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Toronto Montreal

CRITIQUE | Rigoletto à l’Opéra de Montréal : le triomphe des voix

Par Caroline Rodgers le 16 septembre, 2018

James Westman et Myriam Leblanc dans Rigoletto à l'Opéra de Montréal, septembre 2018. (Crédit: Yves Renaud)
James Westman et Myriam Leblanc dans Rigoletto à l’Opéra de Montréal, septembre 2018. (Crédit: Yves Renaud)

Le tout se résume assez simplement : si le Rigoletto de l’Opéra de Montréal, dont la première avait lieu hier soir à Wilfrid-Pelletier, est réussi, c’est grâce à ses trois excellents chanteurs principaux et en dépit de sa mise en scène plus ou moins convaincante.

Pour sa première production de saison, l’Opéra de Montréal présente généralement des mises en scène traditionnelles et l’on sait à quoi s’attendre.

Décors classiques et costumes d’époque étaient donc encore au rendez-vous.
Le premier tableau de l’acte 1, au palais du duc de Mantoue, est dominé par un grand rideau rouge et une statue, avec une voûte peinte d’une scène néo-classique, éléments mal intégrés les uns aux autres qui distraient de l’action plutôt qu’ils ne la complètent. Rien de bien original dans tout cela.

De plus, les nombreux personnages présents pour cette scène semblent évoluer sans direction et la confusion s’installe. Heureusement, le baryton James Westman (Rigoletto) et le ténor René Barbera (le Duc) ont vite fait de nous rassurer sur le fait qu’ils seront à la hauteur, et c’est ce qui compte avant tout.

Le Canadien James Westman possède bien son rôle de Rigoletto et il est crédible, dramatique sans sombrer dans la caricature, bien qu’il ne soit pas aussi émouvant qu’il aurait pu l’être en père éploré dans la scène finale. René Barbera possède le physique de l’emploi et la voix de ténor idéale pour chanter le Duc. Sans être renversant, il fera bonne figure dans l’air le plus célèbre de l’opéra, La Dona e mobile.

 

James Westman et Myriam Leblanc dans Rigoletto à l'Opéra de Montréal, septembre 2018. (Crédit: Yves Renaud)
James Westman et Myriam Leblanc dans Rigoletto à l’Opéra de Montréal, septembre 2018. (Crédit: Yves Renaud)

Dès le deuxième tableau, la charismatique soprano Myriam Leblanc s’impose en Gilda avec une voix d’une merveilleuse pureté qui restera magnifique et maîtrisée jusqu’à la toute fin. Si sa prestation dans Rigoletto est gage de son avenir professionnel, on peut dire que la jeune soprano, que l’on avait déjà remarquée dans Aida, en 2016, aura une belle carrière. Elle s’était aussi avérée fantastique dans le rôle de la future mariée dans Svadba, d’Ana Sokolovic, en février, et nous avait épatés par ses interventions dans la pièce de théâtre musical Edgar et ses Fantômes 2, l’an dernier. Il est certain que pour la jeune chanteuse, cette dernière année fut l’occasion de se révéler au public et de s’imposer comme l’une des nouvelles sopranos québécoises qui comptent.

Parenthèse : la scène de l’enlèvement de Gilda avec l’échelle est une énième occasion de nous rappeler qu’à l’opéra, les personnages peuvent être complètement idiots sous prétexte qu’il fait noir. On est toujours perplexe de voir Rigoletto tenir l’échelle à deux pas de sa maison tout en croyant participer à l’enlèvement de la comtesse Ceprano, laquelle, en toute logique, ne doit certainement pas vivre à côté de chez lui. Aucun effort n’est fait, ici, pour donner à cette scène absurde une quelconque vraisemblance. Fin de la parenthèse.

Les autres chanteurs sont très bons. Le baryton-basse Vartan Gabrielian (Sparafucile) impressionne par sa voix profonde, son physique et sa forte présence sur scène. Carolyn Sproule (Maddalena), mezzo-soprano, a une belle voix chocolatée et souple qui fait plaisir à entendre dans les graves.

Cependant, pendant le quatuor avec le Duc, Rigoletto et Gilda, elle est désavantagée par son timbre aux couleurs sombres qui est mal assorti aux voix de ses collègues. Ce n’est absolument pas sa faute et avec d’autres chanteurs, cela aurait pu marcher.

On passe souvent assez vite sur le rôle de l’orchestre, qui s’acquitte généralement bien de sa tâche dans la fosse, mais il faut dire que le Métropolitain, cette fois, sonnait particulièrement bien sous la direction du chef Carlo Montanaro. Des instruments ressortent clairement : violoncelle, clarinette, hautbois.

Alors que les éclairages sont habituellement remarquables à l’Opéra de Montréal, ils étaient cette fois à l’avenant du décor : assez ternes et sans imagination. Bref, on ira entendre ce Rigoletto plus qu’on n’ira le « voir », car visuellement, rien dans tout cela ne frappe par sa beauté ou son audace et cette mise en scène insipide ne passera pas à l’histoire. Nous avons plutôt assisté à un triomphe des voix, et chez Verdi, c’est cela le plus important.

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Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.

Caroline Rodgers

Rédactrice en chef chez Ludwig van Montréal
Caroline a découvert la musique à l'âge de 4 ans en observant un pianiste qui jouait dans un mariage. Elle a ensuite appris cet instrument et obtenu son baccalauréat en musique à l'Université Laval dans la classe de Joël Pasquier. Devenue journaliste musicale en 2009 à La Presse, où elle a signé des articles jusqu'en 2017, elle a pu marier ses deux passions: la musique et les mots. Elle est rédactrice en chef de Ludwig van Montréal.
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