Andrew Gray – « Tout à fait. Et d’ailleurs, c’est en bonne partie à cause des contraintes de l’écriture à 40 voix que j’ai choisi de donner ce concert dans l’église du Gesù. Il nous fallait un espace vraiment ample pour permettre une grande « découpe » spatiale, une spatialisation du son, pour ainsi dire. D’autre part, la réverbération du Gesù est longue : environ sept secondes. Ce ne serait vraiment pas idéal pour des œuvres très contrapuntiques, très baroques, pleines de fioritures. Mais si l’œuvre permet de laisser du temps et de la place au son, alors c’est parfait : l’effet, pour le spectateur, est totalement envoûtant. Même un peu déconcertant. C’est le genre « d’exploration spatiale » qu’on ne peut pas faire dans son salon, même avec un bon système de son ! »

LvM – Y a-t-il d’autres pièces au programme ?

Andrew Gray – « Oui bien sûr. Nous allons créer une pièce que nous avions commandée à une compositrice montréalaise, Marie-Claire Saindon. Marie-Claire est franco-ontarienne de naissance, mais elle a aussi des racines acadiennes. Elle a choisi de mettre en musique le poème « Constellation » du grand poète de l’Acadie moderne Herménégilde Chiasson. C’est un genre de ballet stellaire où on entend le chuchotement des étoiles et tout ce qu’elles nous inspirent. Ce n’est écrit « que pour 12 voix » (!), c’est-à-dire pour deux chœurs plus un quatuor de chanteurs.

Et puis, nous ferons l’« Astronaut Anthem » tiré de l’opéra The Games (1983) de la célèbre chanteuse, chorégraphe et compositrice américaine Meredith Monk. Ce mouvement de l’opéra représente une célébration de l’esprit d’inventivité et d’exploration après la colonisation d’une nouvelle planète. C’est à ne pas manquer si vous voulez savoir comment sonnent des dauphins de l’espace !

Enfin, nous exécuterons la première nord-américaine de Sol Justitiæ, une autre composition d’Alec Roth. Pendant qu’il était compositeur en résidence au Collège Hatfield, en 2009, le texte latin de cette hymne a été redécouvert : elle avait été écrite un siècle et demi plus tôt par le directeur du Collège et avait été oubliée entre temps. C’est une hymne de louange pour le lever du jour. Roth l’a mise en musique, simplement mais magnifiquement. On y entend les premiers rayons de l’aurore déchirant les ténèbres, à l’horizon ; c’est impressionnant !
Andrew Gray, merci de votre temps et bon 40e !.

LvM – Merci, je nous en souhaite 40 autres !

Andrew Gray – Et je me permets de lancer l’invitation à une causerie pré-concert organisée par Le Vivier, dès 18 h 30.

De XL à L : 40 voix dans l’espace

VOCES BOREALES sous la direction d’Andrew Gray
MARDI 21 MAI, 19 h 30, Le Gesù, 1202 rue De Bleury, Montréal
Billets : en ligne vocesboreales.org
ou 514-861-4036
Causerie pré-concert : « Andrew Gray, toute une histoire ! »

Ce reportage commandité est un privilège réservé aux membres de Ludwig van Montréal. Pour savoir comment devenir membre, écrivez-nous à caroline@ludwig-van.com 

 

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